Pour le Parti Breton, la crise laitière actuelle montre la nécessité de mettre en place de l’anticipation, une stratégie et une réelle gouvernance en Bretagne

-- Politique --

Communiqué de presse de Parti Breton
Porte-parole: Sébastien Girard

Publié le 4/09/16 16:46 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le Parti Breton avait déjà tiré le signal d'alarme et on savait qu'on allait droit dans le mur.

40812_1.jpgParti Breton

Il y a tout d’abord la baisse de la PAC (Politique Agricole Commune) qui représente 70 % du revenu des éleveurs laitiers et qui n’a pas été anticipée. Il aurait été judicieux de préparer la filière lait via des business plans territoriaux (c'est-à-dire à l'initiative et au niveau des producteurs et non des ministères) en amont de cette crise qui était prévue.

La profession allemande a fait le choix d'accompagner socialement le départ des plus faibles pour éviter des quantités trop importantes entraînant un prix du lait trop bas dommageable à tous.

Cette suppression des quotas et donc augmentation de la production partout en Europe (plus 40 % en Irlande ...) a entraîné un surendettement chez nous (agrandissement des surfaces, matériels, robot de traite...).

D’autant que la France fait subir à l’agriculture bretonne une pression fiscale et des lourdeurs administratives sans commune mesure avec ce qui se fait au niveau européen.

Nos agriculteurs espèrent toujours que l'État leur viendra en aide, ils se retrouvent orphelins et en grande difficulté pour 40 % d'entre eux car l'État français n'a plus ni l'argent ni la volonté de les soutenir.

Avec la perte de compétitivité (pression fiscale...) il est plus intéressant d'acheter ses biens alimentaires en Pologne ou en Irlande ou en Allemagne.

Si on regarde le prix de vente de la tonne de lait, nous ne sommes pas du tout compétitifs.

Source Coordination rurale, juin 2016, prix de vente par les agriculteurs en euros / tonne de lait :

Belgique 216

Irlande 237

Allemagne 239

Pays-Bas 246

Royaume-Uni 254

Danemark 262

France 274

Lactalis se trouve presque en situation monopolistique et la tendance lourde est à la baisse, cela va avoir des conséquences dramatiques pour nos éleveurs et pour l'ensemble de l'économie bretonne et on n'est pas prêts à s'en sortir, si nous ne dépassons pas l’incapacité actuelle à se remettre en cause, le niveau d'endettement élevé, le manque de gouvernance bretonne attentive autour de la création de nouvelles solidarités s’appuyant sur l’image de qualité liée au territoire breton...

La Bretagne se retrouve face à elle-même dans une posture humiliante avec un refus d'opter pour des méthodes de production plus économiques (l'herbe permet de produire du lait à un faible coût (200 à 240 euros pour 1000 litres) alors qu'avec un robot on est contraint d'augmenter le maïs et l'achat des concentrés donc avec un coût de production de 320 euros pour 1000 litres.

Les Allemands et les Néerlandais ont suivi ce schéma et en plus ont investi massivement dans la méthanisation et les panneaux photovoltaïques ce qui leur procure un revenu complémentaire.

On le voit bien, la solution pour notre agriculture bretonne est dans le pragmatisme, dans une gouvernance bretonne avec dans un premier temps une assemblée et des compétences élargies à notre économie, une véritable territorialisation des décisions et une adaptation plus rapide de nos modèles qui est incompatible avec le modèle français actuel.

On ne peut pas demander à un agriculteur de faire joli dans le paysage, en produisant des produits de qualité, à pas cher et en préservant l'environnement si en même temps l'industrie ou Bercy les utilise comme vaches à lait.

Les produits alimentaires sont un ''minerai '' une matière première juteuse pour l'industrie, l'agriculteur est aussi un acheteur de matériel à qui on aime bien vendre des tracteurs de plus en plus gros ; alors que la puissance requise est de 4 chevaux par hectare, on constate que l'agrandissement des fermes entraîne une motorisation de plus en plus importante et, par effet de mode, un suréquipement des fermes (7 cv /ha ou plus) ; ce marketing efficace se retrouve aussi dans les systèmes de traite et de robotisation : un robot de traite avec une stalle permettant de traire 70 vaches coûte avec l'agencement, 150.000 € si on agrandit le troupeau, il faut une 2e stalle (250.000 €), il faudra penser rapidement à s'équiper d'un robot d'alimentation à 150.000 € pour se libérer du temps de travail... et en même temps on baisse le prix du lait ! L’équation devient impossible.

On savait que l'arrêt des quotas allait provoquer une augmentation de la production et donc une baisse du prix du lait et de grosses difficultés financières... on aurait pu s'attendre à un travail d'anticipation de la part des pouvoirs publics, des chambres d'agriculture, des syndicats, des coopératives, des industries... Rien !

Alors oui, les paysans ont leur part de responsabilité car trop naïfs ou trop cupides en courant après les gains de productivité mais la disparition rapide de nos agriculteurs alimente cette fuite en avant... c'est ubuesque et on pourrait en rire... la Bretagne va être la grosse perdante au niveau économique (39 % de notre PIB) l'emploi (30 %) la désertification rurale, le gâchis humain, culturel et professionnel... à avoir trop tiré sur l'élastique, il vous revient dans la gueule ! il y a de plus en plus de tracteurs et de robots d'occasion à vendre car il faut décapitaliser pour survivre... on a tué la poule aux oeufs d'or !

Est-ce problématique pour la France ? non car elle a toujours ses céréaliers, son vin et son EPR.

Est-ce problématique pour le consommateur ? non car il est toujours possible d'acheter ses biens alimentaires chez les voisins...

Avec cette stratégie, on enterre la Bretagne, les manifs, les problèmes de pollution et les velléités d'émancipation ! Dans cette globalisation de l'économie, nos voisins peuvent subir aussi des difficultés mais ils bénéficient d'une gouvernance attentive, ce qui n'est pas notre cas !

Alors, pour le Parti Breton, que faire ?

- Mettre en place en Bretagne une gouvernance attentive comme peuvent le faire les Corses actuellement avec la mise en place d’une collectivité unique et un embryon d’autonomie fiscale (récupération d’une partie de la TVA collectée sur notre territoire pour notre économie) ;

- Structurer les filières (trop forte atomisation) et à peser sur les marchés ;

- Méthodes de productions plus économiques comme l’herbe et nécessitant moins de mécanisations ;

- Imposer des normes pour l’élevage : surface par animal, alimentation, contrôles sanitaires, objectif simplifier les normes imposées par la France ;

- Rompre avec le problème français qu'à force de vouloir à tout prix conserver les structures, quitte à installer des jeunes avec des business plans qui les rendent vulnérables à la première fluctuation du marché, le secteur en trouve sa compétitivité plombée ;

- Créer un modèle de ferme adapté à notre siècle ! Le défendre et l’imposer, penser au statut des personnes qui y travailleront !

- Se donner les moyens pour que les grandes sociétés ne soient pas les premières à édicter l’idée !

= Une banque

= Des associations d’agriculteurs

« Le problème de la Bretagne, c’est la France », disait il y a quelques années Alain Glon. Nous devons ouvrir les yeux ou nous disparaîtrons.

Olivier Berthelot, président du Parti Breton

Hervé Le Quéré, chargé des affaires agricoles

Voir aussi :
mailbox imprimer