-- Justice et injustices --

Nous n'avons pas fait Verdun pour en arriver là !

Chronique de Yvon Ollivier (porte parole Yvon Ollivier) publié le 9/11/18 13:23

il s'agit d'un dessin humoristique montrant une bretonne dont la coiffe retrouve soudainement sa splendeur.
il s'agit d'un dessin humoristique montrant une bretonne dont la coiffe retrouve soudainement sa splendeur.

Nous n’avons pas fait Verdun pour en arriver là !!!

Alors que la commémoration du centenaire de la fin de la première guerre mondiale bat son plein, il est temps de convoquer à la barre le grand absent des festivités : le souverainisme.

Le souverainisme est cette idéologie à laquelle la France a tant contribué et qui place au sommet du droit la toute puissance de l’Etat-nation.

C’est cette idéologie tragique qui fut à l’origine des pires drames de l’humanité et notamment des tragédies totalitaires du vingtième siècle. Les Etats-nations sont ces monstres froids qui s’affrontent superbement, au nom de leur impérialisme, quand bien même invoqueraient-ils souvent une justification idéologique.

Le roi peut tout faire, affirmait Bodin en son siècle. Il peut même, si bon lui semble, changer la langue de ses sujets ajoutait-il, comme pour mieux souligner son propos. Le penseur avait raison. N’est-ce pas ce que l’Etat Français a accompli en Bretagne ? Il poursuit même son œuvre en mettant à mort nos langues au couvert d’une pseudo-décentralisation et d’une politique linguistique dérisoire.

Alors regardons les choses en face. Qui est le grand responsable de la grande boucherie de 14-18 ? Pas plus la France que l’Allemagne. Mais le souverainisme et la volonté de toute puissance de l’Etat nation assurément, qu’il soit français ou allemand.

De cela, nul n’en parlera jamais car nous ployons toujours sous son joug. C’est le souverainisme et son fils naturel -le principe d’unicité du peuple français- qui assassinent nos langues, et contribuent plus que jamais au pourrissement de territoires exploités par les grandes puissances, gangrénés par la violence et le trafic d’armes. Tiens ! J’entends la presse se féliciter de l’excellence française en matière d’exportation d’armement, avec 7 milliards d’euro cette année.

Surtout, c’est le souverainisme qui contribue au dérèglement climatique et à l’impossibilité d’inverser la tendance. Sans délégation de souveraineté au niveau international, jamais nous ne pourrons soigner les grands maux de l’humanité -climat , migrations et les inévitables tensions- qui la conduisent à sa perte. Mais les Etats-nations ne veulent pas l’entendre. Pourquoi un Etat-nation se risquerait-il à faire les sacrifices qui s’imposent alors que son voisin n’en fera rien ? L’écologie est plus souvent un étendart dressé pour des raisons d’image qu’une réelle préoccupation. Un vecteur d’influence, comme le sont depuis si longtemps les droits de l’homme.

Alors qui est le vrai vainqueur de la première guerre mondiale ? Les poilus ? Certainement pas. Ils en sont les premières victimes, des sacrifiés au nom de la toute puissance de l’Etat nation. Rien que de la chair et des âmes broyées. Le maréchal Pétain ? Laissons-le reposer en paix. Il ne mérite même plus d’être objet de polémique.

Le vrai vainqueur, c’est le souverainisme. Car le pire dans cette histoire tragique, c’est que le massacre de centaines de milliers d’hommes en son nom, vient offrir à l’Etat-nation la meilleure légitimité possible, celle du sang. Comment imaginer qu’un tel sacrifice n’eût pas été accompli au nom de la plus juste des causes ? Impensable. La guerre mondiale broie toutes les résistances intérieures au nom d’une volonté unique de puissance. Elle a porté un coup terrible à nos langues et cultures minoritaires, à notre démographie. Mais elle vient encore renforcer le premier responsable de la grande boucherie, le souverainisme dans sa version jacobine.

Le souverainisme se repaît toujours de la chair de ses victimes. Le sacrifice de ces dernières lui offre même la légitimité pour commettre de nouveaux forfaits et générer d’autres victimes. Je ne me souviens plus qui de René Coty ou de Guy Mollet confortait la répression en Algérie au nom des sacrifiés de Verdun. « Lâcher l’Algérie ? Vous n’y pensez pas ? Nous n’avons pas fait Verdun pour en arriver là ! »

La première victime du souverainisme, c’est l’humanité. Combien de millions de morts en son nom, dans les conflits entre Etats mais encore surtout bien à l’abris des frontières ? A présent, c’est dans son existence même que l’humanité se trouve menacée.

Mais qu’importe, après tout. Nous n’avons pas fait Verdun pour en arriver-là !!!

