La mort de Quentin Deranque nous renvoie à la polarisation des extrêmes qui emporte le système politique français. Cette polarisation des extrêmes est la marque d'une société qui va mal, et qui s'éloigne de la démocratie. Pour nous Bretons, c'est la promesse d'un avenir terrifiant, avec le RN comme avec LFI.
La mort de Quentin Deranque devait arriver, la sienne ou celle d’un autre. Depuis quelques années, nous voyons monter la violence et l’opposition frontale entre les extrêmes droite et gauche. Le système politique a basculé vers la polarisation des extrêmes qui, plus que jamais, requiert la confrontation brutale et la violence.
Quentin ? Il se retrouve instrumentalisé dans ce combat. Non seulement il a perdu la vie, mais sa mort se retrouve encore subordonnée à des considérations plus hautes
Ses camarades d’extrême droite veulent l’honorer avec les idées qu’il véhiculait. Quant à l’extrême gauche, elle le considère avant tout comme un nazillon. La stratégie que suit l’extrême gauche est celle de la lutte à outrance et il faut reconnaître que ça lui réussit assez bien. Elle espère d’une confrontation finale aux élections présidentielles entre Mélenchon et le Rassemblement national. L’enjeu se situe là.
Le RN a déjà conquis le cœur de beaucoup de Français et n’aspire qu’à maintenir une façade de respectabilité.
Les extrêmes se nourrissent l’une de l’autre et la mort de Quentin est une bénédiction pour les deux camps.
Il reste peu de place pour évoquer ce que signifie la mort d’un jeune qui avait tout l’avenir devant lui, et la douleur immense de ses parents.
Le problème de la polarisation des extrêmes, c’est que toute la société disparaît dans la faille qu’elle suscite. Nous disparaissons dans cette lutte, contraints de choisir notre camp. C’est ce que l’on veut pour nous !
Il y a quelque temps, un ami qui me voulait du bien me disait : de toute façon, bientôt tu devras choisir ton camp !
Depuis si longtemps, on demande aux Bretons de choisir leur camp, comme à la grande époque de la lutte pour ou contre la révolution ou la laïcité. Dans l’opposition idéologique, la Bretagne et la défense de ses intérêts disparaissent inéluctablement.
La polarisation des extrêmes et la confrontation brutale donneront lieu demain à l’avènement d’un pouvoir fort - LFI ou RN- et nous basculerons dans une situation pré-totalitaire.
Nous nous éloignerons encore davantage des rivages de la démocratie. La démocratie ouvre la porte à l’altérité. Elle se perd lorsqu’il faut sortir les couteaux !
Les extrêmes RN et LFI sont viscéralement anti-démocratiques. Ils ne savent pas ce que c’est qu’une minorité de l'hexagone. Ils sont hostiles à la Bretagne, à l’idée même de l’existence d’un peuple breton.
Aux dernières élections législatives, LFI avait fait admettre aux socialistes et aux écologistes, l’absence de mention de nos langues régionales au sein du programme du NFP.
Cette polarisation des extrêmes en France est le produit d’une société en perdition, sur le chemin de la guerre civile.
Plus que jamais, nous ne devons pas disparaître dans cette faille béante qui fait le jeu des extrêmes, mais construire sans relâche la démocratie de demain.
Yvon Ollivier
auteur
Yvon OLLIVIER est juriste, auteur de l'ouvrage "la désunion française essai sur l'altérité au sein de la République" ed l'harmattan 2012 et membre de la coordination des juristes de Bretagne
blog associé desunion-francaise.over-blog.com
Commentaires (4)
Oui, Yvon Olivier et j’ajoute que toutes les minorités nationales de l’Etat français sont concernées. On nous demande d’oublier qui nous sommes, d’ou nous venons et de nous focaliser sur un choix entre la gauche et la droite ou un soi-disant centre qui ne se contente plus d’ignorer ou de rejeter nos revendications en ce qui concerne notre territoire historique, la transmission de nos langues et de nos cultures, nous coupe les vivres en privant les associations culturelles de subventions , mais se radicalise et devient de plus en plus autoritaire.
Nazillon sans doute , mais il n'avait pas mérité la peine de mort , abolie depuis bien longtemps !
Quoi que nous disions , ça ne lui rendra pas la vie !
Cette société est en déliquescence depuis longtemps , et comme le dit si bien Christiane Taubira : "Faisons un cercle de feu autour de nous ! L'aristocratie de l'argent domine les 99% que nous sommes dans le peuple sur cette terre ."
À nous de réagir face à cette situation qui ne mènera qu'à la guerre. Revisitons l'histoire des années 1930!
Ici "le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation" mais du fait de l'élection du Président au suffrage universel direct, tout, y compris dans les moindres détails, se décide à l'Élysée ...!
En GB, aucune possibilité de "polarisation des extrêmes" puisqu'il n'y en a pas.
Au passage, on note tout de même la faillite morale et politique de tous ceux qui depuis 1958 expliquaient, en méprisant les critiques, que les institutions françaises étaient optimales. Et bien Non !
Il en est, ici, qui demandent plus de jacobinisme, plus de centralisation, plus de proportionnelle, plus d'émiettement de l'opinion publique, plus encore d'instabilité parlementaire et gouvernementale, plus d'impuissance politique, ... Et imposent pour tout sujet de choisir entre la Gauche et la Droite alors que la question est le plus souvent ailleurs.
Réunir la Bretagne n'est ni de Gauche, ni de Droite mais simplement nécessaire, tout comme instituer le fédéralisme. Que le Sénat devienne une sorte de Bundesrat serait un progrès !
Il en est qui préfèrent la Gauche ou la Droite à la Bretagne qui ainsi si mal-traitée n'est plus qu'un moyen électoral.
Alors, l'urgence serait, ici, de voter avec un système à un seul tour telle que le candidat qui réunit le plus grand nombre de votes gagne le siège à pourvoir, pour obtenir une Majorité parlementaire stable soutenant un gouvernement stable en capacité d'agir et non de quémander des soutiens parfois contradictoires. Ceci conduirait naturellement à l'union de la Gauche et à celle de la Droite en attendant l'alternance.
Pour en sortir, la Constitution offre au Président une solution qui fait frémir tant que l'article qui l'organise en prévoyant de strictes garanties démocratiques, n'a pas été lu in extenso.
A