
Le groupe politique européen Régions et Peuples Solidaires (R&PS), qui fédère les partis autonomistes et régionalistes de l’Hexagone, a tenu à Paris le vendredi 24 avril une conférence de presse consacrée aux évolutions institutionnelles en cours en France.
Un décalage entre débat public et opinion
R&PS dénonce d’emblée un « vacarme jacobin » qui, selon lui, déforme la réalité de l’opinion publique. Le mouvement s’appuie sur un sondage IFOP de juillet 2025 pour affirmer qu’une majorité nette de Français soutient des avancées significatives :
- 77 % en faveur de la reconnaissance officielle des langues régionales
- 71 % pour un renforcement des pouvoirs des régions
- 73 % pour la possibilité d’adapter les lois aux réalités locales.
Sur des cas concrets, les chiffres avancés confirment cette tendance :
55 % des Français (et 80 % des Alsaciens) favorables à la sortie de l’Alsace du Grand Est
51 % des Français (76 % des Corses) soutiennent l’autonomie de la Corse
Un Français sur deux approuve un statut spécifique pour le Pays basque (62 % localement).
Pour R&PS, ces données traduisent un « consensus démocratique » largement ignoré dans le débat politique national.
Alsace : une réforme jugée légitime
Le mouvement salue le vote de l’Assemblée nationale en faveur de la sortie de l’Alsace de la région Grand Est. Cette dernière est qualifiée de construction artificielle, en contradiction avec la Charte européenne de l’autonomie locale.
R&PS insiste sur le fait que la région Alsace a existé pendant près de cinquante ans sans remettre en cause l’unité de la République, rejetant les arguments alarmistes.
Corse : l’État face à ses engagements
Le dossier corse est présenté comme imminent. R&PS rappelle les engagements pris par l’État, notamment lors du discours d’Emmanuel Macron à Ajaccio en septembre 2023 et dans le cadre des accords de Beauvau.
Le projet de loi constitutionnelle attendu début juin est perçu comme un moment décisif. Le mouvement appelle les parlementaires à respecter la volonté exprimée par la population corse et à ne pas céder aux oppositions qualifiées « d’ultra-jacobines ».
Pays basque : une étape franchie, mais insuffisante
R&PS souligne l’importance symbolique de l’élection d’un président abertzale, Alain Iriart, à la tête de la Communauté d’agglomération du Pays basque.
Si la création de cette structure intercommunale est vue comme une avancée, elle reste jugée insuffisante. Le mouvement plaide pour une évolution vers un statut régional spécifique, permettant une véritable reconnaissance institutionnelle.
Une ligne politique assumée
Au-delà des cas particuliers, R&PS pose clairement l’alternative : maintenir une organisation centralisée héritée du passé ou engager une transformation vers une démocratie territoriale adaptée aux réalités locales. Le mouvement appelle explicitement députés et sénateurs à « suivre l’opinion française » et à accompagner ces évolutions.
Bretagne : un silence qui interroge
Rien sur la Bretagne. Le nouveau mouvement lancé par Paul Molac, « Faisons Bretagne », n’est même pas mentionné dans le communiqué. Contacté par nos soins, Régions et Peuples Solidaires n’a pas répondu à nos sollicitations sur ce point alors qu'ils nous ont envoyé photos et le communiqué.
Ce silence interroge, alors même que la Bretagne constitue historiquement l’un des piliers du mouvement régionaliste et que plusieurs de ses revendications — reconnaissance de la langue, adaptation des politiques publiques, évolution institutionnelle — rejoignent pleinement les orientations défendues par R&PS.
Faut-il y voir un choix stratégique, privilégiant des dossiers jugés plus avancés comme la Corse ou l’Alsace ? Ou une difficulté persistante à faire émerger la question bretonne dans le débat national et européen ? À ce stade, faute de réponse officielle, la question reste ouverte.
Commentaires (13)
Emren Breizh à zo a-bouez tre !!
La Réunification n'est pas un obstacle à l'autonomie, mais l'autonomie est un obstacle à la Réunification. Car cette autonomie serait une régionalisation augmentée. Pas d'autonomie de la B4 sans autonomie des PDL. Donc la Loire-Atlantique ne risque pas d'être subjuguée par l'autonomie de la B4. La Bretagne ne pourrait revendiquer une plus large autonomie que les autres régions qu'au regard de l'Histoire. Or cette Histoire est celle de la B5. Un problème insoluble ?
Les élus du 44 et des métropoles rêvent du grand ouest. Pourtant, ce grand ouest n'a aucune raison d'avoir plus+ d'autonomie que les autres régions. C'est le département d'Alsace (et future région, j'espère) qui avait des prérogatives, pas le grand est (futur "est moyen" ?).
Et pourquoi "Donc la Loire-Atlantique ne risque pas d'être subjuguée par l'autonomie de la B4." ...? Pour ne pas réussir à séduire la Loire Atlantique, de quelle tare rédhibitoire la Bretagne amputée serait-elle atteinte ?
Car enfin, pourquoi B4 ne pourrait pas se donner les moyens d'aboutir à une situation telle que la Loire Atlantique demanderait sa réunion avec le reste de la Bretagne historique ?
Dans l'option : autonomie des actuelles régions, il appartiendrait à B4 autonome d'être attractive. C'est une question de volonté et d'imagination dans la séduction.
