Pétrole, indépendance du Québec et... Sarkozy

-- Economie --

Chronique
Par Christian Rogel

Publié le 27/10/12 18:51 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le différend entre le président de Pilatus Energy et son ancien conseiller, Loïk Le Floch-Prigent, (voir notre article) permet, par ricochet, de s'intéresser à un épisode ancien de l'histoire de cette société aux résultats peu convaincants, celui d'une tentative de rechercher du pétrole de schiste au Québec.

Les permis de recherche dans le Sud-Est du Québec (Gaspésie et Île d'Anticosti) ont été cédés depuis à Pétrolia qui s'y trouve en situation de monopole, grâce à la bienveillance de l'ancien gouvernement libéral.

Celui-ci, battu récemment par le Parti québécois, était soutenu par Paul Desmarais fils, président de Power Corporation du Canada, une puissante firme québécoise qui possède des journaux, dont La Presse (Montréal) et qui est le plus important actionnaire de Total (4,5%).

Selon Wikileaks, en 2010, l'ambassadeur américain au Canada indiquait que Power Corp. avait pu influencer le premier ministre québécois, pour qu'il cesse de critiquer le gouvernement canadien sur l'exploitation, désastreuse pour l'environnement, des sables bitumineux.

Il concluait que Power Corp. avait une influence certaine sur le gouvernement libéral du Québec.

Power Corp. est contrôlée depuis 1970 par Paul Desmarais père qui participait à la fameuse soirée du Fouquet's et qui a été fait Grand-Croix de la Légion d'Honneur le 16 février 2008.

Lors de la cérémonie, Nicolas Sarkozy a expliqué que c'est Paul Desmarais père qui l'avait accueilli au Québec en 1995 et l'avait mis sur la voie d'une stratégie pour arriver au sommet de l'Etat.

Les entreprises privatisées et fusionnées sous Sarkozy, GDF et Suez, sont d'ailleurs partiellement détenues par la famille Desmarais.

Pendant le mandat de N. Sarkozy, il avait été remarqué une moindre attention de la République française pour le Québec, rompant avec la politique poursuivie depuis 40 ans qui était définie par la non-ingérence (dans les affaires du Canada) accompagnée de la non-indifférence (aux efforts du Québec pour maintenir sa langue).

En 2009, Pauline Marois, actuel Premier ministre du Québec avait dénoncé les allusions négatives au combat souverainiste faite par N. Sarkozy, qui recevait alors celui qui l'a précédée dans le poste. (voir notre article)

Paul Desmarais père, un francophone né dans l'Ontario, n'a jamais fait mystère de son opposition au particularisme québécois et a toujours soutenu le maintien du fédéralisme tel qu'il existe.

Il a été l'employeur de pas moins de trois anciens premiers ministres du Canada.

Il n'est donc pas étonnant qu'il soit soupçonné, non seulement d'avoir mobilisé son empire de presse, mais, aussi, ses immenses ressources financière pour soutenir le «non», lors du référendum de 1995 sur l'indépendance du Québec. (50,58% de nons, 54 000 voix d'avance).

Le pétrole et le gaz, qu'ils soient absents ou présents dans un pays, sont de puissants facteurs politiques et peuvent générer des coalitions d'intérêts souvent peu médiatisés, car ceux qui en possèdent ont les moyens d'influencer ou de faire taire les médias.

Note : le pétrole de schiste (tight oil ou shale oil), petit frère moins connu du gaz de schiste, présente les mêmes dangers que lui pour l'avenir des réserves d'eau potable.

Christian Rogel

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