Quentin Deranque (photo profil Facebook)
Quentin Deranque (photo profil Facebook)

La mort tragique de ce jeune et la virulence des réactions m'amènent à y voir l'un des traits de la pensée totalitaire : la pensée essentialiste ou la manière de faire disparaître l'humanité derrière un déterminisme, ici idéologique.

En lisant les explications données par ceux qui s’opposèrent à l’hommage organisé à l’Assemblée nationale en mémoire de Quentin, en raison de son orientation politique, il me vient l’interrogation suivante.

Et si nous tenions là l’un des ressorts psychologiques de l’esprit totalitaire ?

L’esprit totalitaire repose largement sur la pensée essentialiste, celle qui fait disparaître l’humain derrière un déterminisme racial, religieux, voire idéologique qu’on lui impute.

Ainsi, le refus de cet hommage en raison de l’appartenance de ce jeune à la mouvance d’extrême droite, voire « nazie », occulte son humanité. La mort d’un jeune homme plein d’avenir dans d’atroces circonstances et la douleur de sa famille disparaissent derrière son idéologie réelle ou supposée.

Je dis cela sans aigreur vis-à-vis de ceux qui adoptèrent ce positionnement. Ce processus dangereux est largement inconscient.

Je le dis encore sans volonté de redorer le blason de l’extrême droite. Ceux qui me connaissent savent que je fais partie de ceux qui ne transigent pas avec cette idéologie nauséabonde et que je passe mon temps à dire que l’avenir, qui nous sera fait, risque fort d’être terrifiant et qu’il faudra savoir être présent.

Le danger de la pensée essentialiste, c’est qu’il est toujours plus facile d’exterminer des fachos ou des antifas, puisque leur humanité a disparu dans ce tour de passe-passe mental consistant à les essentialiser par leur idéologie.

Il est toujours difficile de faire disparaître un être humain, un alter ego. L’Histoire nous montre que la pensée essentialiste vient faciliter la chose. Ce n’était pas des hommes que les nazis faisaient disparaître mais des « sous-hommes ». Ce n’était pas des hommes que les hutus faisaient disparaître, mais des cafards. Ce n’était pas des hommes que les inquisiteurs du 13e siècle conduisaient au bûcher, mais le diable en personne. Ce n’était pas des femmes que les soldats français violaient en Algérie, mais des Bougnoules ! Je pourrais en rajouter des tonnes.

Je crois qu’il aurait été plus responsable de consentir à cet hommage, non pour honorer des idées mais juste la mémoire d’un jeune homme de 23 ans, tué dans les circonstances que l’on sait, pour des raisons liées à la violence politique.

Ce qui rassemble les hommes et étouffe dans l’œuf l’esprit totalitaire, c’est la reconnaissance pleine et entière de l’humanité de l’Autre, quelles que soient ses idées, sa race, son origine, sa langue ou sa religion.

Les idées s’envolent. Elles sont souvent peu éclairées, parfois dangereuses. L’homme s’égare, mais ce qui importe, c’est qu’il soit toujours reconnu comme tel !

Yvon Ollivier

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