Yvon OLLIVIER

Juriste, auteur

©agence bretagne presse

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Yvon OLLIVIER est juriste, auteur de l'ouvrage «la désunion française essai sur l'altérité au sein de la République» ed l'harmattan 2012 et membre de la coordination des juristes de Bretagne
blog associé desunion-francaise.over-blog.com

Vos commentaires :

Gérard Ollieric
Vendredi 9 novembre 2018

Je partage la totalité de cette juste pensée. Je ne retrancherai aucun mot ni n’en ajouterai aucun.

L’Etat -Nation est le plus grand meurtrier de l’Histoire.

Naon-e-dad
Samedi 10 novembre 2018

Il existe un autre nom, un homonyme sorti du fond des âges, pour désigner le mal évoqué dans cet article (qui a traversé l'histoire, notamment celle du XX° siècle, sous des formes diverses: communisme, nazisme pour ne citer que les plus visiblement structurés,...): ce nom du mal sans cesse relevant la tête est celui de BAAL, "dieu"/ogre babylonien jamais assez repu du sang des humains...Pas besoin d'être un observateur hors-pair pour en détecter des versions contemporaines...

A ceux/celles qui se demandent comment interpréter tout celà, ou qui seraient tentés de se décourager, on ne peut que conseiller la lecture de l'"Apocalypse" (désignation aux antipodes du titre d'un film à succès). Ce livre de visions spectaculaires, écrit rapidement (vers 95 de notre ère).

Cet ouvrage dont le texte est assez court (20 à 30 page selon les formats) mais ardu - il est bourré de références scripturaires à l'Ancien Testament (ou Bible hébraïque), et ne peut devenir éclairant qu'en allant chercher et consulter les dites références - clôt le classement organique de la Bible chrétienne.

Ne chom ket an "diaoul"/"droug" hep fiñval nag ober e droioù-gamm...ne vern e vefe e wiskamant.

Christine Churie-le Goal
Samedi 10 novembre 2018

En fait , les puissants pensent pouvoir bientôt migrer sur la lune ...

Qu'ils aillent faire la guerre aux étoiles !

Nous aurons enfin le paradis .... , sans eux !

Reun Allain
Samedi 10 novembre 2018

Je partage évidemment l’essentiel du point de vue sur le fonds mais je tique un peu sur le terme « souverainisme » coupable de toutes ces fautes. Exit donc les mots souverainisme après nationalisme, indépendantisme, autonomisme et même régionalisme.

Si les mots ont un sens par quoi donc qualifier les revendications des Nations minoritaires ou Nations sans Etat comme la Bretagne ? Il me semblait que le mot « indépendantisme » leur était refusé sous prétexte que personne n’est strictement indépendant sauf à être propriétaire de toutes les ressources de la planète. A l’inverse le sens de « souverainisme » bien compris diffère de « l’indépendantisme » dans la mesure où il indique qu’on est souverain dans le choix de nos dépendances, de nos alliances, de nos relations extérieures. Ce terme me paraissait bien adapté en Bretagne à nos revendications d’émancipation et je ne voyais qu’il pouvait se confondre avec le jacobinisme, l’impérialisme ou le colonialisme.

Cela étant il faudrait donc se mettre d’accord sur un terme qui nous correspond sachant que le « régionalisme » qui ayant été remis en selle après l’autonomisme pour ne pas effrayer « l’honnête républicain » s’assimile de fait à une soumission au grand maître.

Didier Lebars
Samedi 10 novembre 2018

Autrefois il y avait l'église (en Bretagne) et le concret quand on était sorti. Il y avait la confession pour les peches. L'église a disparu et l'on se retrouve avec ces articles : masturbation intellectuelle, defonçage de porte ouverte, victimisation, repentance. La victimisation implique que quelqu'un va aider par pitié, QUI ? Les fonctionnaires EU, Moscovici ? Il vaudrait mieux retourner dans les églises, là au moins on n'accuse pas autrui pour ses propres problemes. "Aide toi, le ciel t'aidera."

Depuis qu'il y a des civilisations, il y a eu des Verduns, l'échelle varie selon les moyens techniques. Churchill disait aimer la guerre. Un historien belge a conclu que l'homme aime la guerre.

L'histoire de la Bretagne ce fut quoi sinon du souverainisme et des guerres ? Regionalisme, nationalisme, souverainisme, autonomisme ... ce sont des synonymes politiques. Regionalisme étant le dernier terme politiquement correct. Aujourd'hui encore le Figaro parle de monuments aux poilus régionalistes. Alors qu'il y a clairement des monuments nationalistes : basques, bretons, et flamands...

Après Verdun, le grand gagnant est USA qui a pris la 1ere place mondiale. Trump vient celebrer ce statut incontesté depuis 100 ans. Et ceux qui contestent ce statut sont encore plus nationalistes et ils célèbrent Mao (son portrait est sur tout les billets de banques).

Dominig YVON
Dimanche 11 novembre 2018

Très bon texte et très bon analyse.

