

L'étude des signes gravés sur les monuments mégalithiques de la façade atlantique, notamment en Morbihan, révèle l'existence d'un système symbolique d'une grande cohérence, témoignant d'une culture mythologique profonde et partagée au Néolithique. L'interprétation récente, déplaçant l'analyse d'un cadre purement agropastoral vers un contexte maritime et céleste, permet de décrypter un récit complexe, véritable "chemin des morts"" inscrit dans la pierre.
L'étude des signes gravés sur les monuments mégalithiques de la façade atlantique, notamment en Morbihan, révèle l'existence d'un système symbolique d'une grande cohérence, témoignant d'une culture mythologique profonde et partagée au Néolithique. L'interprétation récente, déplaçant l'analyse d'un cadre purement agropastoral vers un contexte maritime et céleste, permet de décrypter un récit complexe, véritable "chemin des morts" inscrit dans la pierre.
Une grammaire de signes gravés communs à l’Atlantique
La première tentative d'inventaire fut réalisée en 1873 par Gustave de Closmadeuc dans son fascicule intitulé Sculptures lapidaires et signes gravés dans les dolmens du Morbihan. Cette approche fut élargie par l'archéologue britannique Alasdair Whittle qui, en 2000, suggéra un lien de certains signes avec l'environnement marin. Cette hypothèse a été renforcée et précisée par Serge Cassen et Jacobo Vaquero, qui ont identifié le cétacé représenté comme un cachalot (Cassen et Vaquero, 2000), plaçant ainsi la symbolique maritime au centre de l'analyse. L'inventaire des motifs révèle une série de symboles clés :
- Le signe de la hache polie est l’objet de prédilection des premiers défrichements. Il est représenté sur les mégalithes, emmanché (avec un manche) ou non. Jean-Loïc Lequellec souligne que « l'hésitation entre hache, marteau, maillet et massue peut s'expliquer par une dérivation linguistique à partir d'un même réfèrent pré-indo-européen "[arme en] pierre", à comprendre dans un contexte néolithique » (1) (J.-L. Lequellec, "Mégalithes et traditions populaires. La hache et le marteau de vie et de mort", 1996, p. 287). La lame de hache polie isolée « permet de penser que la partie lithique de cet objet suffisait à porter le sens » (J.-L. Lequellec, 1996, p. 288), ces signes constituant les invariants d'un mythe étiologique de fondation et d'une pré-écriture. Jean-Loïc Lequellec fait également le rapprochement du signe de la hache polie avec le mel beniguet ou "maillet béni" qui permettait la bonne mort dans les traditions populaires en Bretagne. A. Le Rouzic, en 1939 s'était également intéressé à la question en examinant les marteau en forme de pierres du village de Notério à Carnac et de la chapelle de Saint-Germain en Brech (Z. Le Rouzic, 1939)
- Le signe de la crosse : sa forme est rapprochée du Lituus étrusque, l'outil rituel utilisé pour délimiter le Templum ou « Temple Céleste ». Ce signe de la crosse est également proche du sceptre (heqa) des Pharaons en Égypte ou des bâtons de jet (âmâat) pour chasser les oiseaux des marais. L’insigne du heqa est souvent représenté de façon croisée avec le fléau (flagellum ou nekhekh), considéré comme un symbole de protection et de puissance féconde. L'association des oiseaux et des crosses sur la dalle P2 de Gavrinis semble comparable aux pratiques des augures.
- Les représentations de bateaux : Elles incarnent les voyages initiatiques et les traversées de l'au-delà, avec des schémas narratifs précis, comme au Mané er Groez à Kercado, avec 5, puis 4 et 3 signes anthropomorphes.
- Les animaux : La faune domestique et sauvage côtoie le cétacé.
La combinaison de la hache emmanchée avec la crosse (Lituus) est une abstraction symbolique forte qui ne peut avoir d’autre nécessité que rituelle. Elle pouvait servir à ancrer un territoire dans l'au-delà en délimitant une rupture de plan.
Les attributs animaux (cornes, évent, les bras de calmars géants ) sont figurés à la manière de crosses, projetant les objets et animaux "crossés" dans une dimension rituelle céleste, témoignant d'une codicologie et d'une culture mythologique partagée. Ainsi la dalle recouvrant la chambre funéraire de Gavrinis comporte sur la face supérieure une figure de bovidé dont l'extremité des deux cornes ont la forme de deux crosses inversés et les cornes et l'échine du capridé sont deux arcs radiés.
