MOTOCULTOR FESTIVAL 2025

Réalisation : valliumprod666

Le 10 octobre, une langue vieille de plusieurs siècles va résonner au Menä Röck Festival de Tunis, non loin du site prestigieux de Carthage. Pas dans un fest-noz, mais au cœur d'un festival de metal international. Cette langue, c'est le breton. Ceux qui vont la porter sur scène s'appellent Tanork.

Du death metal chanté en breton.

Tanork sera à Tunis le samedi 10 octobre pour la troisième édition du Menä Röck Festival à l’Institut Français de Tunisie. Initié par Nabil Boubaker et Aurélie vallée, le festival accueillera également des formations de Tunisie, France, Autriche et Grèce. Le dimanche, Mass Hysteria montera sur scène.

Le trio breton continue d'alimenter le buzz après leur passage à l'interceltique avec Eluveitie. Et pour Tanork, cette nouvelle date à Tunis sera une première, soit leur premier concert hors d'Europe.

« On était comme des fous. On a accepté directement la proposition. ». Une réaction spontanée qui en dit long sur la surprise provoquée par cette invitation. « C'est une opportunité que peu de groupes chantant en breton peuvent saisir, donc on se sent chanceux. Puis c'est probablement une chose qui ne se réitérera pas tout de suite donc on va y aller à fond ! ».

Le breton, une évidence

Pour comprendre Tanork, il faut commencer par leur histoire personnelle avec la langue bretonne. Melaine et Eflam ont été scolarisés en breton de la maternelle jusqu'au lycée. Morgann, lui, l'a été de la maternelle jusqu'au collège. Le choix de chanter en breton n'est donc pas arrivé comme un concept marketing ou comme une volonté artificielle de se différencier. C'est leur langue. « C'est une décision que nous avons prise assez naturellement », expliquent-ils. Le groupe avait pourtant commencé à écrire en anglais, puis le breton s'est imposé . « Nous chantons en Breton car c'est notre langue, celle à laquelle on se sent proche, et malheureusement de moins en moins de gens la parlent dans la vie quotidienne. Chanter en breton c'est un moyen de sauvegarder la langue. »

Une démarche qui donne aux textes une profondeur.

Les musiciens expliquent être plus à l'aise en breton qu'en anglais. Leur vocabulaire y est plus riche et les constructions de phrases différentes. Même la sonorité de la langue participe à l'identité du groupe. Autrement dit, le breton n'est pas simplement posé sur du death metal : il participe directement à la manière dont Tanork écrit et compose son univers.

Une langue minorisée dans une musique extrême

Le paradoxe est intéressant. Le death metal est une musique internationale. Les codes musicaux de Tanork peuvent être compris à Rennes, Tunis, Londres ou ailleurs. Les influences du groupe puisent notamment dans le death metal old school, avec des références comme Death, Morbid Angel, Suffocation ou Sepultura. Mais lorsque le chanteur prend le micro, le breton devient la voix de cette musique.

Et pour Tanork, le fait que le public ne comprenne pas forcément les paroles n'est finalement pas un obstacle majeur. « Le Death Metal est une musique où les auditeurs ne comprennent généralement pas ce qu'ils écoutent, même en parlant couramment la langue chantée... ». Ils ne s'attendent donc pas à une réaction fondamentalement différente du public tunisien.

« Envoyer de l'intensité, de la violence à l'état musical »

Alors que vont-ils chercher à transmettre à Tunis ? La réponse est particulièrement intéressante : « La même chose que ce qu'on a l'habitude de faire en concert : envoyer de l'intensité, de la violence à l'état musical, dans la bienveillance. ». Mais Tanork ne réduit pas cette violence à une simple recherche de brutalité musicale. Le groupe souhaite également transmettre « de la compassion et du soutien pour les populations opprimées dans le monde ». Leurs textes abordent d'ailleurs des sujets politiques et sociaux, notamment les guerres, la colonisation ou encore l'exploitation animale.

Représenter la Bretagne… sans prétendre parler en son nom

La question de la représentation bretonne à l'étranger pourrait sembler évidente. Pourtant, Tanork se montre beaucoup plus prudent. « Nous ne pensons pas que nous représentons la Bretagne à l'étranger. On ne peut pas résumer un (si beau) pays tel que la Bretagne en entier juste par un groupe ». Le groupe préfère parler de ce qu'il peut réellement porter sur scène : sa musique et sa langue. Une manière de faire connaître la Bretagne sans prétendre l'incarner tout entière.

Et Mass Hysteria dans tout ça

Le hasard de la programmation est autrement lié à la Bretagne par la présence de Mass Hysteria dont Mouss Kelai ,le chanteur, est né à Brest d’une mère bretonne et d’un père immigré kabyle, ouvrier syndicaliste à l’arsenal pendant quarante ans. La réputation bretonne du groupe leur a collé longtemps à la peau avec trois membres bretons à la fondation du groupe en 1993, dont Erwan Disez de Al Kapott, groupe issu de Bellevue et la punkintude brestoise culte, mais Mass Hysteria a été créé et s’est développé à Paris grâce à Stephan Jacquet, le bassiste fondateur, qui quitte le groupe en 2012 et décède tragiquement en 2021 à seulement cinquante trois ans. Tanork jouera le samedi 10 octobre et le lendemain, le Menä accueillera donc Mass Hysteria, l'un des groupes majeurs du metal français, avec plus de trente ans de carrière et dix albums studio.

Il existe un groupe de jeunes musiciens à l’international, qui partageant la même agence de management que Gojira et qui chante en maori, c’est Alien Weaponry. Tanork le dit clairement : ils ne connaissent pas personnellement les membres d’Alien Weaponry et ne se sentent pas particulièrement proches de leur univers musical, davantage orienté vers le groove metal moderne. En revanche, il existe un point commun intéressant : la défense de langues minorisées à travers la musique metal. Et Tanork élargit même la comparaison au groupe de rap irlandais Kneecap, qui chante notamment en gaélique irlandais.

De Rennes à Tunis

Le parcours de Tanork est d'autant plus intéressant que le groupe reste encore jeune. Formé à Rennes autour de 2020, le trio a sorti son premier album, Destined to Die..., en 2023, avant de publier Diskar le 20 mars 2026. Ce deuxième album accompagne désormais une ouverture internationale du groupe. Et le 10 octobre, cette ouverture prendra une forme particulièrement symbolique, après leur passage sur la Hellstage du Helffest en 2025 et le Motocultor la même année, les deux festivals majeurs de métal en France. Le 10 octobre à Tunis, le groupe aura incontestablement quelque chose de breton à faire entendre.

Quatre groupes tunisiens sont programmés, THÜNDERVEGA, PRIMORDIAL BLACK, SKADRA et CARTAGENA. La programmation totale alterne entre mélodique, metal core, black, new core, doom, death, metal alternatif, entre groupe émergents et confirmés internationalement.Bel exploit que ce festival, facile d’accès en avion pour les européens et promesse d’une belle arrière saison festive entre rencontres et détente, le sous-titre Crossroads du festival en témoigne.

Eric LEOST

Toute la programmation du Mëna Röck

https://menafestival.com/