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Une Armoricaine à Paris, chronique pêchue

Chronique de TERTRAIS (porte parole Alice TERTRAIS) publié le 31/12/17 7:56

J'avais 6 ans, en vacances avec mes parents, c'était l'été et nous nous promenions sur l'Ile aux Moines. Un père parle en breton à sa fille et c'est alors que je nais véritablement au monde. La musique de cette langue s'est logée dans mon coeur comme la flèche du Dieu, réveillant au fond de mon âme un chant d'Amour pour Breizh.

Physiquement, je suis née à Paris. Qu'à cela ne tienne, l'âge venu, j'ai eu tôt fait de confier au tatoueur mon enveloppe qu'il fallait celtiser. Quelques symboles encrés plus tard, une fois le corps au diapason de l'âme, la Fontaine sacrée pouvait bouillonner en moi comme au centre d'une clairière enfin sanctifiée.

J'aime Paris et j'y vis bien volontiers. J'y ai appris le breton comme on joue à cache-cache. La perte de vue, les retrouvailles au détour d'une bibliothèque, la fille prodigue de Breizh s'abandonnant cycliquement entre les pages d'une grammaire comme au creux de bras aimants retrouvés.

Skol Diwan Pariz : 3 mots pour ma première interface parisienne durable avec la langue bretonne. Que dire aujourd'hui de cette belle aventure sans ranimer de belliqueuses passions... Il nous faut regarder ces 10 années d'existence comme un cycle abouti, avec sa phase ascendante et son inévitable déclin. Oui, inévitable, car le sang d'une école Diwan est le breton, parlé et écrit à tous les étages, et notre anémie chronique nous a conduits à l'épuisement généralisé. Je n'ai aucune amertume, chacun a donné et a reçu sur ce terrain d'entraînement militant miné par les affects. Dans l'histoire de ce naufrage, nous sommes tous survivants, aucun noyé, tous nous avons regagné la rive et continué notre vie à Paris ou en Bretagne.

Etre un «Ancien de Diwan Pariz», c'est avoir mouillé le maillot marin, c'est avoir trempé son CV breton à la sueur et aux émotions vives.

Et maintenant...

Que faire à Paris lorsque l'on est comme moi «Brezhonez penn kil ha troad»...

J'ai donné des cours à la Mission bretonne, «Ti ar Vretoned». Pendant un an. J'ai été déçu par les Bretons de Bretagne, une pâle lueur de Breizh dans les yeux, pas assez brillante pour voir au-delà des vieux systèmes de pensée. J'y ai vu du mental englué dans la pâtée franco-française.

J'ai donc décidé de mettre un vent différent dans mes voiles, un vent frais, païen, «brezhon evit gwir».

Après avoir vécu, crabe parmi les crabes, dans ce vaste panier qu'est la communauté des «Bretons de Paris», j'ai eu cet élan de santé celte qui m'a soustraite à la nasse du folklore et du passéisme.

Oui, l'esprit «brezhon» souffle à Paris, il m'a portée jusqu'à «Kêrvreizh», lieu étrange et chargé au coeur de Montparnasse, entre cimetière et club échangiste... Pour Eros et Thanatos, c'est une piste de danse, le lieu d'un ballet sacré encore balbutiant mais combien prometteur pour fertiliser l'Emsav à Paris dans la grande Tradition païenne ! Tout y est encore à faire et cela est merveilleux. Une terre sauvage baignée de soufre et de sel, au goût de lande et d'aventure, électrisée par des années de foudres politiques et de fulgurances créatrices. Le génie celte réclame pour Paris ce lieu des possibles protégé par les Dieux... J'y ai, quant à moi, planté «ma tête, mon c... et mes pieds» («penn kil ha troad») pour cultiver la terre de Breizh là où elle se trouve, Awen !

Voir aussi :
©agence bretagne presse

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