Plusieurs policiers sur un Bonnet rouge, à Brec'h, le 15 février : sale blessure au bras

-- Justice et injustices --

Interview
Par Christian Rogel

Publié le 21/02/14 20:00 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Wolfgang Bourlett, 31 ans, un jeune père de famille habitant Pouldreuzic, est un terrassier en intérim qui s'est pleinement investi dans le mouvement des Bonnets rouges et dans l'actif comité local du Pays bigouden.

Il est indigné par la politique de l'État en Bretagne, qui, pour lui, prouve son incapacité par sa prétention à instituer une écotaxe mortelle pour l'économie locale.

Dès le 21 décembre, se trouvant à Rennes, il avait pris part à une distribution de tracts anti-écotaxe, route de Lorient, puis, le même jour, à La Gravelle (péage A 11).

Il a pris contact avec l'Agence Bretagne Presse pour faire un récit détaillé de la journée du 15 février, au cours de laquelle il a été capturé par les policiers protégeant le portique écotaxe de Brec'h et a été blessé assez grièvement au bras, ce qui a entraîné une incapacité de travail de 10 jours.

Contrairement aux promesses, la police veut faire fuir les manifestants

«Je suis parti de Quimper, dans le camion de tête du convoi et j'ai été surpris de voir, d'une part que les téléphones étaient brouillés au point de rendez-vous, que la police demandait 45 minutes de délai et qu'à l'heure dite, elle a tenté d'empêcher les véhicules d'accéder à la voie express. Un groupe de Bonnets rouges a écarté les gendarmes et les obstacles.

Arrivés devant le barrage, contrairement à ce qui avait été promis, les glissières de sécurité n'avaient pas été démontées.

Alors que le barbecue venait d'être allumé, les policiers se sont avancé et ont arrosé les manifestants les plus proches d'une salve de grenades lacrymogènes en leur disant de partir.» (il était 14 heures 20, NDLR).

Pas d'assaut des Bonnets rouges, mais, des attaques policières sur des individus

«Vers 16 heures, je me suis approché du barrage pour poser un fumigène et un mobile s'est précipité vers moi, puis un CRS a donné un coup de pied au fumigène, je me suis dégagé, mais 9 à 10 CRS et mobiles m'ont assailli à coups de matraque en m'insultant, alors que je me suis accroché à la glissière de sécurité» ((voir notre article) : vidéo). «Un gendarme m'a traîné au sol sur trois mètres et j'ai dit trois fois que je pouvais marcher et il m'a laissé le faire. J'ai été pris en charge par un gendarme en civil qui m'a conduit vers les pompiers, m'a lu mes droits et annoncé que j'étais en garde à vue.»

Il ajoute que lui et les pompiers ont du quitter, un moment, l'ambulance, car, portes fermées, des gaz y étaient entrés et qu'il s'interroge sur les intentions.

Garde à vue ordonnée, puis rapidement levée

«Les médecins du SAMU m'ont pris en charge dans l'ambulance qui m'a conduit à l'hôpital de Vannes, mais, là-bas, on m'a indiqué que la garde à vue était levée.»

Fort heureusement, les radios ne montrent pas de fractures, comme le bruit en avait couru chez les manifestants.

«Mon médecin, qui a vu mon bras enflé et plein d'hématomes m'a dit qu'il avait vu ce genre de dégâts après un accident de voiture, mais, jamais, sur un manifestant brutalisé. Je suis accusé d'avoir allumé des feux et expédié des projectiles, ce que je n'ai absolument pas fait. La Brigade de gendarmerie de Lorient m'a dit qu'elle me convoquerait d'ici 3 à 4 semaines.»

Quelles armes la police a-t-elle utilisées ?

Wolfgang Bourlett, qui a pris un avocat, et veut riposter par une procédure civile, est un adepte des réseaux sociaux et sait se documenter sur Internet. C'est ainsi qu'il a recherché quelles armes avaient été utilisées par la police et si elles étaient autorisées par la loi dans le cas de la manifestation des Bonnets rouges.

Il a trouvé que le gaz lacrymogène PLMP 7 B CS utilisé est prohibé par la Convention de Genève en temps de guerre, son usage devant être évidemment très restreint en temps de paix. L'usage de masques peut, selon lui, s'en trouver justifié à des fins défensives.

Il souligne que l'emploi du lanceur de balle de défense Flash-ball ou similaire est très règlementé selon la situation. Si les manifestants ne portent pas d'armes (cas des Bonnets rouges), seul l'emploi des balles en mousse est autorisé, alors que le lanceur de balles de défense, LDB40 «Exact Impact» à projectiles «mi-dur» de 40×46mm (95 g. avec partie en plastique) ne peut être utilisé que pour riposter à des armes réelles. C'est ce type de fusil qui a été utilisé contre Julien Bervas qui n'était pas armé.

Le Flash-ball avec balles de mousse n'a pas de viseur et son tir, approximatif, est limité à 7-10 m, tandis que LDB 40 mm, qui possède un viseur Eotech-552, a une portée précise entre 10 et 30 m. En 2009, la Direction centrale de la Sécurité publique avait rappelé l'interdiction de viser «au niveau du visage ou de la tête» et la nécessité d'une utilisation «proportionnée». Toujours en 2009, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (saisine 2008-1) (voir le site) a émis des réserves importantes pour l'usage lors d'un attroupement, le déclarant peu adaptée lors de manifestations. Cette arme, potentiellement mortelle, ne peut être autorisée qu'avec l'accord du préfet et celui du Morbihan l'a donc fait dans une manifestation pacifique, au cours de laquelle la police n'a subi aucun assaut collectif. Les tribunaux ont déjà condamné des policiers n'ayant pas respecté la distance règlementaire de 10 mètres (ex. : John David éborgné à Strasbourg, 8-02-13).

Appel à témoins, tentatives de contact avec les hommes politiques et mise en cause des médias

Sur Facebook, Wolfgang Bourlett lance des appels à témoins pour les violences subies par des personnes, dont le syndicaliste agricole Thierry Merret, Julien Bervas (trauma crânien) et Lionel Guilloux (grenade dans les jambes). Il voudrait rencontrer Jean-Yves Le Drian et Bernard Poignant. Il suppose que le fait que la presse écrite couvre mal le sujet est lié aux énormes subventions de l'État (près de 12 M ¤ pour Ouest-France) et c'est pourquoi, il diffuse sa version sur les médias et réseaux indépendants.

Note : Dans les procédures mettant en cause l'État, certains avocats conseillent qu'aucune personne qui s'estime lésée n'aille déposer plainte à la police ou à la gendarmerie, car une procédure civile ne peut être pas commencée, si une action de type pénal est en cours. La procédure civile, qui a pour seul but de demander des dommages et intérêts, ne peut pas être bloquée par l'État et son bras armé, le procureur. Mais, dans ce cas, le fautif ne peut pas être puni d'amende ou de prison.

Propos recueillis par Christian Rogel

20-02-14

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