Réunification bretonne sur fond de crispations municipales

-- La réunification --

Reportage
Par Hubert Chémereau

Publié le 7/11/14 18:54 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

En avril dernier, avec la fin de 31 ans de règne du maire PS de Sant-Nazer / Saint-Nazaire, Joël Batteux, beaucoup d'observateurs pensaient que la question bretonne serait enfin traitée avec apaisement et ouverture par le nouveau maire PS et son équipe municipale. La quatrième ville de Bretagne n'avait-elle pas été entre 1925 et 1983 une ville socialiste très attachée à son identité bretonne avec des maires aussi emblématiques que François Blancho et Étienne Caux, sans parler de l'intérim à la Libération du député SFIO Jean Guitton (maire de 45 à 47) qui, en tant que résistant, était à la fois très britannophile et ardent défenseur de la cause bretonne (il fut aussi adhérent du MOB).

Pro Grand Ouest

Le réveil a été brutal avec la première action du nouveau maire, David Samzun, qui à peine installé dans son fauteuil, faisait enlever le Gwenn ha Du hissé 10 jours plus tôt par son prédécesseur. Dans la foulée, alors que le débat sur la réforme territoriale faisait rage, il suivait les maires PS de Nantes, Brest et Rennes, sans consulter son conseil municipal, dans leur appel à un «Grand Ouest» visant à contrer la réunification de la Bretagne. Comme vient de le rappeler le sénateur Dantec (EELV) dans Presse Océan du 28 octobre, d'Auxiette à Ayrault le statu quo fait consensus. Ces grands féodaux républicains ne cherchent qu'à garder leur pré carré en amusant la galerie avec l'épouvantail « Grand Ouest ».

Pas de Gwenn ha Du à Saint-Nazaire

Le 27 juin, poussé par sa majorité, David Samzun faisait voter un v½u contre le Gwenn ha Du « outrageant le drapeau français » en « rappelant le premier alinéa du premier article de notre constitution qui précise que « La France est une République indivisible », le conseil municipal de Saint-Nazaire condamne avec la plus grande fermeté l'atteinte portée à notre monument aux morts au travers de la récente dépose de l'un des deux drapeaux nationaux et son remplacement par un drapeau breton ». Ce v½u faisant suite à l'installation sur un des mâts de la colombe de la paix, qui fait office de monument aux morts, d'un Gwenn ha Du à côté du drapeau français. Certains élus EELV, PCF et PS, avec des accents cocardiers, n'hésitèrent pas à parler carrément « d'individus qui ont outragé la France et ses morts ». Un Nazairien présent dans la salle s'étonnait : « comme si les Nazairiens morts dans la boucherie de 14-18 n'étaient pas dignes d'être honorés en tant que citoyens bretons ? ». Le FN salua le v½u du maire PS en le soutenant sans réserve. De son côté, Ludovic Le Merrer, le leader de la liste d'opposition Désirs de Ville (centre) s'étonna de la présentation d'un tel v½u et que l'identité bretonne méritait à travers son drapeau autant de respect que celui de la France. Plus étonnant, le drapeau français enlevé au cours de cette journée de mobilisation des Bonnets Rouges et qui avait été accroché sur les grilles de la sous-préfecture à la vue de tous, à commencer par la surveillance policière, ne souleva aucune protestation du PS comme du FN. Le Gwenn ha Du semble être le chiffon rouge pour ces édiles jacobins.

Tags et crispations PDL

Pour faire bonne mesure, la mairie affiche deux grands fanions PDL, histoire de bien montrer où est le soutien de la municipalité dans le débat sur la réunification bretonne. Depuis quelques mois, la réponse à cette politique se retrouve sur les murs de la ville où fleurissent régulièrement des tags pro-réunification. Le local PS en a fait aussi les frais la veille de la grande manifestation pour la réunification bretonne du 27 septembre à Nantes (voir notre article). La secrétaire de section et vice-présidente PS des PDL Chloé Le Bail s'en prenait rageusement dans la presse locale à ces graffitis par ces mots : « ils sont à caractère révisionniste ». Les services municipaux effaçaient l'outrage dès le samedi matin ce qui ne manqua pas d'étonner plus d'un passant en remarquant que les employés municipaux ne sont pas de service le samedi et encore moins au service d'un parti, ce local étant privé. Au conseil municipal d'octobre, le FN apporta son soutien une nouvelle fois au PS pour ces graffitis bien éphémères.

Identité bretonne à Saint-Nazaire ?

