Pour ses cent ans, l'artiste bretonnant, Corentin Le Pape, fait une donation à la ville de Pont-l'Abbé

-- Patrimoine --

Dépêche
Par Christian Rogel

Publié le 13/11/14 13:08 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Corentin Le Pape, qui a eu 100 ans en juillet, se voit, non sans humour, « dans l'antichambre du Paradis » et cela l'incite à laisser une trace publique de son oeuvre. Cet artiste poyvlalent, à la carrière riche et discrète (voir notre article) s'est beaucoup consacré à la faïence sur des thèmes concernant son Pays bigouden natal et les légendes bretonnes.

Il est vrai qu'il a récemment révélé qu'il avait été un des piliers parisiens de l'association « Ar brezoneg er skol », qui a réussi, en 1934, à obtenir que 346 communes de Bretagne émettent un voeu pour que l'enseignement soit donné en breton, à une époque où le dénigrement féroce et officiel de cette belle et riche langue millénaire battait son plein (« Pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître », Anatole de Monzie, ministre de l'Instruction publique, 1925).

Corentin Le Pape a fait don à Pont-l'Abbé d'un ensemble de huit ½uvres en céramique réalisées à la faïencerie Henriot, à Quimper. Cette donation comprend 2 plats de 50 cm de diamètre, 4 plats rectangulaires, un plat inspiré d'un thème issu des bois gravés par René-Yves Creston pour le roman Itron Varia Garmez, de Youenn Drezen, ainsi qu'un plastron jaune de gilet bigouden en faïence monté dans un cadre doré qui est, peut-être, la pièce la plus décorative de cet ensemble.

L'un des grands plats représente l'évolution de la coiffe, alors que l'autre présente un gilet bigouden aux motifs si caractéristiques. Ces deux oeuvres relatent le début de sa collaboration avec les faïenceries Henriot et ont comme inspiration ce que Corentin Le Pape a porté sur lui-même ou vu , lors de sa jeunesse passée dans sa ferme natale de Kerdual-Pont, à Loctudy, aux portes mêmes de Pont-l'Abbé. Les 4 plats rectangulaires illustrent les motifs des bas-reliefs du monument aux Bigoudens réalisé en 1931 par le sculpteur François Bazin.

En février, il touchait un mot à son ami, Bernard Le Floc'h, adjoint au maire de Pont-l'Abbé, car, lui était venue l'idée de laisser une trace de son oeuvre au Musée bigouden, et avait eu comme réponse « Amzer zo » (Il y a le temps).

Prenant conscience de son très grand âge, il a pris, récemment, sa décision de la manière la plus ferme. Corentin Le Pape est maintenant résident d'une maison d'accueil spécialisée de Quimper, mais, il n'est pas moins jeune d'esprit, car il anime un atelier pour ceux qui veulent réaliser des maquettes d'avion pour le Téléthon du mois prochain.

Note : le roman de Youenn Drezen, Itron Varia Garmez (Notre-Dame-des-Carmes), publié en 1941, est l'histoire d'un jeune artiste incompris, membre du petit peuple, sur fond de manifestations sociales dans le Pont-l'Abbé des années 30. C'est un témoignage unique sur les relations populaires dans cette ville. La seule édition en français de 1943 est difficilement trouvable. Il a été réédité en breton pour la qualité de sa langue.

Christian Rogel

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