Réunification : le mouvement culturel est entré dans la danse le 28 juin à Nantes

-- La réunification --

Reportage
Par Didier Lefebvre

Publié le 2/07/14 22:52 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le peuple breton est uni. Il veut le montrer. Au-delà des partis politiques, au-delà des associations militantes, il y a le mouvement culturel breton. Il était présent, et bien présent, le 28 juin, lors de la manifestation pour la réunification de la Bretagne.

Nous ne saurions définir la culture ici. La culture, c'est le ciment de la société, ce qui la soude. Ce qui lui permet de s'émanciper, de s'ouvrir. De progresser. Elle se construit en s'appuyant sur le passé, sur la mémoire. Et elle s'enrichit an permanence avec les autres. C'est aussi (donc?) un indicateur de la vitalité d'une nation. Mais les mots ne suffisent pas. En Bretagne, elle nous démontre tous les jours sa présence, très forte. Et quelques-uns de ses représentants étaient là, lors de cette si belle manifestation du 28 juin pour la réunification de la Bretagne, en leurs noms ou au nom de leurs mandants.

Les chanteurs ou musiciens, d'abord. 300 artistes ont signé l'appel relayé par le très médiatique Jean-Louis Jossic (voir notre article). Cet appel, né de la complicité entre Jean-Louis et Claudie Poirier, de l'agence La Mutinerie (qui organise la Fête de la Bretagne/Gouel Breizh (voir le site) a connu un succès inespéré de la part de ses investigateurs.

La movida bretonne

Il n'est pas peu fier de son coup. Jean-Louis. Dans une intervention magistrale : vidéo visible ici : (voir notre article), il intervient après Gilles Servat. Tout d'abord, il rappelle que les artistes sont présents depuis une quarantaine d'année pour faire vivre la culture musicale et théâtrale bretonne. Ils sont la « movida bretonne ». Le mouvement. « [Ils sont] dans le mouvement, pas dans le folklore, pas dans la nostalgie ». « Votre revendication n'est pas seulement une revendication économique ou culturelle, mais aussi une revendication tribale » s'enflamme le chanteur des Tri Yann, que l'on sent libéré depuis qu'il n'est plus élu à Nantes. « Nous sommes mégalithiques, mais aussi numériques. Nous sommes à prendre dans les racines de notre passé, mais nous sommes demain, nous ne sommes pas dans la nostalgie ». S'en suit un hommage à Anne de Bretagne, « une femme remarquable, une Européenne avant la lettre, une femme qui a souffert, également ».

Des berniques sans cerveau

« La Nostalgie n'est-elle pas celle des Pays de la Loire ? » (que je nomme par la suite PdL. Ici, c'était une citation, NdlA). «  Justement, 40 ans que ça dure » (les régions ont été créées en 1972). « S'accrocher à [leurs] rochers comme des berniques sans cerveau, n'est-ce pas cela, la nostalgie ? ».

Poser ainsi une telle question est y répondre un peu...

Jean-Louis s'amuse ensuite à nous expliquer les souhaits profonds de chaque département qui compose l'actuel PdL. Applaudi il est quand il précise « Le Maine-et-Loire, Saumur... ne seraient-ils pas mieux dans cette belle et magnifique région des Vals-de-Loire ? Mais qui n'est pas la nôtre ». Un petit mot est glissé sur les villes-phares de Bretagne, qui jouent dans la complémentarité, et non dans une opposition factice comme voudraient les y mettre les jacobins. « Milan et Turin ne travaillent-ils pas ensemble, Porto et Lisbonne ? Et des exemples ainsi, il y en a des dizaines. » Puis arrive sa conclusions, hugolienne. « On arrête pas une idée en marche. Notre idée est une belle idée. On ne nous arrêtera pas. Nous allons gagner ».

Peu avant, Alan Stivell avait revisité sa fameuse chanson  Brezhoneg 'raok  (Hep brezhoneg Breizh ebet : sans le breton (langue) pas de Bretagne) en la titrant Hep Naoned Breizh ebet, qui se passe de traduction (voir notre article).

Un Bro gozh ma zadoù formidable

A l'issue du cortège, dont on parlera ensuite, les artistes encore présents sont montés sur scène, et ont entamé le Bro gozh ma zadoù, l'hymne breton (voir le site)

Sur scène, Alan Simon (l'auteur du rock opéra Anne de Bretagne), (voir le site) Alan Stivell, que l'on ne présente pas (voir le site) et qui a manifestement plaisir d'être ici, Jean-Louis Jossic (voir plus haut) et Anne Cadorel, celle qu'on appelait la Duchesse, dans sa prime jeunesse. Elle a une voix d'or, Anne. Visiblement, elle est très émue.

L'appel de Kevre Breizh

La culture, en Bretagne, ce sont aussi les groupes : cercles et bagadoù. La culture, c'est aussi l'enseignement de la langue, la culture, c'est l'Institut culturel. La culture, ce sont les sports et les jeux. A chaque facette de la culture, sa fédération. Mais ces fédérations elles-mêmes se con-fédèrent. Et c'est là où nous rencontrons Kevre Breizh (voir le site) (1).