Certaines associations symboliques peuvent être soulignés. Ainsi un point focal du menhir de Saint-Samson-sur-Rance est souligné de deux signes de la crosse associé au signe du cachalot, semblant dessiner une carte du ciel, de la Grande ourse vers le pôle nord.
De l’apport du structuralisme de Claude Lévi-Strauss
Un jeu de correspondances symboliques.
Tous ces signes traduisent un langage qui peut se présenter dans sa forme élémentaire ou développée. L'analyse structuraliste, inspirée de Claude Lévi-Strauss, permet de saisir la logique interne de ce langage visuel à travers des correspondances associant la hache emmanchée stylisée, une forme quadrangulaire et un croissant (la barque) (Cassen, Serge, Grimaud, Valentin, Lescop, Laurent, Cadwell, Duncan, « Le rocher gravé de la Vallée aux Noirs (Buthiers, Seine-et-Marne) », Gallia Préhistoire, 2005, p. 36). Ces symboles renvoient aux trois dimensions fondamentales : terrestre (le carré), céleste (la hache polie stylisée, crossée ou non), et cosmique (la barque).
Ce langage visuel, élémentaire, se retrouve sur des sites mégalithiques comme Spézet (Finistère), Vieux Moulin à Plouharnel (Morbihan), la Table des Marchands à Locmariaquer (Morbihan) , ou encore Portela de Mogos et Vale Maria do Meio de l’Alentejo au Portugal. Le programme peut être aussi développé dans un schéma narratif complet comme au Mané Lud ou à Gavrinis dans le Morbihan. Le grand menhir de Locmariaquer, reconstitué à partir des dalles de plafond de la Table des Marchands et de Gavrinis, semble répondre symboliquement à la pierre de Saint-Samson, à plus de 150 km de distance. Ce lien, rendu possible par un réseau fluvial et maritime structurant, renforce l'idée d'une circulation des savoirs et des pratiques rituelles entre ces sites, et au-delà par la mer et l’océan, la Rance et la Vilaine, la Manche et l’Atlantique.
Le menhir de Saint-Samson-sur-Rance présente la spécificité de comporter la majorité des signes gravés répertoriés. Il fonctionne comme une "Pierre de Rosette", déroulant un schéma narratif complet du chemin des morts : la face Nord ancre la dimension terrestre ; la face Ouest (faune sauvage/cétacé) représente la transition liminale ; la face Sud (barque anthropomorphe/Lituus) incarne le voyage initiatique ; et la face Est (barque vide) symbolise la renaissance et le cycle solaire. Le quadrillage du parcellaire est la dimension terrestre, tandis que les haches emmanchées crossées délimitent le Templum Céleste (une toile du ciel) quadrangulaire qui circonscrit le monde sauvage et marin, territorialisant l'au-delà. Le trajet des barques, s'ancrant sur ce Templum et allant de la base au sommet, confère au voyage sa dimension cosmique, le cétacé ou servant potentiellement de guide psychopompe vers le pôle nord stellaire ou pourrait simplement représenter le calque symbolique d'une constellation néolithique reportée sur la voûte céleste. (l'archéologue allemande Stefan Maeder, 2021 ; Claude Maumené, président de la Société de Mythologie Française, 2024).
- La stèle de Saint-Samson a été inventoriée par Serge Cassen et Valentin Grimaud dans l'ouvrage : La clé de la mer. Une étude des représentations gravées sur la Pierre de Saint-Samson (Côtes-d'Armor), paru en 2020.
Ce menhir est bien "une clé de la mer" mais il est aussi "une clé des champs" et "une clé du ciel".- L'approche méthodologique des signes gravés proposée dans cet article est basée sur une trentaine de sites archéologiques (non exhaustive) de la façade atlantique, de l’Écosse et le Portugal avec une mise en exergue du phénomène carbacois. Le méthodologie est développée dans le livre Dolmens, menhirs et signes gravés de Bretagne en 2025.
