Trop peu de «think tanks» en Bretagne

-- Politique --

Chronique
Par Christian Rogel

Publié le 11/11/12 22:12 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Il y en aurait, en France, et principalement à Paris, une centaine de «think tanks» ou «laboratoires d'idées».

Les plus connus sont la Fondation Saint-Simon (inventrice de la «fracture sociale»), l'Institut Montaigne, La République des Idées, Terra Nova, l'Institut de l'entreprise, Notre Europe et bien d'autres.

Un «think tank» est un organisme privé qui fait travailler des chercheurs pour écrire des documents sur des thèmes généraux ou spécialisés (économie, politique sociale, etc.).

Son but est d'influencer les décideurs publics et privés et il doit aussi publier, mais, rarement pour le grand public. C'est une illusion de croire que les élus tirent leurs idées de leur chapeau ou des désirs des électeurs.

Les partis de gouvernement ne pourraient pas rédiger leurs programmes sans commander aux «think tanks» amis, des études sur la conjoncture, la prospective ou l'acceptabilité de telle ou telle nouveauté.

La faiblesse des petits partis peut tenir moins à leur manque d'idées, qu'à leur incapacité à les présenter et à les enrichir.

Le défaut des partis, grands et petits, est que leurs militants sont trop homogènes pour être de vraies sources d'idées acceptables par un plus large public.

Certains «think tanks» les aident à combler leurs manques dans la réflexion.

Salarier des chercheurs et un secrétariat, s'abonner à des documentations et publier ses études coûte très cher et un «think tank» est le plus souvent financé par des dons privés d'entreprises et de particuliers et, un peu, par les ventes de ses publications.

En Espagne, les «think tanks» liés à la droite publient des textes alamistes sur les dangers pour l'unité du pays que font courir les grands pouvoirs des communautés autonomes, tandis que leurs pendants de gauche insistent sur la nécessité d'introduire la territorialité dans les politiques publiques.

Les premiers s'inquiètent même de voir l'apparition de «think tanks» au Pays basque et en Catalogne et qui, parfois, ne publient qu'en basque ou en catalan. Réf. : Observatoire français des think tanks (voir le site)

A Perpignan, Opencat réfléchit au développement de l'aire transfrontalière Perpignan-Argelès-Figueres-Girona en évitant le terrain politique. (voir le site)

Il se positionne au centre droit, étant proche de l'UDI, le parti de Jean-Louis Borloo, et annonce être prêt à échanger avec Convergence et Union, le parti indépendantiste au pouvoir en Catalogne du Sud.

En Ecosse, le «think tank» Reform Scotland s'est fait connaître en Mai 2012 en préconisant la suppression de 13 conseils régionaux sur 32. (voir le site)

Juste avant la restauration de l'autonomie de l'Ecosse en 1999, la capitale, Edimbourg, était devenu le siège de plusieurs «think tanks», prêts à influencer le futur gouvernement écossais.

L'Institut de Locarn, établi près de Rostrenen, dans les Côtes d'Armor, est parfois l'objet d'attaques qui relèvent de l'esprit complotiste, mais, sans doute, dues au fait que sa section «think tank» est financée par des entreprises bretonnes qui veulent bénéficier d'études stratégiques pour développer leurs exportations. (voir le site)

Ailleurs, on trouverait ça banal, mais, comme c'est nouveau, certains jacobinolâtres, comme Jacques Cheminade [ABF28069] ou l'alliance Parti des Travailleurs-La Libre Pensée, préfèrent, exercer leur droit au soupçon et qualifier Locarn de lobby indépendantiste.

Autant affirmer qu'aucune réflexion ne pourrait être faite ailleurs qu'à Paris.

Bretagne Prospective, basé à Rennes et animé par le professeur Jean Ollivro, se définit aussi comme un «think tank» et a reçu de l'argent du Conseil régional et du Crédit mutuel de Bretagne pour la création d'un portail. (voir le site)

Les thèmes qu'il traite le plus sont «Les nouvelles territorialités» et les énergies renouvelables.

Le plus vieux «think tank» régional a été créé en 1977, et, ce qui n'est pas très étonnant, en Bretagne.

Il s'agit de l'Institut Kervégan (du nom de la rue de Nantes où ses fondateurs se réunissaient), à l'initiative de Jean-Joseph Régent, alors président de la Chambre de commerce et d'industrie, qui s'était donné pour but de «redonner une cohérence, un projet
de reconstruction à la ville grâce à la convergence d'intelligences et à la
mobilisation des milieux économiques,
universitaires et autres ». (voir le site)

Son influence pour aiguillonner le développement récent de l'agglomération semble avoir été réelle.

Le développement des «think tanks» est un phénomène récent en France et il serait souhaitable qu'en Bretagne, il y en ait de nombreux autres se créent, même si les pouvoirs locaux sont encore peu puissants.

De nombreux thèmes touchant à l'environnement, le maillage des services, la valorisation de l'Histoire, les relations de société, etc. pourraient donner du travail à de nombreux chercheurs.

Les mouvements politiques bretons qui se positionnent à gauche n'ont pas, semble-t-il, de «think tanks» amis.

On pourrait même imaginer que de nouveaux «think tanks» par association de partenaires multiples, comme le Collège coopératif en Bretagne, établissement d'enseignement technique supérieur privé qui est l'interface entre l'Université de Rennes et le mouvement coopératif. (voir le site)

La Bretagne et les autres régions ne seront pas un lieu d'épanouissement des «think tanks», tant que la centralisation règnera et que les acteurs politiques et économiques s'en satisferont.

C'est donc à eux de se positionner.

Christian Rogel

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