Patrick Mareschal : Comment peut-on être Breton ? Et surtout pourquoi l'être ?

-- La réunification --

Reportage
Par Didier Lefebvre

Publié le 21/09/15 1:31 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Ancien président du Conseil général de Loire-Atlantique, père du gwenn ha du sur le fronton de cet Hôtel du Département, Patrick Mareschal, a été Herminé par l'Institut Culturel de Bretagne : (voir le site) .

Farouche défenseur de la réunification de la Bretagne, il s'est amusé, dans son discours de remerciements, à ressortir un discours fait en 2001 devant les élus de la municipalité nantaise. Toujours d'actualité.

Très touché de cette haute distinction pour l'ensemble de son action en faveur de la Bretagne (voir notre article), Patrick Mareschal rappelle d'entrée de jeu «[m]on combat ininterrompu de plus de quarante ans pour la Bretagne et en particulier pour son intégrité territoriale ». Afin de nous « expliquer le sens profond de cet engagement, et [mes] propositions pour sortir de l'inacceptable situation actuelle », il nous lit les principaux extraits d'un texte communiqué devant les élus municipaux de Nantes en 2001 (vidéo prochainement en ligne).

L'oeil du statisticien

Dans le reportage préliminaire, Patrick Mareschal a séduit l'auditoire, en disant que le centralisme parisien avait appauvri la France. En tant que statisticien, il a pu mesurer combien les cinq départements bretons avaient un destin commun, que la Loire-Atlantique était plus proche des quatre autres, alors qu'elle est bien éloignée des autres départements des Pays de Loire. C'est toutefois le livre de Morvan Lebesque, « qui a réveillé des choses en moi. L'interrogation “Comment peut-on être Breton”, bien sûr, mais aussi son sous-titre “Essai sur la démocratie française”. Le musée Dobrée, dont l'inscription sur la Tour des Irlandais a contribué aussi à ma réflexion : “Ann dianaf a rog ac'hanoun” (“L'inconnu me dévore”) ». (voir notre article) mais aussi (voir notre article).

Une carte des régions redessinée dans des conditions déplorables

« La Bretagne doit avoir une marge de décision plus importante. Se positionner, ce n'est pas par rapport à Paris, mais par rapport au monde ». Les choses sont dites, la région Bretagne doit avoir une autonomie plus importante. Mais aussi, et ce n'est pas une surprise : « la carte des régions a été redessinée dans des conditions déplorables. La déception est grande ; il faut continuer à se battre. Grande est la capacité d'imagination des Bretons en Bretagne ».

La Bretagne historique : une cohérence (la mer), une identité culturelle, et une visibilité internationale

« En effet, parmi les trois hypothèses envisageables, maintien d'un statu quo, mais peu de voix se lèvent pour défendre la pertinence des Pays de la Loire (c'est peut-être un peu moins aujourd'hui qu'en 2001), une région Grand ouest mais les instances patronales ou consulaires n'y croient guère, ou une Bretagne historique avec coopérations interrégionales organisées. Cette option va dans le sens des aspirations profondes des groupes humains et de la diversité face au mouvement de la mondialisation. Elle porte en elle les avantages d'une forte cohérence géographique (la mer), d'une vraie identité culturelle, et d'une visibilité internationale ».

Patrick Mareschal a ensuite répondu à quelques-unes de nos questions.

Les élus municipaux des grandes villes dans une logique de solidarité de parti

ABP - Patrick Mareschal, vous insistiez dans votre discours de 2001 sur des initiatives cohérentes, dans des territoires bien identifiés, en prenant pour exemple l'association Produit en Bretagne (voir le site) . Outre ce dynamisme culturel et économique, que faut-il d'autre pour obtenir la réunification de la Bretagne ?

Patrick Mareschal – Ce dynamisme n'est pas que culturel. Il est associé à un territoire bien identifié. C'est important. Les acteurs sont motivés, par conviction et parce qu'il existe un fort tissu associatif. Notre problème vient de la classe politique parisienne. C'est une caste (les énarques) qui se reproduit elle-même, et qui a une ignorance totale de ce qui se passe. En France, elle a pénétré les élus. En Loire-Atlantique, il faut noter que chez les députés et les sénateurs, ce n'est pas le cas.

ABP – Et chez les élus municipaux des grandes villes bretonnes ?

PM – Les élus municipaux ne sont pas atteints non plus, mais ils sont dans une logique de solidarité de parti.

ABP – Un de vos gestes forts, en tant que président du Conseil général de Loire-Atlantique, fut de pavoiser le gwenn ha du devant le Conseil général. Johanna Rolland (maire de Nantes) devrait-elle faire de même, elle qui s'y était engagée par écrit (voir notre article) ?

PM – Le pavoisement du gwenn ha du ne doit pas être un alibi. Jean-Marc Ayrault, à l'époque, en avait fait mettre un place du Cirque (au pied de la tour Bretagne), à la suite de celui du Conseil général. Il est surprenant et par ailleurs intéressant de noter la place de Nantes dans la région administrative. Le maire de Nantes a un positionnement politique fort, bien plus fort que celui du président du Conseil régional. C'était la vision de Jean-Marc Ayrault. Une ville et une agglomération fortes. En revanche, en Bretagne administrative, c'est l'inverse. C'est le président de l'exécutif régional qui a un poids plus important que les deux principaux élus municipaux.

ABP – En Loire-Atlantique, une seule liste pro-réunification est en cours de constitution. Sa tête de liste est Gilles Denigot ; elle est soutenue par Breizhistance, le Mouvement Bretagne et Progrès, le Parti Breton et l'UDB. Pourriez-vous voter pour elle ?

PM - Je pourrais vous répondre qu'il existe le secret de l'isoloir (rires). Je pense qu'il ne faut pas oublier qu'il y a une gauche et qu'il y a une droite. Dans cette liste, on trouve les deux. Il faut savoir se positionner.

ABP – En Bretagne administrative, l'union ne s'est pas faite, et plusieurs listes pro-bretonnes vont concourir. Que cela vous inspire-t-il ?

PM – C'est le jeu démocratique. Ensuite, il faudra savoir qui s'allie avec qui. Je doute toutefois de leur capacité lourde d'influencer ensuite la ligne d'une liste majoritaire.

ABP – Des pronostics sur ces élections régionales dans les deux régions administratives ?

PM – Pas de commentaires(rires).

ABP – Patrick Mareschal, porterez-vous votre collier de l'Hermine lorsque vous rencontrerez la prochaine fois Johanna Rolland ?

PM – Je suis très fier de porter ce collier. Toutefois, je ne suis pas un fétichiste.

Notes :

Patrick Mareschal, ancien de la DATAR, fut directeur de l'Observatoire Economique de l'Ouest (service de l'INSEE). Membre du PS, il est élu conseiller général à Nantes de 1985 à 2011, président du Conseil général de 2004 à 2011. Il est créateur et premier président du CUAB (Comité pour l'Union Administrative de la Bretagne, aujourd'hui Bretagne Réunie (voir le site) ). Il est aujourd'hui président du Conseil de développement de Loire-Atlantique.

Document PDF discours_mareschal_hermines_19_09_2015.pdf . Source : Patrick Mareschal
Voir aussi :
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