Le chemin des morts et l’archéologie des mythes
L’historien Julien d’Huy qui consacre des recherches à la préhistoire des mythes constate que « le motif de mythes faisant de la Voie lactée la route empruntée par les âmes dans leur voyage vers l’au-delà, ou le chemin suivi par un cortège funéraire, est connu des premiers Homo sapiens avant leur sortie d’Afrique (Julien d’Huy, 2024) ». Il ajoute également que certains chercheurs pensent que « les anciens Égyptiens y voyaient une rivière céleste qui aurait répondu au Nil terrestre (Julien d’Huy , 2024) ». C’est aussi l’avis de l’astrophysicien anglais Or Graur qui a apporté un nouvel éclairage en identifiant un lien potentiel entre la Voie lactée et la déesse Nout, jusqu’alors ambigu dans la culture égyptienne antique : « Le rôle de Nout dans la transition des défunts vers l’au-delà et sa connexion avec la migration annuelle des oiseaux correspondent à la façon dont d’autres cultures comprennent la Voie lactée », (Or Graur, 2024).
Ainsi, très tôt, nos ancêtres ont considéré que les morts se repéraient grâce aux étoiles. Alors que de nombreuses cultures ont abondamment traité la narration de la mort, la localisation d’un au-delà et l’identification d’un chemin vers les morts, peu ont exploré avec détails l’imaginaire du royaume des morts. C'était aussi le cas, au néolithique.
Pré-écriture et inscription rituelle dans le monument funéraire
Le principe de rébus est à la base de toute système d’écriture. Le regard de l’archéologue italien Emmanuel Anati vient étayer l'interprétation des signes gravés du Néolithique atlantique européen en les qualifiant de forme de pré-écriture idéographique : « Dans l’art préhistorique, tout comme dans les premières formes d’écriture idéographiques, les idéogrammes sont des signes ou des combinaisons de signes répétitifs. Leur nature récurrente et la relation particulière existant entre eux indiquent qu’ils sont destinés à transmettre des concepts conventionnels » (Emmanuel Anati, 2006). Florence Evin ajoute : « Aujourd’hui, on le sait différemment, il faut aller plus loin dans l’analyse des données graphiques. La facilité d’abstraction investie dans ces idéogrammes révèle les capacités conceptuelles et sociales des chasseurs paléolithiques et leur aptitude au codage graphique » (Florence Evin, 2017). Il en était de même, a fortiori, au néolithique.
Cette perspective est d'ailleurs renforcée par la linguiste Silvia Ferrara, qui, tout en questionnant le vocabulaire, insiste sur la nature profondément codifiée et symbolique de ces signes précurseurs. Elle souligne que l’essence de l'écriture réside moins dans le dessin que dans la structure du signe lui-même :
« Appelez les « pictogrammes », si cela vous chante (bien que je n’aime pas ce terme), mais peut-être sont-ils plus « grammes » (au sens de signes) que « picto » (au sens de dessin). Le potentiel était là tout entier. L’abstraction et le symbole, sans aucun doute mais aussi le cadre : ordre, code, schéma et paradigme » (S. Ferrara, Avant l’écriture. Signes, figures, paroles. Voyage aux sources de l’imagination, éd. du Seuil, Paris, 2023, p. 251 et 253).
Les signes gravés des mégalithes constituent donc une forme de pré-écriture (J.-L. Lequellec, 1996, p. 287) et les invariants d'un mythe étiologique de fondation, témoignant d’une culture mythologique partagée. Leur emplacement sur les monuments mégalithiques est hautement stratégique, structurant le récit du passage vers l'au-delà de manière complémentaire : dans les dolmens, ils servent de marqueurs de transition en délimitant, à l'intérieur du monument, la « transition entre le monde extérieur et l'intérieur du monument » (J.-L. Lequellec, 1996, p. 289), le fond de la chambre agissant comme le point d'arrêt symbolique de la progression. Cette dimension statique et souterraine est équilibrée par les menhirs isolés ou en alignements qui complètent ce dispositif en traduisant, à l'extérieur, la course de la lumière et les cycles célestes, un rôle essentiel au cycle de renaissance par leur dimension lumineuse et cosmique. La culture mythologique des signes gravés raconte de manière codifiée le chemin des morts, organisant l'accès à l'au-delà.
