Première bretonne du film Turned towards the sun

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Dépêche
Par Hubert Chémereau

Publié le 2/04/13 20:55 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Jeudi 28 mars, James Dorrian, scénariste et producteur de Turned towards the sun (Tourné vers le soleil) a présenté au public breton le documentaire réalisé par l'Américain Greg Oliver sur la vie de Micky Burn, l'un des héros du Raid sur Saint-Nazaire (28 mars 1942). L'Irlandais James Dorrian, qui est le biographe de ce personnage hors du commun, a profité du 71e anniversaire de l'Opération Chariot pour que la première de ce documentaire pour le continent européen ait lieu à Saint-Nazaire. Devant une salle comble, James Dorrian a répondu avec son élégance naturelle aux nombreuses questions du public breton. Cliquer sur les photos pour agrandir les affiches.


La longue vie, absolument remarquable, de Micky Burn est décrite dans son livre autobiographique Turn towards the sun. Comme le rappelle son ami et biographe James Dorrian : « On a dit que, dans le temps où la plupart d'entre nous vivent une vie, il en a vécu dix. Il a fait ses humanités à Oxford, et a été une jeune pousse brillante des années 30. Ses amis, amants et amantes, incluent Unity Mitford et l'espion soviétique Guy Burgess. En tant que correspondant du Times, il est vraisemblablement la seule personne encore vivante en 2010 à avoir rencontré à la fois Adolf Hitler et Franklin Roosevelt. Il a reçu la Military Cross pour avoir commandé la troupe 6 du Commando 2 au cours de l'Opération Chariot, ce raid épique sur Saint-Nazaire, où il fut fait prisonnier. Étant “invité du Reich”, il fit fonctionner la radio secrète alliée dans le célèbre Oflag IV-C à Colditz. Là, ses conférences intenses sur la théorie marxiste furent une source constante d'irritation pour le Wing Commander Douglas Bader, prisonnier lui aussi. Ce dernier interdisait, mais sans succès, à ses officiers d'y assister, et il le surnomma “Micky le Rouge” ». Auteur prolifique, poète, raconteur d'histoires et plaisantin impénitent comme aimait à le qualifier son ami irlandais, il avait choisi à la sortie de la guerre de se ressourcer sur la côte nord galloise à Penrhyndeudraeth. Son grand ami et proche voisin était le philosophe et réformateur social Bertrand Russell.

Entre 2005 et 2010, l'équipe de tournage a suivi à intervalles réguliers Micky Burn, de sa retraite galloise à Colditz en passant par Saint-Nazaire. Des 350 heures de rushes a été tiré un documentaire très réussi de 100 minutes. La profondeur de la personnalité de Micky Burn est bien mise en valeur. La qualité de la photographie sublime, comme les paysages sauvages du Gwynedd où le gentleman combattant avait pris racine. On retrouve cette qualité des prises de vues sur les lieux-mêmes du raid britannique avec des images fortement chargées d'émotion quand Micky marche sur la jetée du Vieux Môle. Son regard se perd dans les eaux de l'estuaire de la Loire où nombre de ses camarades laissèrent la vie. La dernière image du film montre Micky Burn marchant sur une plage galloise. Le vieux poète guerrier se retourne et envoie un baiser de la main aux spectateurs. Il s'éteindra quelques semaines plus tard à 97 ans, le 3 septembre 2010 (voir notre article)

Peu de temps avant sa mort, son ami irlandais écrivait : « Nous avons passé le samedi avec Micky Burn, qui a maintenant quitté l'hôpital et est soigné à domicile. Pour quelqu'un qui a eu une attaque, ses capacités intellectuelles demeurent stupéfiantes, et, à près de 98 ans, une mémoire des événements passés – et passés depuis longtemps ! – qui nous rend penauds. Il passe beaucoup de temps dans son lit, et il faut dire qu'il y a quelque chose de tout-à-fait décadent, adapté à la situation, dans la manière qu'il a de donner des ordres dans sa position allongée - comme un Auguste des temps modernes réclamant le retour, non des légions perdues, mais de son autonomie physique. Je ne sais pas ce qu'il y a dans ces gars des Commandos : mais là où le commun des mortels en arrive à compter sur cachets et potions pour garder ensemble l'âme et le corps, eux jouent sur une espèce de refus catégorique, qui, au départ, a fait d'eux une élite. Dommage qu'on ne puisse pas mettre çà en bouteille : quel monde nous aurions alors... ». Le gardien de la mémoire des commandos ne pouvait écrire plus bel hommage à l'Anglais de Penrhyndeudraeth ! James Dorrian expliqua à ses amis bretons que « Micky avait prévu en détails ses funérailles. Au cours du service, six d'entre nous rappelèrent son souvenir par un petit discours. Il était évidemment impossible de parler de Micky Burn sans évoquer toutes ses mésaventures en plomberie, en cuisine, et autres, de sorte que l'église résonnait de rires. Le service fut suivi d'une veillée de tout aussi bonne humeur à Castel Deudraeth ».

Comme Micky Burn, l'équipe du tournage est tombée sous le charme du nord gallois. De magnifiques images du Pays de Galles sont accompagnées par un long extrait du Bro Gozh ma Zadoù, hymne national commun aux Gallois et Bretons. Avec ces paroles en breton, clin d'oeil ou signe en direction de la terre soeur de Cymru où Micky Burn joua son destin un certain 28 mars 1942. James Dorrian, qui ne pouvait répondre sur ce point de détail à la place du réalisateur retenu à New-York, nous précise : « Pour autant que je me rende compte, cet extrait musical concernait le Pays de Galles, bien que Micky lui-même eût été très heureux d'y associer la Bretagne. Étant fondamentalement anglais, c'était un vrai »bon Celte«, comme l'a démontré son amour de la montagne, de la la mer, de la musique, de la poésie, etc. Je pense que c'est l'une des raisons pour lesquelles nous nous entendions si bien ». Suite à notre interrogation, Greg Oliver fit savoir que le choix de cette plage musicale « Welsh-Breton National Anthem » s'était porté sur un choeur gallois interprétant successivement les hymnes en breton et gallois. Pour le réalisateur ce morceau se marie à merveille à l'évocation du Pays de Galles (même si on entend au début les paroles en breton).

Un autre défi attend “l'élégant Irlandais”, comme l'a joliment qualifié la presse nazairienne, avec le projet de film sur l'Opération Chariot basé sur les faits réels et « non romancé » comme trop de films hollywoodiens. Pour réaliser ce projet, James a créé avec son ami Andrew Scott la société de production Port 20. Avec un tel scénario on est étonné qu'en soixante ans, le raid sur Saint-Nazaire n'ai fait l'objet que d'une fiction britannique (1) en 1953.

1- Commando sur Saint-Nazaire (Gift Horse) de Compton Bennett avec Trevor Howard et Richard Attenborough (voir le site)

– Bande annonce de Turned towards the sun (voir le site)

(voir le site) pour l’histoire complète du raid sur saint-nazaire-tourisme.com

Voir aussi :
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Hubert Chémereau est correspondant de l'ABP à Saint-Nazaire. Il est historien et auteur d'articles dans ArMen, Chasse Marée, Place Publique (édition de Nantes).

Vos commentaires :

Yannig
Mercredi 3 avril 2013

Ce fut un excellent moment que de retrouver Micky Burn aux travers ces images...

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