Politique linguistique : ouvrons enfin le débat !

-- Langues de Bretagne --

Chronique
Par Yvon Ollivier

Publié le 5/12/20 18:53 -- mis à jour le 05/12/20 22:25

Avec Yannig Baron, nous venons de publier en page débat du Télégramme une sévère critique du déni de réalité de ceux qui sont au Pouvoir à la Région, face au constat d’échec de leur politique linguistique.

Tous les chiffres le prouvent. Nous sommes les plus mauvais – entre 3 et 4 % d’enfants scolarisés en filière bilingue- et avec un taux de progression qui n’a jamais été aussi faible que cette année. A ce compte-là, c’en est fini de nos langues et de nos espérances de les voir sauvegarder. Les Basques du nord sont à 50 %. Pourquoi ?

Ce qui est le plus choquant, c’est que ce Pouvoir régional n’a jamais été capable d’affronter cet échec, d’expérimenter, d’évaluer sa politique pour concevoir un autre chemin. A chaque fois, malgré de nombreuses interpellations, nous n’avons entendu que des propos complaisants sur le travail accompli avec la recherche d’excuses exogènes : l’Etat bloque, les communes ne font rien…

Ils ont juste oublié une chose, la volonté politique, cette capacité à mettre la pression sur l’Etat, cette capacité à dire non face aux forces du système.

La Bretagne n’existe que si elle est capable de dire non, de s’opposer et de trouver la force de tracer son propre chemin. Sinon, tout est fini.

La politique linguistique est une politique comme une autre. On doit pouvoir l’évaluer, la critiquer. Il existe même des chercheurs spécialisés dans l’évaluation des politiques publiques. C’est ce que j’avais suggéré lors d’une rencontre avec le Région en 2016, au nom de Breizh ImPacte. Nous n’avons pas été suivis.

Une politique linguistique doit encore être mesurée à l’aune de l’objectif politique affiché. Quel est l’objectif politique de la région Bretagne en la matière ? Faire semblant ? Donner le change histoire de montrer que l’on fait quelque chose pour les langues minoritaires en France ? Sauver nos langues ?

Si l’objectif est de donner le change, il est certain que cette politique indigente n’est pas en échec.

Nous sommes de plus en plus nombreux à exiger que l’objectif politique de la généralisation de l’enseignement de nos langues -breton, gallo- à l’ensemble de nos enfants soit affiché clairement par la région Bretagne. Il n’en est pas d’autre qui soit logique, naturel, digne de notre histoire et de notre humanité. Plus un seul enfant de Bretagne ne doit ignorer sa langue et son histoire.

Ensuite, il faut se donner les moyens de la réussite. Nous proposons que le plan multilingue et sa pédagogie qui ont fait leurs preuves au pays basque sud, et ailleurs, soit mis en œuvre. C’est encore la meilleure méthode pour convaincre les parents qui, comme on le sait, souhaitent donner à leur progéniture la meilleure connaissance possible de l’anglais. La connaissance de sa langue est un atout inestimable en termes de bien être en ces temps troublés, de lien social et de réussite scolaire. Elle renforce l’égalité des chances pour nos enfants, par rapport aux enfants de Paris qui bénéficient de tous les avantages.

Enfin, la formation des enseignants doit faire l’objet d’un effort considérable, ce qui passe par une pression forte sur l’Etat et les Universités. Mais la Région dispose de moyens pour se faire entendre. Regardons vers la Corse où le rectorat forme 700 enseignants en langue corse pour une population bien moins importante. Il suffit de vouloir et de renoncer à signer avec l’Etat des conventions indignes prévoyant la formation de 20 enseignants. Comment peut-on donner son accord à des politiques pareilles ?

J’apprends que Mr le Président de la Région a fait contribuer le recteur de l’académie de Rennes à son récent ouvrage. J’aimerais pouvoir lui dire que l’important pour le premier personnage politique de Bretagne est moins de faire copain-copain avec Mr le recteur que de savoir mettre une pression politique de tous les instants.

On se grandit toujours en affrontant ses échecs. Il faut juste en trouver le courage et mettre un terme au « régionalisme de la parlote » que je ne cesse de dénoncer. Franchement, avec des chiffres pareils, nous n’avons vraiment pas de quoi être fiers !

J’aimerais encore ajouter un petit détail qui me tient à coeur. Si nos responsables à la Région pensent que nous ne sommes qu’une région, alors oui, il faut baisser les bras et admettre la secondarisation logique de nos langues jusqu’à leur disparition inévitable. Mais s’ils reconnaissent que nous sommes un peuple, aussi respectable que les autres peuples d’Europe et du monde, alors ils doivent savoir lutter jusqu’à ce que nos droits soient enfin reconnus.