Le phénomène mégalithique carnacois a été un bref épisode au regard de l’histoire, Les signes gravés du néolithique atlantique européen sont restés au stade des idéogrammes, conservant leur part de mystère. Le processus de codification qui a conduit ailleurs à l’écriture, en Mésopotamie et en Égypte a été interrompu à Carnac et, au-delà sur toute la façade atlantique. Une des raisons pourrait être liée à l’augmentation soudaine du niveau marin. Elle aurait bouleversé l’équilibre du pôle carnacois, dont une des sources d’enrichissement était l’exploitation du sel. Comme conjuration funeste, des haches polies ont été retrouvées, fichées dans la vase, tournées vers le ciel. Le déclin se poursuit à l’âge de bronze. Éloignée des gisements d’étain, la région de Carnac se trouve désormais en marge des réseaux d’échanges atlantiques (C.Nicolas, 2016).
Conclusion : un modèle d'interprétation cosmogonique
Ces signes ne sont pas un alphabet linéaire, mais ils constituent un système de communication visuelle codifié et ritualisé qui transmet un récit complexe (le chemin des morts, l'accès à l'au-delà) de manière stylisée et mnémonique, ce qui est la définition même d'un système pré-scriptural ou proto-écriture. L'ensemble des correspondances (le lien entre Locmariaquer/Gavrinis et Saint-Samson) suggère fortement une circulation des savoirs et une culture mythologique partagée sur la Façade Atlantique au Néolithique. Cette analyse propose un modèle d'interprétation des signes mégalithiques qui réconcilie les dimensions terrestre, maritime et céleste autour du thème central de la mort et de la régénération.
Mikaël Gendry
Professeur d'Histoire
(1) " Ces apparentements remontant à un héritage pré-indo-européen, il faut considérer *Haek'mon dans le contexte culturel du Néolithique : il s'agit d'une nominalisation de l'adjectif *Haek'- {*ak'~ sans laryngales, d'où par exemple le latin acus), "hache, chose pointue", ayant forcément pour réfèrent un instrument de pierre. Par neutralisation des traits onomasiologiques "aigu" ou "pierre", ce terme en est venu à désigner tantôt la pierre en général — et il a été alors utilisé pour désigner par métaphore les effets sonores et destructeurs du tonnerre sur les arbres — et tantôt la hache, d'où la connotation fulgurante de celle-ci. Par métonymie, cet aspect particulier du ciel qu'est la foudre a servi pour désigner le firmament en général, d'où le sens de "ciel" dans une autre série de dérivés de *Haek'mon comprenant l'anglais heaven, l'allemand Himmel, le vieux norrois himenn (gotique himins), ainsi que le sanskrit açman, l'avestique asman et le grec aK/xcov, déjà mentionnés (Hamp, 1967 : p. 85; Maher, 1973 : p. 449)", Lequellec, Jean-Loïc. "Mégalithes et traditions populaires. La hache et le marteau de vie et de mort". Bulletin de la Société préhistorique française, tome 93, n°3, 1996, p. 291.
Références
- Anati, Emmanuel, « Structure de l’art et structure de l’esprit » dans Diogène, 2006/2 (n°214), p. 104
- Cassen, Serge ; Vaquero Lastres, Jacobo. « la forme d’une chose ». in : Cassen, Serge ; Boujot, Christine ; Vaquero, Jacobo (dir.). Éléments d’architecture. Exploration d’un tertre funéraire à Lannec er Gadouer (Erdeven, Morbihan). Constructions et reconstructions dans le Néolithique morbihannais. Propositions pour une lecture symbolique. Chauvigny : Association des publications chauvinoises, 2000, p. 611-656.
- Cassen, Serge, Grimaud, Valentin, Lescop, Laurent, Cadwell, Duncan. « Le rocher gravé de la Vallée aux Noirs (Buthiers, Seine-et-Marne) ». Gallia Préhistoire, tome 47, 2005, p. 33-54.
- Cassen, Serge et Grimaud, Valentin, La Clef de la mer. Une étude des représentations gravées sur la Pierre de Saint-Samson (Côtes-d’Armor), Nantes : Lithogénies 1- LARA/Université de Nantes, 2020.
- Closmadeuc, Gustave de. Sculptures lapidaires et signes gravés dans les dolmens du Morbihan. Vannes, 1873.
- Evin, Florence, « Les signes support de mythes », Le Monde Hors-Série, 2017, p. 38-39.