Lors du conseil municipal du 3 octobre, la liste Désirs de Ville, dans un esprit de démocratie participative, a demandé que soit organisée, comme à Saint-Viaud dans le pays de Retz, une votation sur la réunification. Les élus ont reçu une fin de non-recevoir de la part du maire, qui, depuis sa prise de fonction, a toujours refusé le moindre débat sur le sujet. David Samzun en a rajouté dans son intervention quelque peu crispée à l'adresse de l'opposition pro réunification : « Samzun c'est breton, je passe tous mes étés en Bretagne. Je n'ai aucun problème avec la Bretagne. Si vous avez besoin d'un découpage administratif pour avoir le sentiment d'être breton. Moi non ». Par voie de communiqué, le comité Bretagne Réunie Sant-Nazer lui a répondu : « M. Samzun a une vision ethniste de la qualité de Breton, il se considère comme un exilé à Saint-Nazaire / Sant-Nazer et compte sur sa commune d'origine restée en région Bretagne pour se ressourcer ».

Encore plus de débretonnisation ?

Ce pur produit du système PS ne semble pas vouloir voir un projet global de société pour la Bretagne à travers la réunification. Pour faire bonne mesure il a réaffirmé le soutien financier de la Ville au projet cher à J. Auxiette de transformer l'Usine élévatoire en «centre d'interprétation de la Loire», véritable outil de promotion des PDL bien éloigné d'une démarche scientifique. Les services de la Ville expliquent clairement que l'Usine élévatoire «présentera le système fluvial dans sa globalité, le Centre mettant en perspective les projets existants: le site Unesco, les Parcs Naturels Régionaux et les maisons de parcs, la Maison de la Loire en Anjou …». Ce bâtiment ouvert sur le Mor Braz (l'océan) est emblématique de l'histoire maritime de Saint-Nazaire et n'a rien à voir avec la Loire fluviale, comme le rappelle le géo-historien André Daniel. Dans le cadre de cette offensive de débretonnisation, les propos de J. Auxiette (La Nouvelle République du 12 octobre) qui a eu l'assurance par M. Valls que « les collèges passeraient sous la tutelle des Régions, cela peut aller vite et être prêt pour la rentrée de septembre 2017 » font peser à Saint-Nazaire une menace sur la filière langue bretonne du collège Albert Vinçon.

Un obélisque à Saint-Nazaire ?

Dernier épisode avec le cabinet missionné par la mairie sur le projet de remodelage du remblais qui a déclaré le 15 octobre en réunion publique, parlant du menhir de l'Opération Chariot : « on étudie le déplacement de l'obélisque » Eh non ! C'est un menhir comme le dit le 2 août 1947 Jean Guitton, député socialiste SFIO, lors de l'inauguration du monument dédié au Commando et érigé face à la rade de Saint-Nazaire. Il déclara devant les autorités britanniques et une importante délégation de survivants britanniques et du Commonwealth : « La simplicité de ce monument, un menhir, n'était-ce pas ce qui convenait le mieux pour servir de trait d'union entre votre Grande-Bretagne et notre Bretagne ». La mairie a l'intention de déplacer le monument vers la place du Commando, ce qui déplaît fortement aux Britanniques qui sont attachés à la symbolique de ce menhir face à la mer d'où sont arrivés les commandos sous le feu allemand. Pour ces derniers, le monument a été conçu pour être un point de repaire depuis le large, il convient donc de ne pas toucher à la conception originale du monument.

La situation semble bloquée

La situation semble bloquée comme en témoignent de nouveaux tags pro-réunification qui fleurissent ça et là à travers la bonne ville de Saint-Nazaire. Devant cette absence de dialogue, beaucoup ont en mémoire l'action de Bretagne Réunie en décembre 2000 : 350 personnes envahissant le conseil municipal pour réclamer la mise en place du Gwenn ha Du sur la mairie, sans oublier les 5.000 personnes d'octobre 2005 en faveur de la réunification dans les rues de la petite Californie bretonne. Au sein de la base du PS nazairien, qui paraît plus en accord avec les sentiments bretons très largement partagés dans la cité navale, on semble attendre, sans vraiment trop y croire, une ouverture du côté de ses responsables. Pour certains bons observateurs de la vie politique nazairienne il ne faut pas insulter l'avenir, estimant que David Samzun n'est pas vraiment à l'aise dans le costume de l'anti-Breton de service et, comme le disait le Nantais Morvan Lebesque, « la découverte ou l'ignorance »...

