Un retour, un album - STONE AGE : "Bubry road"

-- Musique --

Chronique de Culture et celtie
Porte-parole: Gérard SIMON

Publié le 24/03/22 10:27 -- mis à jour le 24/03/22 11:57
STONE AGE : "Bubry Road" CD Stone Age - "Bubry Road"
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Jaquette du CD STONE AGE "Bubry Road"

« An Distro »« Le retour », tel aurait pu être le titre donné à ce nouvel album !

En effet, après 15 ans de silence, il s’agit d’une inattendue et jubilatoire réapparition musicale, celle d’un groupe mythique de pop-électro-rock celtique qui, depuis sa création, en 1992, associe, lie étroitement, les instruments traditionnels bretons, celtiques, à ses arrangements contemporains rock ou électroniques, tour à tour, futuristes, dansants, planants, oniriques ou méditatifs…

Souvenez-vous… « Totems d'Armorique », paru en 2007 et, pour les plus anciens de nos lecteurs, l’inoubliable premier disque éponyme, « Stone Age », publié en 1994, avec sa célèbre pochette en son plein centre, frappée d’un triskell, aux couleurs de l’Armor et de l’Argoat, lui-même, cerclé de teintes enflammées. Un édifiant graphisme faisant référence aux trois éléments, notamment, composantes essentielles de l’univers celtique, à savoir, l'eau, la terre et le feu.

Un historique CD de 10 titres, dont 8 de texture mélodique bretonne, et 2 autres, de teinte plus irlandaise, avec le légendaire et ample succès « Zo Laret », à ce titre, également paru, en single.

C’est, d’ailleurs, cet enregistrement, qui avait amené la formation jusqu’à sa nomination aux Victoires de la Musique de 1995, dans la catégorie de l’époque, « Musiques du monde ».

Après quatre opus à succès, notamment, au Japon, (150 000 exemplaires vendus), STONE AGE signe, en ce présent mois de mars, son grand retour discographique, mais aussi, et avant tout, scénique.

Pour cette « configuration 2022 » de STONE AGE, seuls deux des musiciens de la formation originelle sont présents : A la basse, l’ancien musicien d’Alan STIVELL, Michel VALY, alias KERVADOR et, à la batterie et aux percussions, Marc HAZON, alias Marc de PONKALLEC, qui a, entre autres, fait partie du groupe GWENDAL.

Primitivement engagés sur des chemins d’écritures personnelles pour de propres projets de création d’albums, de part et d’autre, ainsi munis de quelques morceaux, ces deux fondamentaux instrumentistes, auteurs et compositeurs de STONE AGE, se sont, à l’issue de retrouvailles, posé la question : « Pourquoi ne pas réaliser un nouvel album ? »… Ce qui fût, pour notre plus grand bonheur, décidé.

De cette phase individuelle, aux nouvelles rencontres nécessaires, aux difficultés liées à la, encore présente, difficile conjoncture sanitaire, jusqu’aux séances en studio, il aura fallu 3 ans pour la gestation artistique de cette nouvelle aventure discographique… et scénique.

C’est ainsi que, produit, réalisé et composé par KERVADOR et Marc de PONKALLEC, excepté pour, en plage 7, « Pleg an amzer », dû aux talents de Marielle HERVE, ce nouveau disque a été enregistré, en Centre Bretagne, au studio costarmoricain et trégorois WM, au lieu-dit Kérouzé, en Bringolo (22), par, assisté de LOUAN, Wilfried LASBLEIZ, ingénieur du son fondateur du lieu (Voir page) .

Le mastering a été réalisé, à Sannois (95), par Anthony ARCONTE, ingénieur du son et arrangeur depuis 1987.

C’est le moment de saluer leur excellent travail de prise de son, de mise en espace avec une sous-jacente « présence live » et d’optimisation du spectre sonore, phases primordiales pour de telles productions musicales avec des artistes qui recherchent, plus que jamais, un son spécifique, à la fois reconnaissable, mais s’inscrivant dans le registre des productions actuelles.

Si, pour beaucoup de chroniqueurs et journalistes, ceux-ci évoquent un côté « vintage », l’ensemble sonne, toutefois, comme une musique très actuelle, notamment par une présence électro affirmée, autant que maîtrisée.

Voici, donc, la dernière œuvre de STONE AGE, titrée « Bubry Road », un 5ème opus, de pas moins de 50 minutes proposant, d'Argoat en Arvor, une suite de 14 tableaux sonores, (dont 3 instrumentaux), particulièrement, façonnés pour la scène et pour un spectacle musical total.