- Ferrara, Silvia, Avant l’écriture. Signes, figures, paroles. Voyage aux sources de l’imagination, éd. du Seuil, Paris, 2023, p. 251 et 253.
- Gendry, Mikaël, « La petite pierre verte de Göbekli Tepe et les mégalithes de la façade atlantique : une culture mythologique de signes gravés en partage ? » site Agence Bretagne Presse : La petite pierre verte de Göbekli Tepe et les mégalithes de la façade atlantique : une culture mythologique de signes gravés en partage ? [72998]
- Gendry Mikaël, « Et si les mégalithes se racontaient ? Le Mané Lud, entre mythe de fondation et quête des origines », Société Archéologique du Finistère, 2024.
- Gendry Mikaël, Dolmens, Menhirs et signes gravés de Bretagne, La Geste éditions, 2025.
- Gendry Mikaël, « Et si les mégalithes se racontaient », revue Keltia, n°672, août-octobre 2025, p.10-14.
- Gendry Mikaël, « Les signes gravés, les barques funéraires et le chemin des morts des mégalithes » (1ere partie), Société des Amis des Etudes Celtique, n°90, mai 2025, p.17-36 ; id. « Les signes gravés, les barques funéraires et le chemin des morts des mégalithes » (2de partie), Société des Amis des Etudes Celtique, n°91, septembre 2025, p.17-27.
- Graur, Or, The ancient Egyptian personification of the Milky Way as the Sky-Goddess Nut : an astronomical and cross-cultural analysis (« La personnification égyptienne antique de la Voie lactée en tant que noix de la déesse du ciel : une analyse astronomique et interculturelle »), Journal of Astronomical History and Heritage, 27, 1, 29 mars 2024, p. 28-45.
- Huy, Julien (d’), « Le voyage des défunts emprunte à la voie lactée », Science & Vie, n°1277, février 2024, p. 78 ; Julien d’Huy, L’aube des mythes : Quand les premiers Sapiens parlaient de l’Au delà, La Découverte, Paris, 2023.
- Lequellec, Jean-Loïc. "Mégalithes et traditions populaires. La hache et le marteau de vie et de mort". Bulletin de la Société préhistorique française, tome 93, n°3, 1996, p. 287-293.
- Le Rouzic Zacharie, Carnac. Légendes, Traditions, Coutumes et Contes du Pays, Vannes, Lafolye et Lamarzelle, 1939.
- Stefan Maeder, « La voilà qui (ne) souffle (pas) Gravures néolithiques près du Moulin de Keriolet à Beuzec-Cap-Sizun », Finistère », Société Archéologique du Finistère, t.CXLIX, 2021, p.19-28.
- Maumené, Claude, « Saint Gildas, Gargantua, la Vieille, le Grand menhir brisé et quelques alignements astronomiques remarquables », Bulletin de Mythologie Française, n°295, 2024, p.64-77.
- Nicolas, Clément, « La fin d’un monde ? La région de Carnac du Campaniforme à l’âge du Bronze ancien », Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 142, 2016, p. 41-77.
- Whittle, Alasdair. The Neolithic Transition in the Atlantic West. Routledge, 2000.
Sur Agence Bretagne Presse :
· « Le chemin des morts. Nouvelles conjectures sur les croyances et systèmes de représentations au néolithique », site Agence Bretagne Presse, le 30/07/2023 : https://abp.bzh/le-chemin-des-morts-et-les-megalithes-nouvelles-conj-58183
· « Et si les mégalithes se racontaient ? Le menhir de Saint-Samson, « pierre de Rosette » du néolithique ? », site Agence Bretagne Presse, le 2/07/2023 : https://abp.bzh/et-si-les-megalithes-se-racontaient-le-menhir-de-la–58029
Colloque, journée d'étude :
- « Les signes gravés, les barques funéraires et le chemin des morts des mégalithes », 47e Congrès de la Société de Mythologie française : Les passages vers l’autre monde : mythes, légendes, rites et représentations populaires, à Brasparts, 8-12 juillet 2025.
- « Les signes gravés, les barques funéraires et le chemin des morts des mégalithes » (avec l’archéologue allemand Stefan Maeder) , Festival Paysages, château de Pontivy, juillet 2025.