Hubert Chémereau

Voir aussi :
Cet article a fait l'objet de 2006 lectures.
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Hubert Chémereau est correspondant de l'ABP à Saint-Nazaire. Il est historien et auteur d'articles dans ArMen, Chasse Marée, Place Publique (édition de Nantes).

Vos commentaires :

marc iliou
Vendredi 7 novembre 2014

Décidément rien à en tirer de ces révisionnistes socialistes de bas étage simplement désireux de conserver leur fief mayen ageux !

fablycer
Vendredi 7 novembre 2014

Rappelons pour faire bonne mesure la décision de la municipalité concernant le nom d'un établissement scolaire public, au nom un peu trop breton pour nos élus (voir les archives d'ABP). Le choix était simple, débaptiser cet établissement, ou débaptiser une école qui porte le nom de Paul Bert, père fondateur du racisme français, et grand figure... de la gauche française.

Devinez quel choix a été fait par la majorité PS. Pour le plus grand bonheur du FN.

André Gérard
Vendredi 7 novembre 2014

Je suis vraiment choqué du comportememt du nouveau maire de Saint Nazaire.

Meinzao
Samedi 8 novembre 2014

Rien à attendre de cette république nationaliste jacobine franchouillarde dont la devise tient en 3 mots, replis identitaire français, allégeance et carriérisme politique, et mensonge historique consensuel. Pas étonnant qu'une République qui s'est construite contre les peuples qui la compose soit dans un état de déliquescence et de crise identitaire aussi avancée...la négation de l' histoire plurielle de cette République va nous mené tout droit au nihilisme et au fascisme dont le Fn est l'une de ses expressions les plus tragiques. Oui la France totalitaire(l'une et indivisible) et sa République bidon ne font plus rêver, il est temps de fonder un Grand Parti Républicain Breton où les valeurs humanistes et l'ouverture au monde reprennent enfin leur sens, un Parti Républicain Breton fondateur d'une République où Liberté et Fraternité se fécondent dans la Diversité, où l'Egalité de droit entre toutes les cultures est réellement appliquée. Bref un Parti Républicain Breton qui pose avec force cette alternative : SOIT la République française se démocratise enfin et dévolue à la Bretagne des droits politiques culturels et économiques selon le principe de subsidiarité, SOIT la France s'enferme dans un communautarisme franchouillard refusant toute altérité ou pluri-culturalité sur son territoire, et nous fonderont notre propre République avec quatre mots pour devise Liberté Egalité Fraternité Diversité, République dans laquelle les droits de l'homme ne seront plus pour nous Bretons une illusion d'optique...une République où l'aliénation économique de notre région ne sera plus possible, une République où nos impôts pourront enfin servir nos propres intérêts et le maintien de notre Civilisation dans TOUTES ses composantes, une République avec une Assemblée qui nous ressemble à nous bretons peuple des mers, peuple voyageur et fraternel.

Selon un sondage du magazine breton qui a été censuré, 18% de nos concitoyens sont prêts à l'indépendance si elle est portée par un parti crédible qui n'ai pas peur de jeter un vrai pavé dans la marre idéologique jacobine...alors à quand ce vrai parti avec des gens de valeur, ouverts, avec du charisme et de l'ambition, et qui savent jouer sur l'échiquier médiatique !?

Les bretons sont attachés à la République vous me direz...mais laquelle? C'est justement pour cela qu'il faut aller sur le terrain du Républicanisme, et leur montrer que la République de leur rêve n'est peut-être pas française, et que la Res Publica, sémantiquement les choses ou valeurs que nous avons en commun, en partage, ne coincident plus avec le projet français !

alors BREIZH RESPUBLICA CHICHE !!! un SNP à la salsa bretonne!

Naon-e-dad
Samedi 8 novembre 2014

@marc iliou

N'avez-vous pas fait une faute de frappe, en écrivant "mayen ageux !" ?

Ne faut-il pas plutôt lire "maffieux"? :-)

nota: c'est le premier mot qui me vient à l'esprit en lisant cet article. La république France est bien - PS et FN en tête - en train de devenir une République maffieuse...Saint-Nazaire - Saint Naz, comme disent en raccourci les locaux - semble seulement avoir un peu d'avance, sur ce terrain marécageux.

Quand à Marine (Le Pen), si l'on suit cet article, elle va devoir réviser son vocabulaire. Ce n'est plus UMPS, mais PSFN, ou plus largement UMPSFN!