Puisque nous avons, sus-cité, deux des historiques membres permanents de STONE AGE, l’instant rédactionnel est venu, ne serait-ce que, par la simple lecture de qui suit, de suggérer à votre oreille les sonorités qui façonnent la tessiture du chant et le spectre des lignes mélodiques qui jalonnent le programme.

Nous vous proposons de découvrir la distribution vocale et instrumentale qui vous permettra, également, de reconnaître, selon les plages où ils interviennent, nombre de noms et pléthore de talents de la musique bretonne, celtique, comme œuvrant dans d’autres styles.

- Robert LE GALL : Fiddle, cittern portuguese guitar (guitare portugaise) (6 - 11 - 13).

- Xavier GERONIMI : Guitare acoustique et électrique (5 - 7 - 8 - 9 - 12).

- Philippe HERVOUET : Guitare acoustique et électrique, mandoline (2 - 6).

- René LEBHAR : Guitare solo (3).

- Konan MEVEL : Whistles, cornemuse électronique, éditeur de musique Kguitar.

- Youenn LE BERRE : Flûte, low whistle, flemish pipe (pipe des Pays-Bas et de la partie nord de la Belgique de langue flamande (1 - 13).

- Loïc BLEJEAN : Uillean pipe.

- Eric BEAUMIN et Benoît QUEFFELOU : Bombardes (13).

- Adrien LAPERCHE et Cédric LE BOZEC : Cornemuses (2 - 13).

- Benoit WIDEMANN : Synthétiseur Moog solo (6).

- Marielle HERVE : Voix lead et guitare acoustique (7) - Chœur et piano (14).

- Maria POPKIWICZ : Voix lead (1 - 3.) et Pascale MASSON (12).

- KOHANN : Voix lead (8), chœur.

- Mike BACH : chœurs(4), Vickie BITTON (12) et Marion CHER (4).

- MENEZ ARE : Chorale d’enfants (3).

Comme le précisent quelques lignes du site internet officiel, « La musique et les textes sont souvent très inspirés de légendes celtiques, avec une légitime prédominance bretonne ».

STONE AGE nous emporte, ainsi, sur la route de Bubry, village du Morbihan, en passant par Penhors et Roskañvel, par Kerouz, Keranna ou Rieg...

Invité de France Bleu Breizh Izel, Marc de PONKALLEC, ajoute : « Bubry, c’est le point central d’un road movie, lié aux attaches de KERVADOR au Pays Pourlet où ses oncles étaient musiciens. Alors pourquoi ne pas faire, d’Argoat en Arvor, un voyage onirique à partir de Bubry, qui nous emmène sur des chemins de Bretagne et d’ailleurs, comme dans l’est de l’Europe ».

Une carte circulaire de cette randonnée de rêves partant de Bubry vers les espaces bleus, vous est proposée, avec ses appellations bretonnes, sur l’une des faces du feuillet interne, plié en quatre pans, qui accompagne le digipack cartonné.

Cerclant l’itinéraire, les noms des musiciens et chanteurs intervenants apparaissent, clairement, en caractères blancs sur le fond noir. C’est beaucoup moins évident pour la notification de leurs affectations aux pupitres instrumentaux et vocaux. Bleu nuit sur fond noir ?… Lilli LACOMBE qui assure le design et, logiquement, la lisibilité n’a pas été inspirée.

Et pourtant ces informations intéressent nombre d’entre nous.

Par ailleurs, mais dans ce même cadre, il manque, vraiment, inclus dans la jaquette, un livret mentionnant les textes, au lieu de ce feuillet additionnel susmentionné qui, sur sa seconde face, propose un patchwork de photos, dont la coloration est certes, globalement, aguicheuse à l’œil, mais qui, par la taille des vignettes enchevêtrées ou superposées, ne présente aucun intérêt.

Alors que le contenu textuel reste important. En effet, si certains membres du groupe chantent en breton et/ou en anglais, c’est pour véhiculer quelques idées, sinon, il ne ferait que de l’instrumental !

Et tout le monde ne parle pas anglais, encore moins breton.

Afin d’optimiser le contenu, la production aurait dû y penser !

Fort heureusement, Soizick Fonteneau, attachée de presse (Voir page) , nous a transmis avec gentillesse et célérité, cette substantifique moelle textuelle. Nous la remercions, chaleureusement.

La jaquette du CD est « classieuse » et, nous semble-t-il, symbolique.

En première de couverture, posé sur une pseudo-table de lecture analogique, en forme de « tranche » de tronc d’arbre, un disque vinyle dont les spires de microsillons semblent rejoindre l’idée des cernes de croissance arboricole qui marquent le temps, paraissent traduire la longévité de STONE AGE.