Traduction de l'article en anglais :
A mythological culture of engraved signs on neolithic megaliths : the Atlantic grammar of a "path of the dead"
The study of signs engraved on the megalithic monuments of the Atlantic facade, particularly in Morbihan, reveals the existence of a highly coherent symbolic system, testifying to a profound and shared mythological culture during the Neolithic. Recent interpretations, shifting the analysis from a purely agro-pastoral framework toward a maritime and celestial context, allow for the deciphering of a complex narrative—a true "path of the dead" inscribed in stone.
A grammar of engraved signs common to the Atlantic
The first attempt at an inventory was conducted in 1873 by Gustave de Closmadeuc in his pamphlet entitled Sculptures lapidaires et signes gravés dans les dolmens du Morbihan. This approach was expanded by the British archaeologist Alasdair Whittle who, in 2000, suggested a link between certain signs and the marine environment. This hypothesis was reinforced and refined by Serge Cassen and Jacobo Vaquero, who identified the cetacean represented as a sperm whale (Cassen and Vaquero, 2000), thus placing maritime symbolism at the center of the analysis. The inventory of motifs reveals a series of key symbols:
The polished axe sign: This was the preferred object of the first land-clearing efforts. It is represented on megaliths, either hafted (with a handle) or unhafted. Jean-Loïc Lequellec emphasizes that "the hesitation between axe, hammer, mallet, and club can be explained by a linguistic derivation from the same pre-Indo-European referent '[stone] weapon', to be understood within a Neolithic context" (Lequellec, 1996). The isolated polished axe blade "suggests that the lithic part of this object was sufficient to carry the meaning" (Lequellec, 1996), these signs constituting the invariants of an etiological foundation myth and a form of proto-writing. Jean-Loïc Lequellec also draws a parallel between the polished axe sign and the mel beniguet or "blessed mallet" which ensured a good death in folk traditions in Brittany. Z. Le Rouzic, in 1939, had also been interested in the question by examining hammer-shaped stones from the village of Notério in Carnac and the chapel of Saint-Germain in Brech (Z. Le Rouzic, 1939).
• The crozier (crosse) sign: Its shape is compared to the Etruscan lituus, the ritual tool used to demarcate the templum or "celestial temple." This sign of the crozier is also close to the heqa (scepter) of the pharaohs in Egypt or the âmâat (throwing sticks) for hunting marsh birds. The insignia of the heqa is often represented crossed with the flail (flagellum or nekhekh), considered a symbol of protection and fertile power. The association of birds and croziers on the P2 slab of Gavrinis seems comparable to the practices of augurs.
• Representations of boats: They embody initiatory journeys and crossings of the afterlife, with precise narrative patterns, as at Mané er Groez in Kercado, with 5, then 4 and 3 anthropomorphic signs.
• Animals: Domestic and wild fauna appear alongside the cetacean.
The combination of the hafted axe with the crozier (lituus) is a powerful symbolic abstraction that can have no other necessity than ritual. It could serve to anchor a territory in the afterlife by delimiting a break in planes. Animal attributes (horns, blowholes, giant squid tentacles) are figured in the manner of croziers, projecting the "croziered" objects and animals into a celestial ritual dimension, testifying to a shared codicology and mythological culture. Thus, the slab covering the burial chamber of Gavrinis features on its upper face a bovid figure whose horn tips take the form of two inverted croziers, and the horns and spine of the caprid are two radiated arcs.
Some symbolic associations can be highlighted. Thus, a focal point of the menhir of Saint-Samson-sur-Rance is emphasized by two crozier signs associated with the sperm whale sign, appearing to draw a map of the sky, from Ursa Major toward the north pole.
On the contribution of Claude Lévi-Strauss’s structuralism
A set of symbolic correspondences. All these signs translate a language that can be presented in its elementary or developed form. Structuralist analysis, inspired by Claude Lévi-Strauss, allows us to grasp the internal logic of this visual language through correspondences associating the stylized hafted axe, a quadrangular shape, and a crescent (the boat) (Cassen, Serge, Grimaud, Valentin, Lescop, Laurent, Cadwell, Duncan, 2005). These symbols refer to three fundamental dimensions: terrestrial (the square), celestial (the stylized polished axe, croziered or not), and cosmic (the boat).