Kevre Breizh a bien compris qu'elle ne pouvait laisser passer le train de l'opposition à la réforme territoriale telle qu'envisagée par le Gouvernement. Kevre a donc appelé à manifester le 28 juin, dans les rues de Nantes, avec tous les autres appelants, politiques ou associatifs : (voir notre article), et voir l'appel en PJ.

Kevre breizh se permet une leçon au Gouvernement pour une bonne réforme territoriale :

« Aujourd'hui, une véritable réforme territoriale doit commencer par la reconnaissance de la diversité des territoires et l'attribution à ceux qui le souhaitent de vraies compétences dans les domaines comme la culture, l'éducation, l'enseignement, la formation, la politique linguistique, le sport et le développement économique et social. L'État doit avoir pour mission d'assurer l'égalité de tous, qui passe par le respect de l'égalité des langues et des cultures ainsi que la solidarité entre les territoires et non pas l'uniformité ».

Cet appel a été signé par fédérations suivantes, et elles étaient présentes
 :

- toutes les grandes fédérations culturelles bretonnes ;

- les réseaux d'enseignement en langues bretonne et gallo ;

- les Associations de diffusion et d'apprentissage des langues de Bretagne, de la culture, de l'histoire ;

- les Associations de sport et jeux traditionnels ;

- le Réseau des Ententes de Pays (fédérations généralistes par pays) :

- Médias

Ce sont donc des fédérations représentant 50.000 personnes qui ont cosigné cet appel à manifester

Tout le monde ne pouvait être là. Mais le chiffrage de 15.000 à 17.000 personnes n'intègre donc pas tout ceux qui soutiennent le mouvement, dont les représentants ont signé l'appel, et qui sont vigilants sur la réponse qu'apportera le législateur et le Gouvernement !!! D'autres mouvements culturels ont aussi appelé à manifester. Voir quelques articles dans les notes ci-dessous (2). En tête de défilé, une cinquantaine de sonneurs, et on en retrouvera deci-delà éparpillés dans le cortège.

En Bretagne, il ne pleut que sur les c...

Cette phrase très colorée du très jovial Olivier de Kersauson était tout à fait d'actualité, ce vendredi. Beaucoup, parmi les jacobins, parmi les pro-PdL, se réjouissaient à l'idée de voir la pluie ruiner les espoirs d'une belle manifestation. Perdu, Mesdames et Messieurs. Il paraît qu'il a plu. Sur vous, peut-être, mais pas sur les Bretons. Certes, le crachin a été fort, mais ce n'est pas ce qui a arrêté les Bretons, et la mobilisation qui fut massive.

Une manifestations dans la bonne humeur...

Seuls, les costumes n'ont pas été de sortie. Les cercles ne purent venir. Au début de la saison des festivals, il aurait été risqué que les costumes prennent un peu trop d'humidité. C'est le seul regret que l'on peut avoir. Un peu de danse aurait donné encore plus de couleur et de couleurs à ce défilé qui fut toutefois très joyeux. Comme bien souvent, quelques pancartes bien senties ont mis de la bonne humeur dans le cortège. Le Général de Gaulle a vu statue devant la préfecture égayée d'une pancarte bien sentie (des photos vont être rajoutées à cet article progressivement).

Ce cortège est parti bien tard, du fait du retard de nombreux autocars venant des cinq coins de la Bretagne. Il a donc dû être écourté, et n'a pas traversé les rues piétonnes du centre-ville (voir notre article) pour d'autres photos.

... Mais après?

La question a été posée à Yann-Fañch le Bihan, de « Bretagne réunie ». « et après ? ». Bien mystérieuse est sa réponse. Il ne nous dit pas tout. « Je vous donne rendez-vous le samedi 20 septembre ». On n'en saura pas plus. Que nous mijote Bretagne réunie ? quelle sera l'action suffisamment marquante ? Qu'est-ce qui peut être imaginé, au vu du calendrier législatif ? (rappelons que le souhait de l'exécutif est que la loi soit votée cette automne, afin de pouvoir organiser les élections régionales en décembre 2015, soit un an après, mais un an avant la campagne de la Présidentielle. Il n'est d'ailleurs pas possible de les retarder plus. Le Sénat reprend le cours de ses travaux dès ce mercredi 2 juillet, après la validation du Conseil constitutionnel. Nul doute que les opposants feront tout pour retarder au maximum le vote final.

Des drôles d'opposants

Parmi les opposants au texte, il en est de différentes sortes. Ceux qui s'opposent parce qu'ils s'opposent, ceux qui s'opposent car ils vont perdre un peu de leur pré-carré. Ne nous trompons pas, nos alliés ne sont pas là. Ce sont des jacobins. Et enfin, ceux qui s'opposent, car ils ont une vision différente des choses. La vision d'un échelon administratif territorialement judicieux, c'est ce qui est bon pour la France et ses territoires. Pour la Bretagne. Et pour les Bretons.