Sur l'appellation, Yves François Le Coadic avait écrit un texte , il y a assez longtemps, nous décrivant comme nationalitaire suivant la définition : des représentants d'une nation sans état.....

Le mot est peu connu , mais il a l'avantage de différencier: les Ecossais des nationalistes Anglais , les Catalans des nationalistes Espagnoles , les Bretons, Basques , Corses, Alsaciens.... des jacobins ultranationalistes frañcais......

Et nous différencie de ce que décrit justement Yvon Ollivier dans son texte, c'est à dire toutes ces parties sombres des différents nationalismes Européens d'abord , puis mondiaux....

Yannig Baron
Dimanche 11 novembre 2018

Il y a 15 jours es Allemand organisaient un grand concert à Berlin pour la Paix en y invitant tous les chanteurs et musiciens d'Europe. Il furent 2000 à participer. Il y a 30 déjà que les Anglais organisent des commémorations en y invitant tous les pays y compris les Allemands. C'est à ce titre que mon épouse et moi y furent invités par Yéhudi Ménuhin et le Duc de Kent pour présenter Yann-Ber Kalloc'h et son oeuvre il y a 30 ans.

En France ils continuent à faire des commémorations militaro/nationalo/franchouillades et à à apprendre aux enfants "Aux armes citoyens, formez vos bataillons... pour verser du sang impur dans nos sillons..." Qu'ils continuent à vendre des armes pour tuer un maximum de gens au Yémen, et ce jour même, à refuser à quelques collégiens à passer quelques épreuves en breton au bac.

La Question est: Quand allons nous nous réveiller, nous Bretons ? Yannig Baron

Jacques
Mardi 13 novembre 2018

Je partage également l'analyse de Reun Allain, je me demande si l'utilisation du terme ''souverainisme'' n'est pas utilisé à contre sens dans une définition détournée ou réécrite typique de la République.

L'article n'aurait-il pas été plus efficace en décrivant le principe de l' ''Etat-Nation'' versus le principe d'une ''Nation pourvue d'un Etat''?

Car si en apparence par l'utilisation de mots identiques cela ne ressemble qu'à une simple reformulation, dans les faits il s'agit d'un principe totalement différent car inversé...

Pour l'Etat-Nation : l'état est souverain y compris devant le peuple donc devant la démocratie,

Pour la Nation pourvue d'un Etat : le peuple est souverain y compris devant l'état...

(Pour illustrer : Je me souviens d'un échange entre un élu hexagonal et une écologiste allemande au sujet de l'utilisation de l'armée au Mali/Syrie... l'élu hexagonal saluait le modèle Républicain qui permettait à une seule personne (le pdt) d'utiliser l'armée dans une opération de guerre ce qui selon lui était une source d'efficacité... ce à quoi l'Allemande lui a répondu qu'une opération de guerre avait pour conséquence inévitable de tuer des gens au nom de la protection du peuple et que lorsqu'on tue des gens au nom du peuple il est préférable de demander l'avis au peuple... Pour mémoire en Bretagne indépendante, le Duc pouvait utiliser l'armée dans une guerre mais il le faisait avec son financement personnel... s'il voulait utiliser l'argent public pour cette guerre il devait obtenir l'accord du parlement de Bretagne ce qui n'était pas acquis d'avance...)

J'ai constaté depuis longtemps qu'au sein de mouvement breton les définitions (internationales) des mots sont mal connues et mal maitrisées, donc mal utilisées...

Du fait en Bretagne utiliser le mot ''nation'', ''national'', ''nationalisme'', ''souveraineté'', ''indépendance''... pose problème alors qu'ailleurs en Europe ces mots sont d'un usage courant et parfaitement assumé...

Par exemples : En Corse/Écosse/Catalogne s'affirmer ''nationaliste'' ne pose strictement aucune difficulté que l'on soit de gauche ou de droite... tout en sachant parfaitement faire la distinction avec l'usage détourné de ce même mot par la République (police nationale, marine nationale, unité de la nation... etc...)

Idem pour le mot ''indépendance''... et ce n'est pas sans raison si l'une des plus belle définition de ce mot provient des Kanaks et non des Bretons... : ''L'indépendance c'est la possibilité de choisir ses interdépendances...''

Du fait quand j'écoute un nationaliste/indépendantiste corse/écossais/catalans ou kanak s'exprimer, je constate que le discours est bien plus profond, réfléchi, maîtrisé...

Donc pour moi, le souverainisme est totalement légitime quand il exprime la primauté d'expression d'une nation...

Par contre, il devient en effet un problème majeur qu'il exprime l'inverse, c'est à dire que cette primauté revient à état (c'est à dire à une simple structure administrative) comme avec l'Etat-Nation...

(une démarche que l'on retrouve aujourd'hui dans le rôle des élus qui est de faire accepter par les citoyens les orientations de l'état... Alors qu'en démocratie leur rôle est exactement l'inverse...)

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