This elementary visual language is found at megalithic sites such as Spézet (Finistère), Vieux Moulin at Plouharnel (Morbihan), the Table des Marchands at Locmariaquer (Morbihan), or Portela de Mogos and Vale Maria do Meio in the Alentejo of Portugal. The program can also be developed into a full narrative schema as at Mané Lud or Gavrinis in Morbihan. The great menhir of Locmariaquer, reconstructed from the ceiling slabs of the Table des Marchands and Gavrinis, seems to respond symbolically to the Saint-Samson stone, more than 150 km away. This link, made possible by a structuring fluvial and maritime network, reinforces the idea of a circulation of knowledge and ritual practices between these sites, and beyond by the sea and the ocean, the Rance and the Vilaine, the English Channel and the Atlantic.
The menhir of Saint-Samson-sur-Rance: a "Rosetta Stone"
The menhir of Saint-Samson-sur-Rance has the specificity of featuring the majority of the recorded engraved signs. It functions as a "Rosetta Stone," unfolding a complete narrative schema of the path of the dead: the north face anchors the terrestrial dimension; the west face (wild fauna/cetacean) represents the liminal transition; the south face (anthropomorphic boat/lituus) embodies the initiatory journey; and the east face (empty boat) symbolizes rebirth and the solar cycle. The grid of the land division is the terrestrial dimension, while the hafted croziered axes delimit the quadrangular celestial templum (a web of the sky) that circumscribes the wild and marine world, territorializing the afterlife. The path of the boats, anchoring on this templum and going from the base to the summit, confers a cosmic dimension to the journey, with the cetacean potentially serving as a psychopomp guide toward the stellar north pole or simply representing the symbolic tracing of a Neolithic constellation transferred to the celestial vault (Stefan Maeder, 2021; Claude Maumené, president of the Société de Mythologie Française, 2024).
The Saint-Samson stele was inventoried by Serge Cassen and Valentin Grimaud in the work: La clé de la mer. Une étude des représentations gravées sur la Pierre de Saint-Samson (Côtes-d'Armor), published in 2020. This menhir is indeed "a key to the sea" but it is also "a key to the fields" and "a key to the sky." The methodological approach to the engraved signs proposed in this article is based on about thirty archaeological sites of the Atlantic facade, from Scotland to Portugal, with an emphasis on the Carnac phenomenon. The methodology is developed in the book Dolmens, menhirs et signes gravés de Bretagne in 2025.
The path of the dead and the archaeology of myths
The historian Julien d’Huy, who devotes research to the prehistory of myths, notes that "the motif of myths making the Milky Way the route taken by souls in their journey to the afterlife, or the path followed by a funeral procession, is known to the first Homo sapiens before their departure from Africa (Julien d’Huy, 2024)." He also adds that some researchers believe that "the ancient Egyptians saw in it a celestial river that responded to the terrestrial Nile (Julien d’Huy, 2024)." This is also the opinion of the British astrophysicist Or Graur, who provided new light by identifying a potential link between the Milky Way and the goddess Nut, previously ambiguous in ancient Egyptian culture: "The role of Nut in the transition of the deceased to the afterlife and her connection with the annual migration of birds correspond to how other cultures understand the Milky Way" (Or Graur, 2024).
Thus, very early on, our ancestors considered that the dead found their way thanks to the stars. While many cultures have abundantly treated the narration of death, the localization of an afterlife, and the identification of a path to the dead, few have explored in detail the imagination of the kingdom of the dead. This was also the case in the Neolithic.
Proto-writing and ritual inscription in the funerary monument
The principle of the rebus is at the base of any writing system. The perspective of the Italian archaeologist Emmanuel Anati supports the interpretation of the engraved signs of the European Atlantic Neolithic by qualifying them as a form of ideographic proto-writing: "In prehistoric art, just as in the first forms of ideographic writing, ideograms are repetitive signs or combinations of signs. Their recurring nature and the particular relationship existing between them indicate that they are intended to transmit conventional concepts" (Emmanuel Anati, 2006). Florence Evin adds: "Today, we know it differently, we must go further in the analysis of graphic data. The ease of abstraction invested in these ideograms reveals the conceptual and social capacities of Paleolithic hunters and their aptitude for graphic coding" (Florence Evin, 2017). It was the same, a fortiori, in the Neolithic.