Nous espérons que la parution de cette tribune dans le Télégramme soit l’amorce d’un véritable débat public, enfin, sur ce qui devrait être la première priorité politique d’une région Bretagne, la préservation de nos langues par la généralisation de leur enseignement.

Ouvrons le débat !!!! Nous sommes prêts à en débattre publiquement avec Mr Chesnais Girard, Président de la Région Bretagne. Nous voulons croire que la préservation de nos langues est un objectif qui lui tient à cœur.

Yvon Ollivier

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Yvon OLLIVIER est juriste, auteur de l'ouvrage "la désunion française essai sur l'altérité au sein de la République" ed l'harmattan 2012 et membre de la coordination des juristes de Bretagne blog associé desunion-francaise.over-blog.com

Vos commentaires :

Kerbarh
Samedi 5 décembre 2020

Bravo pour le courage de dire la vérité

michel Le Tallec
Samedi 5 décembre 2020

NOUS N'AVONS PLUS A FAIRE AVEC LCG ET LE PS EN BRETAGNE

Bonsoir Yvon,

... er merci et bravo pour ce court article paru sur ABP ce jour. Je suis de tout coeur avec toi, avec vous. Néanmoins, une chose m'intrigue: dans l'appel de Morlaix (Galv Montroulez), du 10 février 2020, dont la vidéo vient également de paraître sur ABP ce jour, tu dis clairement que Chesnais-Girard, à qui vous demandiez un "vrai plan Marshall" pour les langues de notre peuple, que LCG donc vous avait répondu, je cite tes propos '"circulez, il n'y a rien à voir, nous à la Région nous faisons ce qu'il vaut pour les langues de

Bretagne, etC..." Mieux, ou pire, toujours selon tes propos relevés dans la même vidéo, tu disais qu'il avait refusé in fine vous recevoir. Dont acte. Mais, dans l'article que tu viens de signer, ci-dessus, tu conclue en disant "nous sommes prêt à en débattre - NDLR -de la politique linguistique - publiquement avec Mr Chesnais-Girard. " Yvon, qu'est ce qui a changé? Qu'est-ce qui fait que LCG serait plus enclin à vous recevoir maintenant qu'en février passé? La Covid 19 ? Le changement climatique? Une subite illumination spirituel de LCG, qui aurait entendu des voix style "Loïc, bidourig kaer, fais quelques chose pour la langue bretonne ?" Ou, sublime, forcément sublime, la proximité des prochaines régionales, qui l'incite à se teinter d'un peu de Breizh, histoire de sauver les meubles d'un PS breton en plein naufrage.. Dans cette hypothèse, qu'en fin politique tu as bien sûr relevé, pourquoi encore lui faire confiance? Pourquoi l'associer à votre, notre démarche? N'a t-il pas assez montré sa réticence et sa mollesse endémique dès qu'il s'agissait de langues de Bretagne? Qu'avons nous à y gagner? Crois tu sincèrement - et je te cite - "que la préservation de nos langues est un objectif qui lui tient à coeur"? Enfin, pourquoi le croire, bon sang?

Bien à toi,

Michel

Jérémy
Samedi 5 décembre 2020

Il va être grand temps que les bretons et la Bretagne se réveillent si ils ne veulent pas finir par être considéré comme une simple banlieue de Paris où la station balnéaire des bobos centralistes!

krys 44
Samedi 5 décembre 2020

Sans doute Monsieur Chesnais Girard espère-t-il une ascension politico-sociale comme celle de Le Drian ! Intérêt supérieur à tous éventuels autres ...

Je me souviens de Mr Le Drian , Maire de Lorient ceint de l'écharpe tricolore , manifestant à Nantes pour la réunification de la Bretagne ! Devenu élu régional , il avait déjà changé . Comme le disent les Antillais : "Il va à Paris , il est devenu un Mossieu !"

Il n'y a que quelques années de cela , lors d'une séance de dédicaces "Bretonnismes" d'Hervé Lossec , une femme âgée lui avait demandé : " Alors , on peut parler comme ça maintenant ?" On mesure l'étendue du traumatisme , de la peur , de l'interdit intégré depuis si longtemps par la pédagogie de l'humiliation . Mais en même temps , on voit aussi la capacité à rebondir de l'humain .

Rien n'est perdu ! Alors parlons breton ou gallo , partout et chaque fois que c'est possible , sans gêne à l'idée de peut-être "faire des fautes" . Nous n'avons pas appris à marcher à coup de zéro sur le derrière à chaque chute !

À l'université du Pays de Galles , il est conseillé aux étudiants qui envisagent d'y travailler , d'apprendre le gallois .

