Pourquoi NDDL n'a pas été construit

-- Politique --

Chronique
Par Philippe Argouarch

Publié le 7/11/18 0:17 -- mis à jour le 07/11/18 14:58

La réponse dont on avait déjà eu quelques indices dans plusieurs articles de la presse parisienne avait été confirmée en juin 2017 par Augustin de Romanet, PDG du Groupe Aéroports de Paris (ADP). L'info est reprise à nouveau hier 6 novembre par Le Parisien. L'État, oui le gouvernement actuel, et ceux d'avant, avaient décidé il y a quelques années (d'après nos sources dès 2014) , de faire de l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, le premier aéroport d'Europe et un des plus grands du monde. Cette folie des grandeurs serait justifiée par l'augmentation du trafic aérien mondial de 3,5% par an. Il ne fallait surtout de pas déloger des zadistes avant la décision officielle! Laisser pourrir la situation. Ces gens ont été les dindons de la farce, les idiots utiles. L'État n'est pas toujours ingrat, une centaine ont été récompensés avec des terres.

Concentration et démesure

Un nouveau terminal, le terminal 4, va être construit à la place du terminal 3, augmentant à terme le trafic de près de 60%. Oui, ADP prévoit 40 millions de passagers en plus (69 millions en 2017), pour atteindre le chiffre hallucinant de 110 millions de passagers par an en 2037, plus que la population du pays.

Les travaux devraient commencer en 2020. Bien sûr, il n'y aura pas de zadisme. D'abord ces opposants seraient délogés manu-militari promto. De plus, il s'agit de la reconstruction et de l'agrandissement du terminal 3 sur des structures et des parkings déjà existants, déjà bétonnés. Ce qui pourrait susciter des oppositions des riverains, c'est une augmentation en tous genres des trafics, des pollutions, et des nuisances sonores. Mais comme des milliers d'emplois vont être créés, 50 000 emplois directs, cela calmera beaucoup les esprits dans une France où le taux de chômage est verrouillé à 10% depuis des années. Un aéroport créé 4000 emplois par million de passagers.

On sait déjà que c'est l'ensemble des contribuables français qui financent, par leurs impôts, le nouveau métro d'Île-de-France, dit Grand-Paris-Express, avec 200 km de nouvelles lignes, dont une ira justement jusqu'au terminal 4 de CDG. La Cour des comptes estime le coût de ce nouveau métro à 38,5 milliards d'euros. Le nouveau terminal sera aussi financé par tous.

Avec ces projets colossaux, bien au-dessus des capacités d'une France dont l'économie est en déclin, il ne faudra pas vous demander pourquoi vous payez votre carburant à la pompe de plus en plus cher !

Une Bretagne belle, propre, et ouverte... aux touristes

Le futur breton se dessine de plus en plus comme une immense réserve de plages, d'activités nautiques en tous genres et autres offres de détentes et de randonnées à pied, à cheval ou en bateau. Les vieilles fermes de pierres pittoresques continueront à être aménagées en maisons de retraites pour Parisiens et maisons d'hôtes pour touristes venant du nord de l'Europe et bientôt de Chine. 10% du territoire breton historique fait déjà partie d'un Parc Naturel. La Bretagne devient une immense «réserve» avec quelques produits du terroir en guise de souvenirs de vacances pour les «gentils» visiteurs de ce «club atlante». Ils repartiront content au son du Bro gozh après s'être éclatés dans un des nombreux festivals. À vos tabliers mes amis ! car nos exportations vont se limiter aux galettes saucisses pour les tables de terrasses. L'agriculture bretonne produit à perte. Elle n'a pas de futur. Ils le savent en haut lieu mais ils ne le vous diront pas. Allez sonnez binious et bombardes !

La Bretagne sera les poumons de Paris. Une terre pour s'oxygéner, pour se ressourcer, pour se revigorer. La pluie ne fait plus peur. Elle lave l'air qu'on respire dit-on. Les tempêtes? les touristes adorent. Ça donne des couleurs. C'est «sauvage». Mieux ! Avec l'augmentation en été des coups de chaleurs, la Bretagne est devenue cool dans les deux sens anglais du terme.

La vision du CELIB aura juste été un mirage.

On viendra en Bretagne en TGV, pas en avion. Les touristes ont tout le temps de regarder le paysage en streaming de la fenêtre des wagons. «Les avions c'est pour les industriels pas pour les Ploucs» ont décidé les technocrates du développement héritiers de la DATAR. A noter que pour un Breton qui doit pendre un avion à CDG, le prix du TGV peut représenter jusqu'a 50% du prix total du voyage. Il n'y a pas de trains low cost. Les nouvelles lignes de cars, certes bons marchés, sont plombées par des retards qui peuvent être catastrophiques.

Je l'avais exprimé dans une autre chronique, l'abandon de NDDL aura pour conséquences : Le renforcement du centralisme ; le renforcement du pouvoir parisien, et l'arrogance affichée du président de la République en est une preuve ; le renforcement du déséquilibre des territoires ; le renforcement de la migration des jeunes Bretons en recherche d'emplois vers l'Ile-de-France ; et finalement, le renforcement de l'irrelevance de la Bretagne au XXIe siècle.

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