This perspective is reinforced by the linguist Silvia Ferrara, who, while questioning the vocabulary, insists on the deeply codified and symbolic nature of these precursor signs. She emphasizes that the essence of writing lies less in the drawing than in the structure of the sign itself: "Call them 'pictograms' if you like... but perhaps they are more 'grammes' (in the sense of signs) than 'picto' (in the sense of drawing). The potential was entirely there. Abstraction and symbol, without a doubt, but also the framework: order, code, schema, and paradigm" (S. Ferrara, Avant l’écriture, Seuil, Paris, 2023).
The engraved signs of the megaliths thus constitute a form of proto-writing (J.-L. Lequellec, 1996) and the invariants of an etiological foundation myth. Their placement on megalithic monuments is highly strategic: in dolmens, they serve as transition markers delimiting the "transition between the outside world and the interior of the monument" (J.-L. Lequellec, 1996), the back of the chamber acting as the symbolic stopping point. This static dimension is balanced by isolated menhirs or alignments which translate, outside, the course of light and celestial cycles, essential to the cycle of rebirth.
Conclusion : a cosmogonical interpretation model
The Carnac megalithic phenomenon was a brief episode in history. The engraved signs of the European Atlantic Neolithic remained at the stage of ideograms. The codification process that led elsewhere to writing, in Mesopotamia and Egypt, was interrupted in Carnac and across the Atlantic facade. One reason could be linked to the sudden rise in sea level, which would have upset the balance of the Carnac pole, where salt exploitation was a source of wealth. As a ritual act, polished axes were found driven into the silt, turned toward the sky. The decline continued in the Bronze Age. Distant from tin deposits, the Carnac region was henceforth on the margins of Atlantic exchange networks (C. Nicolas, 2016).
These signs are not a linear alphabet, but they constitute a codified visual communication system that transmits a complex narrative (the path of the dead, access to the afterlife) in a stylized and mnemonic way. This analysis proposes an interpretation model that reconciles terrestrial, maritime, and celestial dimensions around the central theme of death and regeneration.
Mickaël Gendry est professeur d’histoire, spécialisé dans l’étude
du patrimoine et l’Histoire de la Bretagne
Ouvrages : - "L’Église, un héritage de Rome. Principes et méthodes de l’architecture chrétienne", 2009 ; "Genèse et développement d’un bourg castral", 2012 ; "De l’Armorique à la Bretagne", 2016 ; "La Bretagne racontée à ma fille", 2018 ; "Histoire de l'Armorique et de la Bretagne" 2018 avec V. Béchec ; " Petite Histoire de Bretagne", 2019 réédition d'un manuel de 1911, préface avec V. Béchec ; "L’immunité du monastère de Saint-Méen et de l’île de Malo", CeRAA ; "Les minihis en Bretagne. La grande Troménie de Locronan", ABPO ; "Minihis et troménies", "Les sources hagiographiques, enjeu des origines de la Bretagne", Britannia Monastica n°21 ; "Le Tro Breiz, entre mémoire et Histoire", ABPO, juin 2021 ; La Bretagne mystérieuse. Contes et légendes de Bretagne, La Geste éditions, avril 2021 ; Rues de Quintin, édition Stéphane Batigne, avril 2021 ; Troménies bretonnes, édition Yorann Embanner, 2022 ; Histoire de Quintin, éd. Gisserot [à paraître 2022]
Commentaires (6)
L’équipe des archéologues, dont Serge Cassen, identifie en effet différentes catégories de ces représentations :
- Les barques vides aux formes de croissant, comme celles visibles à Saint-Samson-sur-Rance.
- Les barques anthropomorphes aux formes caractéristiques d’arêtes de poisson, où chaque trait peut figurer un individu, comme à Gavrinis.
- Les embarcations clairement identifiables grâce à la présence d’avirons de gouverne, comme à Kercado à Carnac.
L’existence de versions avec un cruciforme anthropomorphe à bord, interprétable comme le bateau de l’âme, confirme l'aspect funéraire et symbolique du motif, un thème dont on retrouve des exemples similaires au Portugal, dans le Massif Central et dans les Alpes.On retrouve exactement ce motif au sommet de la face sud du menhir de saint-Samson-sur-Rance.
Que certaines de ces barques puissent ressembler à des oiseaux en envol n’est pas incompatible avec leur interprétation symbolique, dans la mesure où il s'agit de barques du ciel destinées au voyage de l'âme.
Cordialement M. Gendry