Transfert de l'aéroport de Nantes : lutte politique ou lutte économique ?

-- Economie --

Chronique
Par Christian Rogel

Publié le 2/11/12 1:03 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

L'aéroport de Nantes-Atlantique, situé à Bouguenais, au Sud de Nantes, vient de dépasser les 3 millions de passagers pour 2012.

Lors de la relance du projet de transfert au Nord-Ouest, qui le rapprocherait de Rennes (80 km/50 minutes en voiture) et de la zone très touristique du Morbihan (50 km), il avait été indiqué que l'actuelle plateforme serait saturée avec 4 millions de passagers/an vers 2015.

La prévision affichée par la Chambre de commerce de Loire-Atlantique pour l'«Aéroport du Grand Ouest» est 9 millions de passagers/an en 2050.

Comment savoir si c'est juste, alors que le transport aérien est pris dans la tenaille du prix du pétrole et de sa sécurité, comme l'a montré la chute du trafic qui a suivi le 11 septembre 2001?

Se greffent là-dessus les ambitions du complexe accapareur de Paris qui veut que les TGV soient des aspirateurs à passagers vers ses immenses aérogares soutenues outrageusement par l'Etat, qui est actionnaire majoritaire d'Aéroports de Paris et qui a avalisé la politique concentratrice d'Air France. (voir le site) de Presse-Océan.

En 1970, le Conseil général de Loire-Atlantique a été incité à acheter les terres agricoles de Notre-Dame des Landes dans le cadre du schéma de l'Etat qui prévoyait un développement démographique des rives de la Loire au détriment de l'intérieur du pays.

Le développement agricole et économique de la zone a été gelé jusqu'à la remise à l'étude du projet en 2000 par le gouvernement Jospin.

En 2003, il est relancé par Chirac et Raffarin pour aboutir à un partenariat public-privé, conclu en 2010, par lequel, sur 560 M €, 320 sont à la charge du concessionnaire (Vinci), 125 à celle de l'Etat et 115 à celle des collectivités locales, la majorité étant dans les Pays-de-la-Loire et le reste en Bretagne 4 (Conseil général 35, Rennes Métropole, entre autres).

Le futur aéroport est vu par beaucoup de décideurs comme la plateforme internationale de référence pour une grande partie de la Bretagne, ainsi que des départements de Maine-et-Loire et de Vendée.

Il est, en effet, sur un croisement majeur, l'axe Saint-Malo-Rennes-Nantes-Niort et l'axe Quimper-Vannes-Nantes-Angers-Tours.

Les zones concernées sont, soit actives (Nantes, Rennes, Vannes, Saint-Nazaire, Angers, Cholet), soit actives et touristiques, et il y a en Bretagne de nombreux retraités, lesquels préfèrent prendre l'avion dans des aéroports à taille humaine et pas trop loin de chez eux.

Pour ceux qui viennent de l'Ouest ou du Nord de la Bretagne, les transferts en autocars pour les destinations touristiques seraient raccourcies d'au moins 25 minutes, sans compter le raccordement au chemin de fer, mais il n'est pas encore financé.

Mais, les plus forts soutiens viennent des entreprises de Nantes et de Rennes qui veulent être reliées aux principaux pays développés par des vols qui permettent un aller-retour en Europe dans la journée, ce qu'un transit par Paris interdirait.

Les élus et des habitants de la zone frontalière Ille-et-Vilaine/Morbihan qui est économiquement déprimée (pays de Redon, par exemple) sont motivés par la perspective des emplois.

Les élus des communes situées dans la zone de bruit et qui ont accueilli de nombreux habitants travaillant du côté de Nantes sont généralement opposés, certains ayant été élus sous l'étiquette écologiste.

Les militants qui occupent les terres déjà achetées (90%) ne pourraient le faire sans le soutien logistique des habitants proches.

