Un 1er mai nazairien pour les Bonnets rouges de Loire-Atlantique

-- Economie --

Dépêche
Par Didier Lefebvre

Publié le 1/05/14 22:18 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Quelque 60 Bonnets rouges se sont retrouvés à Saint-Nazaire pour organiser une manifestation parallèlement au rassemblement de Brest en ce 1er mai. Saint-Nazaire a été retenu, car cité (encore) industrielle. Objectif atteint en termes de participants. La Loire-Atlantique, le 4e département breton selon l'ordre alphabétique compte 8 comités locaux (voir le site) Trois sont dans la Presqu'île, les cinq autres dans tout le département, de Châteaubriant au Vignoble, de Nantes au Pays de Retz, et le comité des Sillons de Bretagne à Savenay. Faire déplacer ce monde un jour férié chômé était un pari risqué, mais réussi. Beaucoup de retardataires (le quart d'heure breton a sévi ici aussi) ont raté les prises photos des journalistes, dont la presse parisienne de BFM, qui ne manque jamais un événement des Bonnets rouges. Au point d'arrivée, à la sous-préfecture, tout le monde était là.

Pour une relocalisation des centres de décision en Bretagne

Olier Anezo, du pôle ouvrier 44, est très demandé. Il explique que le « 1er mai est la fête du travail, et que ce jour précis, il est normal que les Bonnets rouges se battent pour défendre l'emploi en Bretagne, plus précisément ici, en Loire-Atlantique ». Des nombreux emplois sont en effet menacés, qu'il s'agisse de la Seita ou Trelleborg (Carquefou) (voir notre article) et de Alcatel (Orvault).

L'orateur précise que la devise des Bonnets rouges a toute sa signification ici : vivre, décider et travailler en Bretagne. Il est nécessaire de relocaliser les centres de décision, et de cesser de localiser l'emploi. Denez, un manifestant, ajoute que la Seita, (plus précisément Impérial Tobacco NDLR) fait des bénéfices et distribue des dividendes de plusieurs centaines de millions d'Euro, mais veut délocaliser l'usine de Kerc'hfaou (le nom breton de Carquefou, NDLR) en Pologne.

Un mouvement inclassable pour un Parisien

Les Bonnets rouges n'est décidément pas un mouvement comme les autres. Il défraye la chronique, embête les Parisiens qui ne savent le classer.

- Un mouvement de patrons pour les uns ? Non, regardez, vous connaissez, vous, beaucoup de patrons qui défilent un 1er mai pour protéger l'emploi ? Le cortège a croisé celui de la CFDT et plus loin il y avait la CGT, mais pas d'organisations patronales.

- C'est un mouvement d'ouvriers alors ? Non plus. Vous connaissez beaucoup d'ouvriers qui défilent avec les patrons pour réclamer une baisse des taxes pesant sur les entreprises ?

C'est un mouvement de Bretons, qui ne souhaitent qu'une chose, vivre, décider et travailler en Bretagne (1). C'est cette transversalité qui inquiète les dirigeants français. On ne sait comment l'affronter. Le mouvement peut subir alors des attaques très basses (voir notre article), il en ressortira grandi, dixit un Bonnet rouge nantais.

Des prisonniers politiques ?

L'autre objet de cette manifestation était d'apporter un message de soutien aux prisonniers que les Bonnets rouges n'hésitent pas à appeler « prisonniers politiques ». Ils sont au nombre de quatre. La veille de la manifestation du 19 avril à Nantes (voir notre article), onze militants Bonnets rouges avaient été mis en garde à vue (voir notre article) et (voir notre article). Leur procès est reporté au 15 mai, mais quatre ont été gardés en préventive, il s'agit de Maxime, Jason, Amaury et Manu. Dans la manifestation, Denez leur demande de bien tenir le coup, et ajoute, « c'est tous les Bonnets rouges qui devraient être en taule. Ou alors aucun ! ».

Un cercueil qui a bien du mal à brûler : est-ce un signe ?

Bon enfant, le cortège s'est dirigé calmement vers la sous-préfecture au son d'une bombarde, et au cri de « Bevet Breizh » (« vive la Bretagne »). Outre les Gwenn-ha-du, on y voit... la Duchesse Anne, dont on célèbre cette année le 500e anniversaire de sa disparition (voir le site)

Les organisateurs avait imaginé y brûler un cercueil, symbolisant la disparition de l'emploi en Loire-Atlantique. Est-ce un bon signe ? Faute de branchettes sèches en quantité suffisante, et d'un bois beaucoup trop dense, le cercueil refusait de brûler.

Et comme en Bretagne, tout finit par une chanson, les manifestants ont montré qu'ils avaient de la voix, entonnant le Bro gozh ma zadoù, l'hymne national breton, l'incontournable La Blanche Hermine (chanson) de Gilles Servat, et enfin une chanson militante de Glenmor reprise du Barzaz Breiz : le an Alarc'h (voir le site)

Notes

(1) voir les différentes traductions de la charte des Bonnets rouges ici : (voir notre article) ; en breton, en gallo, bien sûr, les deux langues en cours en Bretagne (outre le français), mais aussi en anglais et en russe. La traduction en italien est en cours.

Voir aussi :
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