Tous pourris? Tous pourris! Ou presque! En tout cas, beaucoup trop d'entre nos élus!

Du sol au plafond!

Paour kaezh Sant Nazer,en neñvoù! Paour kaezh tud, war hon flanedenn,kentoc'h!

Pauvre Saint Nazaire, tout là-haut! Pauvres humains, sur notre planète, plutôt!

André Corlay
Samedi 8 novembre 2014

@Meinzao : il faudrait, pour atteindre votre (notre) rêve (100% louable) de "Breizh republik" que les différentes factions qui la composeraient commencent par arrêter de raisonner à la française et de se mépriser entre elles...

Je me réfère en disant cela à un scrutin régional récent avant lequel la simple idée de réfléchir ensemble pour atteindre un niveau minimum de synergie entre Bretons avait échoué, l'UDB accusant le Parti Breton d'être "à droite", et refusant donc de s'asseoir à la même table, comme craignant un virus !

Si encore ceux d'en face l'avaient accusé de gonfler les résultats du PS pour en arriver où nous en sommes... mais même pas !

Tant que l'altérité qui manque tant à l'état français (merci à Yvon Ollivier pour sa formidable analyse) sera ainsi maltraitée par les Bretons, pas la peine de rêver !

Il faudra d'abord que lesdits Bretons commencent par arrêter de voter pour les partis de "l'UMPSFN" bien nommé par "Naon-e-dad" ci-dessus, qui ont un seul but commun : voir disparaître la Bretagne.

Les seuls mots d'ordre à retenir pour le moment sont :

1) FUSION B4-PDL = DILUTION = DISPARITION PROGRAMMÉE

2) UNE VÉRITABLE ET UNIQUE ASSEMBLÉE DE BRETAGNE.. il sera alors bien temps de savoir si les uns s'asseoient à gauche, et les autres à droite de l'hémicycle avant de commencer à s'invectiver... mais, cette fois, à la bretonne, voire en breton !

Sten
Samedi 8 novembre 2014

Point de repaire, point de repère ;=)

Lapsus intéressant

Caroline Le Douarin
Samedi 8 novembre 2014

Je reviens à fablycer, 2e message ci-dessus.

J'ai fait les archives ABP avec en recherche Saint Nazaire (132 réponses - dont le 3e article d'ABP !) et Paul Bert (12 réponses) et je n'ai pas élucidé votre énigme...

Meinzao
Samedi 8 novembre 2014

Je ne crois pas qu'il manque une union sacrée pour faire émerger une force politique bretonne, au contraire ce n'est pas une question d'union de partis bretons hétéroclites qui nous fera sortir de l'ornière, le problème se situe plutôt au niveau du manque de charisme et de stratège politique, c'est un problème d'émergence d'un leader charismatique...et pourtant les conditions sont réunies comme elle ne l'ont pas été depuis longtemps en Bretagne...manque juste l'homme providentiel !

M.Prigent
Dimanche 9 novembre 2014

On voit que les éléphants du PS Batteux, Ayrault, Delaveau ont bien choisi et parrainé les nouveaux jeunes maires de St Nazaire, Nantes et Rennes.

Ces nouveaux promus reconnaissants s'avèrent être les continuateurs zélés de la politique anti bretonne de leurs ainés.

Si vous ajoutez à celà le discours ultra nationaliste et intégriste jacobino républicain de Sarkozy, l'avenir de la démocratie en France s'annonce très limité.

Sarko qui veut recruter dans l'électorat du Front National en vu des Présidentielles a clairement désigné les "ennemis de l'intérieur", les anti-Républicains, pour ne pas dire les "anti français" qui résistent encore à la "normalisation" des cerveaux dont les minorités nationales historiques de France.

Face à ces propos dignes d'un apparatchik, aucune voix réprobatrice ne s'élève pour désavouer leur outrance...y compris au Centre prétendue démocrate.

La soupe de la Vè est décidément trop bonne.

Eric Beuzit
Mercredi 17 décembre 2014

P.S?U.M.P?F.N?Copains comme cochons quand cela sert leurs intérèts personnels,carrièristes,égotistes...Mafieux,Opportunistes,Féodaux,Arrivistes...La France?"une république indivisible",d'après sa constitution,qu'ils bafouent eux-mème quand cela les arrange.La France est une république nuisible,et divisible!!!Ils le savent,en ont peur,et font dans leurs frocs!

ANTI-SPAM : Combien font 7 multiplié par 0 ?
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