Koun Breizh demande à Loig Chesnais-Girard, Président de la région Bretagne et à Megalis, d'affirmer le principe de respect intégral de notre toponymie en langue bretonne.
Objet : Pour le respect intégral de notre toponymie en langue bretonne.
Monsieur le Président,
Nous nous permettons de revenir vers vous car la situation de la toponymie en langue bretonne ne cesse de nous inquiéter.
En effet, depuis des années déjà, les militants s’efforcent de conscientiser les différents acteurs et surtout les municipalités, au respect intégral de notre toponymie en langue bretonne.
Or, nous nous apercevons que rien ne change et que l’hémorragie se poursuit. Notre toponymie en langue bretonne s’efface comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Or la toponymie est un socle pour notre langue. Elle rappelle à tous, et notamment aux plus jeunes, l’existence de notre peuple au sein d’un régime institutionnel qui ne le reconnaît pas.
Récemment, nous avons été interpelés par la débretonnisation d’écoles à Plouzané : Coat-Edern devenu l’école Rosa Bonheur et Kroas-Saliou ( en projet). En nous renseignant auprès de nos militants locaux nous avons appris que l’adressage réalisé il y a un an par cette commune était catastrophique. La dénomination des rues s’est faite au détriment de multiples lieux-dits en langue bretonne dont beaucoup ont disparu purement et simplement de l’adressage.
Les Bretons sont choqués de voir que rien ne change malgré tous les discours de salon.
Monsieur le Président, nous ne comprenons pas que cette commune, pourtant classé au niveau 2 de la Charte Ya d’ar Brezhoneg, puisse débretonniser sans le moindre scrupule.
C’est avec confiance que nous vous demandons d’intervenir dans le cadre de cette charte pour que vos services interpellent la commune de Plouzané. L’office public de la langue bretonne ne peut ignorer la situation exacte de notre toponymie à Plouzané.
Il y a deux ans, sur notre saisine, l’Unesco rappelait cette évidence que notre toponymie en langue bretonne fait partie du patrimoine immatériel de l’humanité.
Notre toponymie doit être sacralisée.
Il y a deux ans, nous avions évoqué avec vous la possibilité de demander officiellement l’inscription de notre toponymie en langue bretonne au patrimoine immatériel de l’Unesco. Une réunion s’était tenue avec vos services à Pontivy et depuis rien. Vous n’avez pas donné suite.
Nous devons poursuivre impérativement dans cette voie pour trouver cette protection qui dissuadera certaines municipalités de faire n’importe quoi.
Si la compétence en matière de dénomination des rues revient aux municipalités, vos compétences patrimoniales et linguistiques vous permettent de prendre des initiatives fortes en contractualisant avec les municipalités, en fixant des règles de bonnes conduites, voire en conditionnant les aides au respect intégral de notre toponymie ou à sa remise en état.
Il serait enfin souhaitable que vos services dressent rapport et communiquent sur l’état des lieux de notre toponymie en langue bretonne par commune.
Quel pourcentage de notre toponymie a disparu après les nouvelles normes ? 10%, 20% ou 30% ?
C’est un enjeu de démocratie et les Bretons ont le droit de savoir.
Une action forte de la région Bretagne s’impose car les associations militantes ont déjà fait beaucoup et elles ne disposent que de leurs pauvres moyens. Koun Breizh a déposé un recours devant le Tribunal administratif pour contester l’adressage catastrophique de Plouezoc’h, mais nous ne pourrons pas systématiser ces actions symboliques fortes. C’est au politique d’agir désormais.
Enfin, nous avons le regret de devoir évoquer avec vous le rôle délétère de Megalis, chargée de la mise en place de la fibre, et dont vous êtes le Président.
Tout comme la SA la poste, le rôle de Megalis a été majeur dans la débretonnisation, comme nous l’ont démontré nos actions de terrain. En 2024, nous le signalions déjà à Paul Molac et le site internet de Megalis avait été quelque peu revu.
Mais un simple coup d’œil sur le site de Megalis nous démontre aujourd’hui, que malgré toutes les précautions d’usage quant à la toponymie en langue bretonne, rien ne change vraiment en ce que la dénomination des rues est toujours fortement recommandée, ce qui ne peut se faire sans dommage pour nos lieux-dits. Le rouleau compresseur administratif est toujours présent, comme le souligne encore des adressages récents comme à Plouzané.
Or, de nombreuses communes, et c’est heureux, ont su préserver l’intégralité de leurs lieux-dits en langue bretonne. Il est donc possible de le faire. Pourquoi ce principe de respect intégral de nos lieux-dits n’est-il pas clairement recommandé par Megalis sur son site internet ?
Les Bretonnes et les Bretons sont choqués de voir que rien ne change malgré tous les discours.
Megalis affirme toujours qu’un nouvel adressage est indispensable pour être éligible à la fibre. Au nom de quoi ce syndicat mixte peut-il prétendre ça ?
Au nom de quoi la dimension technique devrait-elle avoir raison de l’humain, d’autant qu’aucune sanction n’est prévue en cas de non application de la loi 3DS ?
Megalis insiste toujours sur la nécessité de nommer toutes les voies, en respectant, « quand cela est possible », la toponymie en langue bretonne, quitte à la placer dans l’adressage complémentaire. « Quand cela est possible ? »
Or l’adressage complémentaire est une supercherie en ce qu’il finit toujours par disparaître avec le temps. Resteront seuls utilisés, à terme, le nom nouveau de la rue et son numéro. Personne ne l’ignore.
Le syndicat mixte Megalis a agi comme moteur de la débretonnisation alors qu’il lui revenait, en qualité de service de la région Bretagne, d’affirmer clairement le principe du respect intégral de notre toponymie en langue bretonne et de s’adapter en conséquence. Les Communes en auraient tiré toutes les conséquences.
Bien sûr qu’il eût été possible d’affirmer le principe du respect intégral de nos lieux-dits et non « associés » dans l’adressage complémentaire !
Les commodités administratives recherchées de simplification ne tiennent pas au regard de l’impérieux respect de notre toponymie en langue bretonne, à l’époque de la géolocalisation permise par la technique au cm près.
Au lieu d’être un agent protecteur, Megalis a contribué à la débretonnisation de notre pays et y contribue encore. Ce n’est pas acceptable !
En conséquence, nous vous prions de bien vouloir :
- Relancer les études pour l’inscription de la toponymie en langue bretonne au patrimoine immatériel de l’humanité.
- Affirmer le principe du respect intégral de la toponymie en langue bretonne.
- Faire dresser l’état des lieux de la toponymie bretonne par vos services après la mise en œuvre des changements législatifs et réglementaires.
- Réfléchir et initier un plan de réparation intégral des dommages en lien avec les municipalités.
Au Pays Basque, l’ensemble des noms de lieux dits ont été préservés. Or les Basques sont soumis à la même loi que nous.
Monsieur le Président, pour perdurer dans l’être, la Bretagne est toujours contrainte de résister à tous les vents et surtout aux vents contraires. Elle recèle des trésors qui méritent d’être défendus.
En vous remerciant pour ce que vous pourrez faire, veuillez croire M. Le Président en l’assurance de notre plus profond respect.
Pour Koun Breizh
Yvon OLLIVIER
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