Anne Merrien
Dimanche 6 décembre 2020

En vue de l'entrée en seconde, un dépliant était distribué, qui présentait l'enseignement du breton de la maternelle à l'université. Malheureusement, cela laissait à penser que si l'élève n'avait pas commencé petit, il ne fallait pas y songer. Bref, c'était complètement contre-productif. Alors qu'il suffisait d'expliquer : commencer l'apprentissage du breton au lycée, c'est possible ! Résultat, avec une comm' pareille, les cours de breton ont périclité, jusqu'à être supprimés... N'eus ket soñj !

Yvon ollivier
Dimanche 6 décembre 2020

Pour répondre à Michel. Chesnais girard a fini par se résoudre à nous donner un rendez-vous mais il n a pu avoir lieu. Il a été repoussé avec le covid et la dernière fois il y a eu un problème technique avec la visio. Il nous donnera une date en janvier nous a t il dit mais rien n est sûr. Bien à toi

Jacki Pilon
Dimanche 6 décembre 2020

Oui, l'école, bien sûr. Évidemment. Mais il n'y a pas que cela. Changer en profondeur l'attitude et la considération de la société (les "actifs ") par rapport à ses langues historiques : qui y songe ? Qui fait quoi ? Quelles campagnes d'information rappellent les outrages faits à nos langues et appellent à la révolte ? Quels Busuu et autres Duolingo pour apprendre tranquillement le breton ou le gallo ? C'est ça qu'il faut se créer, aussi. Contourner l'institution.

penn kaled
Dimanche 6 décembre 2020

On a les élus que l'on mérite .Le problème est que la langue bretonne n'est pas le premier souci du Breton lambda ,sauf une minorité agissante , qui est à la limite de l'héroisme .Si au contraire une proportion importante de la population ferait passer l'avenir d u breton comme un défi majeur ,le conseil régional serait sous pression et changerait de politique .Je ne veux pas vous provoquer , mais à limite il fait largement ce qu'il faut par rapport aux attentes de la population dans ce domaine ,et c'est effectivement désolant .Mais méfiez vous , car suivant le résultat des prochaines régionales , la situation pourrait encore empirer si le RN LFI et autres renforceraient leurs présence , voir accéderaient au pouvoir .Il n'est pas impossible qu'un ouvrage voit le jour ,son titre ,historique de la tragédie de la Bretagne Armorique depuis les temps reculés ....

Jacki Pilon
Dimanche 6 décembre 2020

Penn Kaled, vous êtes un peu sévère avec le Breton lambda : les sondages successifs TMO montrent une cote importante d'intérêt pour les langues bretonnes. On aimerait ou aurait aimé parler breton. Soi-même ou pour ses enfants. Les élus le savent, mais s'ils n'en tirent pas les conséquences, n'y a-t-il pas d'autres solutions pour capitaliser sur cette cote ?

Jean-Luc Laquittant
Dimanche 6 décembre 2020

Yvon président ! Je ne vois pas d'autres solutions pour sauver nos langues.

kris braz
Lundi 7 décembre 2020

"…Si au contraire une proportion importante de la population ferait passer l'avenir du breton comme un défi majeur, le conseil régional serait sous pression et changerait de politique…"

C'est la raison pour laquelle il faut arrêter de faire sans cesse référence à l'exemple basque, ou gallois ; la situation et le niveau de motivation des Bretons n'ont (hélas) rien à voir. Mieux vaudrait se fixer des objectifs réalistes. Une campagne pour un trilinguisme breton-anglais-français dès la maternelle (voir Yannig Baron) me paraît un bon point de départ, ainsi que l'initiation au breton partout en Bzh.

Anne Merrien
Mardi 8 décembre 2020

Sur le site du Sénat, on peut lire les travaux de la commission sur la proposition de loi Molac, en date du 2 décembre. Par prudence, le Sénat n'a pas rétabli les articles relatifs à l'enseignement, pour sauvegarder les avancées en matière de signes diacritiques par exemple.

penn kaled
Mardi 8 décembre 2020

Je vous propose un article de libération concernant la loi sur les séparatismes .Le peu de place qu'occupe le breton dans l'espace public pourrait se trouver menacer ainsi que tout simplement le militantisme breton ,par contre l'état français sera toujours aussi impuissant face aux fous furieux de l'islam ou autres .La priorité devrait être de lutter contre cette loi , et vous pourriez cette fois demander à juste titre au conseil régional de se positionner .

(voir le site)

Francoise Amerel
Mardi 12 janvier 2021

Le problème est dans le mouvement breton, toujours dans la mystique nationale, toujours dans l'identitaire, "brezhoneg"!Toujours dans l'expansionnisme bas-breton, bien dans l'esprit de Roparz Hémon et des partis nationalistes d"avant guerre!Toujours, et les nombreuses horreurs que l'on peut lire depuis des années sur le gallo, langue de patrimoine, parlée ici bien avant la colonisation bretonne en font foi!

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