Dans "Le fruit défendu", Ronan LE COADIC ne dit-il pas : "Ne serait-il pas possible d’envisager également de modifier le jardin d’Éden ? (...) Les autonomistes (qu’on ne confondra pas avec les indépendantistes) pourraient tenter de s’appuyer sur le dynamisme culturel breton, sur le contexte européen et sur les évolutions voilées en cours dans les partis politiques classiques, pour lancer eux-mêmes le débat et en retirer les dividendes."
A
Depuis longtemps, il y a un mouvement régionaliste en Bretagne, mais quand il a été question de régionalisation, celle-ci a concerné toute la France et les limites historiques de la Bretagne n'ont pas été respectées. La B4 s'emploie actuellement à demander plus+ d'autonomie, mais la B4 travaille en fait pour l'autonomisation de toutes les régions. Les Bretons bénéficieraient donc de plus d'autonomie dans deux cadres séparés : B4 et PDL. L'amputation de la Bretagne date de 1938. Bientôt 90 ans ! Et les élus du 44 poursuivent toujours leur rêve de fusion des deux régions. La B4 ne les séduit pas du tout ! Les habitants de la Loire-Atlantique se sentent géographiquement Bretons, mais ne se reconnaissent pas forcément dans le dynamisme culturel breton. Je ne vois pas non plus l'Union européenne aider à la Réunification. Tant que la campagne des élections départementales en Loire-Atlantique fera l'impasse sur la demande de changement de région que le Conseil départemental peut faire à l'Etat, tant qu'on fera croire aux gens que tout est de la faute de Paris et que le département ne peut faire que des vœux dans le désert, alors la Réunification restera dans l'ornière.
Domaj eo an eskem n' eo ket e bzg. Le pays basque sud ( côté Espagne) a le même problème que la Bretagne, la Navarre - Nafaroa- qui est un des pays du EH ( Euskal Herria), a été séparée lors de l' organisation administrative espagnole en 1979., Ceci n' a pas empêché EH de reprendre les rennes de son développement linguistique et culturel y compris à Nafaroa-. La BZH a tout à gagner avec une autonomie au niveau régional, surtout économiquement, et aussi linguistiquement. Il est absurde de gérer tout à Paris quand les technocrates à Paris n' ont aucune idée des réalités locales de chaque coin du territoire français. L' autonomie devrait s' appliquer à toutes les régions de France pour une simple raison La Logique.
Oui et l'Irlande depuis 1921. Il n'empêche que sa réunification est plus que jamais à l'ordre du jour.
Je comprends le sens de votre message qui a sa pertinence : mieux vaut toute autonomie locale a une gestion depuis Paris.
Par contre votre comparaison 44/Navarre n'a pas de sens.
La Navarre est une réalité historique (un Royaume basque, alors que le Pays basque n'a jamais eu d'existence politique propre avant le XXème siècle en fait) , contrairement aux Pays-de-la-Loire.
Surtout la Navarre n'est pas rattachés à l'Aragon ou à la Castille d'une manière ou une autre. Le 44 n'est pas une région, mais actuellement une partie d'un ensemble bien plus vaste : les PdlL. La Navarre est libre de promouvoir par exemple le basque (ou non). Regardez l'enclave de Trevino , située au milieu de l'Alava (pays basque), mais qui appartient à la province de Burgos (Castille-Léon)...les élus veulent promouvoir le basque par exemple, mais la Castille-Léon s'y oppose. Ils sont minoritaires. La Navarre n'est pas dans cette situation.
Régions et Peuples Solidaires n'a aucune visibilité au niveau national, personne ou presque ne connait leur existence et c'est bien évidemment à déplorer. Le problème est que cette réunion de partis autonomistes de gauche existe depuis quelques décennies. Ils peuvent revendiquer ce qu'ils veulent cela ne peut que résonner dans le désert et résonnera toujours dans cinquante ans. Chacun semble tirer dans son coin, sans leader (trop "centraliste" comme système ?) pour porter le fédéralisme aux yeux et aux oreilles du grand public. Au royaume du centralisme il faut se battre avec les armes de l'ennemi.
C'est bizarre le silence autour de la Bretagne, sa réunification, son autonomie ?
Comment ce mouvement "régionaliste" français pense-t-il avoir de l'ampleur s'il oublie des territoires aussi marqués que le notre ?
Silence assourdissant à propos de la Bretagne ? Sur leur site, on peut lire : "Les informations recueillies sur ce formulaire sont enregistrées dans un fichier informatisé par Régions et Peuples Solidaires dont le siège social est à Nantes, 4 rue Menou, pour la lettre d'information. La base légale du traitement est le consentement." / Sans commentaire.
L'évolution institutionnelle de l'Alsace est capitale pour nous, et pour de nombreux peuples et territoires.
Cette semaine, le Président du Conseil Départemental de Moselle a réclamé un statut équivalent à l'Alsace, si l'Alsace sort du Grand-Est. Ce qui se passe avec l'Alsace peut avoir un impact (fort) sur d'autres régions, en particulier les départements des Pays-de-la-Loire ou la Bretagne.
Si le département d'Alsace parvenait à sortir du grand est, preuve serait donnée que la Loire-Atlantique pourrait sortir des PDL. Mais les élus du 44 ne veulent pas en entendre parler et tout le monde trouve ça normal, y compris dans le mouvement breton qui se complait à rejeter sur Paris la responsabilité de l'amputation de la Bretagne.