Les opposants estiment que ce projet n'est pas viable économiquement, car, il repose sur la prévision d'un prix du pétrole qui n'exploserait pas du fait de l'épuisement des ressources, mais, trop de facteurs contradictoires existent (Iran, Irak, Arctique, Russie, reprise d'anciens puits, pétrole de schiste, gros porteurs, hydrogène...).

Ils estiment aussi que le temps des équipements dévoreurs d'espaces agricoles (ici, 320 hectares et en fait beaucoup plus) est passé et qu'il vaut mieux essayer de mieux exploiter les infrastructures ou aussi de réduire l'usage des moteurs à pétrole qui génère une pollution importante.

Le courant écologiste et/ou politique (Europe-Ecologie-Les Verts, Attac, Corinne Lepage) est d'accord avec le courant environnementaliste (Greenpeace, Bretagne vivante, Amis de la Terre et association locale ACIPA (voir le site) pour faire de l'opposition non-violente à Notre-Dame-des-Landes un symbole qu permettrait d'imposer un recul, comme à Plogoff et Creys-Malville (recul du nucléaire conquérant) et le Larzac (recul de l'appareil de l'Etat dans une question militaire).

Les partis bretons sont divisés sur la question : l'Union démocratique bretonne soutient le projet depuis 40 ans, alors que le Parti breton s'y oppose.(voir notre article)

Les militants bretons favorables y voient le moyen de brancher la Bretagne directement sur l'international. Les autres n'en voient pas l'utilité.

Comme le remarque Jean Guisnel, dans Le Télégramme du 1er novembre, des années de lutte n'ont pas hissé celle-ci au-dessus d'un conflit local.

Il n'y a pas de charge émotionnelle attachée à la construction d'un équipement assez banal, dont personne n'a peur et dont beaucoup pensent qu'il sera utile à eux ou à leurs proches.

Le président du Conseil général de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, n'en est que plus à l'aise pour dénoncer les «squatteurs professionnels».(voir notre article)

Jusqu'ici, les milieux soutenant le projet ont considéré qu'il n'était pas utile de communiquer en permanence à son sujet.

Les organismes qui le contestent ont rarement reçu des réponses.

Patrick Warin, socialiste angevin, relation ancienne du président de la République, indique que les habitants de la zone ont voté pour Hollande. Il dit donc, sans le vouloir, qu'il n'y a peu de risque pour que la contestation jette le trouble dans son parti.(voir notre article)

A ce jour, la quasi-totalité des cartes sont dans la main du Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault :

- Il est un expert du dossier et son ami, Jacques Auxiette, préside la Région PDL et le Syndicat d'aménagement

- Il contrôle directement la force publique

- Les partis de gouvernement le soutiennent, sauf EELV ligoté par la solidarité gouvernementale, si bien que Cécile Duflot peut être ironiquement félicitée par les socialistes : elle a quasiment dit qu'elle ne dirait rien

- L'enquête publique est close (à Plogoff, elle avait été l'étincelle)

Presque personne, ailleurs que dans le proche environnement, ne s'inquiète pour un coin perdu dans la campagne : ce n'est pas un lieu de vacances comme Plogoff et le Larzac.

Qu'est-ce qui pourrait modifier la situation ?

Mis à part une hypothèse terrifiante, comme la mort d'un manifestant, il faudrait que les militants du PS soient troublés peu à peu par un «Fort-Chabrol» des militants qui traînerait en longueur.

Il sera cependant relativement facile de les tenir à l'écart pour accomplir l'acte symbolique de couper les arbres pendant l'hiver et faciliter le commencement des travaux qui ne sont prévus qu'en 2013.

La conjoncture économique pourrait aussi amener le gouvernement à temporiser, mais, seulement s'il n'est pas obligé de payer de coûteuses pénalités à Vinci.

L'exemple de l'hôpital de Corbeil-Essonnes, qui coûte très cher en loyers à l'Etat, alors qu'il est inachevé depuis des mois, est un avertissement.

Ce serait donc un motif pour que le gouvernement reste droit dans ses bottes quelles que soient les tempêtes médiatiques.

Christian Rogel

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