Des voisins illustres

Ce qui est bon, c'est une Bretagne à cinq départements, avec des voisins illustres, telle une grande et belle Normandie, connue dans le monde entier, un Val-de-Loire et ses châteaux de la Loire, merveilleux, et une région Poitou-Vendée cohérente. Nous ne détaillerons pas ici l'ensemble de la carte de France, nous nous sommes limités ici à un ouest fort (avec un petit « o » à ouest), et non à un GOM (Grand Ouest Mou), comme le projettent certains. Et qui arrivera si la loi passe en l'état.

Rajoutez une assemblée unique, afin d'éviter l'éparpillement, et un échelon local basé sur l'intercommunalité, les Pays, voilà le bon sens.

La manifestation de leur dernière chance

D'autres manifestants expriment leur vision de l'après-manifestation qui est différente. Mystérieuse, aussi. Ainsi, Erwan nous dit « pourquoi la manifestation de notre dernière chance ? Ça ne veut rien dire ! Cette manifestation est réussie, on demande à nos gouvernants de nous écouter. C'est la manifestation de leur dernière chance. Si une manifestation massive, pacifique et joyeuse n'apporte pas de réponses de leur part, nous chercherons d'autres moyens de nous exprimer ». Autour d'Erwan (c'est le prénom que cet inconnu m'a donné), d'autres abondaient dans son sens. Est-il représentatif ? Ce n'est peut-être pas sûr. Ce n'est pas ce qu'il cherche. S son discours ne se pose la question d'être majoritaire dans des formes d'action « autres ».

Revenir sur le décret de Pétain

Effectivement, ce serait plus simple si le Gouvernement et le Parlement entendaient cette revendication si simple : revenir sur ce décret de Pétain qui amputa la Bretagne le 30 juin 1941. C'est sûr que l'on est entendu. Les Bretons ont fait du bruit. Font du bruit. Le Gouvernement, les gouvernements successifs, ne veulent pas de la réunification de la Bretagne. Tous refusent de les écouter. Tous veulent décider d'une aberration. Irréversible. Contre l'avis de la majorité des Bretons. Nul ne comprend pourquoi. Il nous faut continuer.

Notes :

(1) Kevre Breizh a pour objet de développement et promotion de la culture bretonne, des langues spécifiques de Bretagne, le breton et le gallo, de son patrimoine matériel et immatériel, la défense des droits culturels des Bretons et le soutien mutuel à ses membres. Plus précisément :

- rassembler les associations

- soutenir leurs actions

- mutualiser des moyens

- se défendre contre les discriminations ou diffamations

- développer les solidarités

- réunifier la Bretagne

- défendre les droits culturels auprès des organismes internationaux, Conseil de l'Europe, Nations Unies, UNESCO, notamment.

(2)d'autres appels à cette manifestation :

(voir notre article) : Oui à la démocratie ! non à la disparition de la Bretagne ! pour une région cohérente, égalitaire et solidaire

(voir notre article) : Un collectif d'artistes bretons porté par Tri Yann exprime son soutien inconditionnel à un redécoupage territorial incluant la Loire-Atlantique à la Bretagne

(voir notre article) : Réunification de la Bretagne : la Gorsedd appelle à manifester le 28 juin à Nantes

(voir notre article) : Comité Anne de Bretagne. Tous à Nantes le samedi 28 juin ! La Bretagne a besoin de vous !

(voir notre article) : Appel aux membres des sociétés d'histoire, des associations d'histoire locale et du patrimoine de Bretagne historique à venir manifester massivement à Nantes le 28 juin pour la réunification

(voir notre article) : La non-réunification en 2014 serait un affront à la mémoire d'Anne de BRETAGNE !

(voir notre article) : Des personnalités bretonnes à l'Assemblée nationale, le 25 juin, pour soutenir la Bretagne réunie avec ses 5 départements : Patrick le Lay, Yann Queffelec, Christian Guillemot, Irène Frain, Alan Stivell

(voir notre article) : TOUS A NANTES LE 28 JUIN POUR DIRE OUI à la réunification ! (Yannig Baron et Breizh-Impacte)

(voir notre article) : Le « Grand Ouest », c'est la mort de la langue bretonne !

(voir notre article) : Réunification : Kerlenn Sten Kidna appelle à manifester le 28 juin

Et quelques liens vers les sites d'appelants à manifester :

Bretagne réunie : (voir le site)

44=Breizh : (voir le site)

Kevre : (voir le site)

Gorsedd : (voir le site)

Comité Anne de bretagne : (voir le site)

association historique du Pays de Cambron : (voir le site)

Tudjentil Breizh: (voir le site)

Breizh-Impacte : (voir le site)

Aï'ta : (voir le site)

Kerlenn Sten Kidna : (voir le site)

Document PDF texte_conf_de_presse_kevre_breizh_juin_2014.pdf . Source : Kevre Breizh
Voir aussi :
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