Au dos du contenant cartonné, cette fois, parfaitement lisible, la liste des titres interprétés notifiée sur fond de deux silhouettes marchant au couchant d’une image extraite de la vidéo du, ô combien, talentueux musicien et inspiré photographe et réalisateur de vidéos, Konan MEVEL.

La graphiste indépendante Lilli LACOMBE a, été, cette fois, bien inspirée.

Dès l’orée du programme, nous sommes accueillis et cueillis par le titre éponyme.

Un bourdonnement croissant, un quasi-rythme de roulement sur le rail, la plainte de l’uillean pipe de Loïc BLEJEAN, le son de la caisse claire, celui du whistle, les voix mêlées au limpide Mogg, le voyage dans un coin de Celtie, commence et commence très bien, avec cette « ouverture dansante », chantée en anglais et breton.

« Welcome to Bubry Road

He ! deit aman gant omp

Spered mad zo en aer

Imagination ride from bubry road

It's fun to play a night on bubry Road

Welcome to Bubry Road

I say : welcome to bubry road ! ».

« Bienvenue à Bubry Road

Eh ! Viens ici avec nous

Dans l'air on ressent un bon esprit

L'imagination vogue à Bubry Road

On a plaisir à jouer la nuit sur la route de Bubry

Bienvenue à Bubry Road

Je dis : Bienvenue à Bubry Road ! ».

Oh, rassurez-vous, nous n’allons pas passer en revue tous les titres du programme, car TOUS, je dis bien TOUS, sont excellents et s’agissant quasiment d’un album concept, ils se nourrissent les uns des autres.

Mais comment, en plage 3, ne pas évoquer « Maureening Ar Aouz », avec la spécifique voix de Maria POPKIWICZ, relayée par le superbe solo de guitare, « à la croisée » des styles de David GUILMOUR et de Mark KNOPFLER, signé de René LEBHAR, suivis de l’angélique chœur d’enfants MENEZ ARE.

[…]

« Maureenig ar Rouz

Zo aet kuit didrouz

Da dañva ar vuhez

En-tu all d'ar menez

Klevet 'vez o c'hoarzhine

Gant bugale lirzhin

Emaint holl o vont

D'ober goap ouzhomp ».

[…]

[…]

«Maureenig la Rousse

Est partie sans bruit

Pour goûter la vie

De l'autre côté de la colline

On l'entend déjà rire

Avec des enfants joyeux

Ils s'apprêtent tous

A se moquer de nous ».

[…]

Plus syncopé, plus électro, avec des effets sur les voix, donc plus actuel, mais aussi, avec des réminiscences des années 70, dont certains passages de claviers peuvent, par exemple, faire penser à IRON BUTTERFLY (face 1 du LP 33 tours « In-A-Gadda-Da-Vida »), PROCOL HARUM (LP 33 tours « Grand Hôtel »)… « Shame to humanity » nous propose des thèmes qui ont une résonance, ô combien, évidente en ces temps troublés et incertains pour l’humanité et la planète.

Nous ne résistons pas à l'envie de publier l’intégralité du texte, avec sa conclusion multilingue qui souligne la responsabilité universelle de chacun d’entre nous.

« I was born with no conscience

And came from nowhere,

Following my instinct to destroy.

My preservation is my only way

Why should i care for any one?

I’m looking to my friends

Falling all along their way of the cross to freedom

I laugh to see this world trampled

By these digital giants.

I don’t care what surrounds me ,

Even the trees, the sea and the animals,

Guilty or not guilty, no human justice

Comin’ to break it all,

I’m looking at the people,

Falling in the darkness of their lost desires

And i feed on the ashes,

Of what i have usurped

 

« Je suis né sans conscience

Et venu de nulle part,

Suivre mon instinct de destruction.

Ma préservation est mon seul moyen

Pourquoi devrais-je m'occuper de quelqu'un ?

Je regarde mes amis

Tombant tout le long de leur chemin de croix vers la liberté

Je ris de voir ce monde piétiné

Par ces géants du numérique.

Je me fiche de ce qui m'entoure,

Même les arbres, la mer et les animaux,

Coupable ou non coupable, aucune justice humaine

Ne vient tout casser,

Je regarde les gens,

Tomber dans l'obscurité de leurs désirs perdus

Et je me nourris des cendres,

De ce que j'ai usurpé

A shame to humanity

Una verguenza para la humanidad

Sommes-nous donc une honte pour l'humanité

Eine schande fur die menscheit

Ar mezh a-benn denelezh

Ne ket brav en den a-viskoazh

Vergogna per l'humanita ».

En piste 7, nous avons, aussi, été particulièrement séduits par, sur lie de low whistle et de cordes électriques de Xavier GERONIMI, le celtique et maritime chant, « Pleg an amzer - Dans un pli du temps », embarqués sur l’onde de l’enjôleuse voix de sirène et la guitare acoustique de sa créatrice, Marielle HERVE qui nous emmène, cette fois, de Bubry… au Tir-na-Nog, l’île de l’éternelle jeunesse.

Su-perbe !

[…]

E kreizh ar mor

Zo ur boudig

A vev ‘vel ur pesk

Gantañ doare un den

E kreizh ar mor

A vev ur boudig

Ur seurt treizour

Da Tir-na-nog

[…]

[…]

Au milieu de la mer

Il y a une créature

Qui vit comme un poisson

À l'aspect d'un humain

Au milieu de la mer

Vit une créature

Une sorte de passeur

Vers le Tir-na-Nog

[…]

Restons dans les nébuleuses du Tir-na-Nog… Entre flûte, claviers, percussions, un très apaisant instrumental, titré « Moged » vous attend en plage 10.

Comme précisé, en amont de ces dernières lignes, pour ne point vous lasser… et, surtout, pour vous laisser découvrir, à l’acquisition du CD d’autres très belles étapes, de musique, de chants, de légendes, de rêve, mais aussi, de réalité, nous n’aurons fait, au cours de cette chroniques que quelques haltes rédactionnelles destinées à la présentation de ce nouvel album, dont, nous le répétons, tous les morceaux, sont dignes d’intérêt.

C’est, donc, à la « croisée des chemins », avec, en piste 13, « Groës Coêt » (un lieu-dit, en pays pourlet) que nous nous quitterons sur cette « danse des mille intergénérationnelle », où effets, rythmique et mélodie électro des claviers, percussions et boites à rythmes introduisent les virevoltantes interventions, au fiddle, de Robert LE GALL, cordes suivies d’un court texte chanté, lui-même relayé par, entre sonorité de violon et d’uillean pipe, par le flemish pipe de Youenn LE BERRE.

Un second passage textuel chanté, puis dit, et, Bretagne oblige, les bombardes d’Eric BEAUMIN et Benoît QUEFFELOU, adossées aux cornemuses d’Adrien LAPERCHE et Cédric LE BOZEC, enflamment la fin du morceau, jusqu’à l’arrêt net, conforme aux fins de jeux habituels des bagadoù.

[…]

Sonerien ar c'heriou

Ar lec'hiou

Re gozh, re yaouank ar vroiou

Deomp an holl, e kroes en hentoù

[…]

[…]

Musiciens des villes

De tous lieux

Les vieux, les jeunes de pays

Allons toutes et tous à la croisée des chemins.

[…]

En toute dernière plage, c’est Marielle HERVE, au piano classique solo, avec « Suite céleste », qui vous raccompagnera, définitivement avec, déclinée, après césure, en deux parties rythmiques, une pièce jazzy très « Squibanesque ».

C’est inattendu, déconnecté, mais pas étranger, aux 13 autres thèmes… C’est la Bretagne, la Celtie multiculturelle, protéiforme, que nous aimons et que nous vous proposons, depuis, longtemps, sur nos pages en ligne.

« Burbry Road », de « STONE AGE », de l’électro- pop-celtique-vintage, rehaussé de sons actuels.

Un disque, bien évidemment, à vous procurer, sans hésitation et au plus vite.

Nous ne vous en dirons pas plus. « STONE AGE », ce nom étant, à lui seul, un label… de qualité et de plaisir.

Gérard SIMON

Illustration sonore de la page : STONE AGE : "Bubry Road" - Extrait de 01:05.

Le site Internet de STONE AGE : (Voir site)

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine (Voir site)

Les titres du CD "Bubry Road" :

01 - Bubry Road - 03:30.

02 - You know - 03:43.

03 - Maureenig ar rouz - 04:01.

04 - Shame to humanity - 03:50.

05 - Anti age - 03:27.

06 - From gwen to stone - 03:29.

07 - Pleg an amzer - 04:11.

08 - Rozenn an dro - 03:21.

09 - Dansit for tomorrow - 03:18.

10 - Moged - 02:39.

11 - Armen dañs - 03:47.

12 - The kingfisher song - 03:45.

13 - Groës coët - 03:21.

14 - Suite céleste - 03:11.

CD STONE AGE - "Bubry Road".

Parution : 4 mars 2022.

Production : KERVADOR et Marc de PONKALLEC.

Distribution : COOP BREIZH (Voir site)

Référence : 4016461.

© Culture et Celtie

Voir aussi :

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