
À l’issue du premier tour des municipales, le président du Parti Breton met en avant l’arrivée d’une nouvelle génération de candidats et revendique une stratégie d’implantation locale sans accords avec les partis nationaux. Il appelle également à faire barrage à certaines alliances de gauche dans plusieurs villes bretonnes.
[ABP] Pourriez-vous présenter le Parti Breton pour ceux qui en ont jamais entendu parler ?
[Mathieu Guihard] Hé bien, le Parti Breton est un acteur politique qui tient son cap depuis plus de 20 ans, grâce à ses militants de terrain et à ses élus locaux. Notre projet politique, qu'on peut résumer par "la qualité de vie bretonne", passe par la case institutions. Nous voulons doter à nouveau notre pays de ses propres outils institutionnels : gouvernement, Parlement, services publics, Cour des comptes... bref les instruments permettant d'être en responsabilité et de défendre efficacement les intérêts économiques, sociaux et culturels du peuple breton. Et je précise : avec une vraie autonomic budgétaire, donc en supprimant le racket financier parisien actuel. Les institutions en place en Bretagne (les conseils régionaux dits "Bretagne" et "Pays de Loire", et les 5 départements) fonctionnent mal et se superposent. Ils arrangent bien les partis parisiens, d'où leur miantien. Nous voulons doter la Bretagne d'une collectivité unique regroupant conseil régional et conseils départementaux dans une Bretagne réunifiée. Ces outils institutionnels sont la clés d'une politique réaliste et ambitieuse de défense de la qualité de vie bretonne, qui est le cœur de notre combat politique. Nous sommes un parti généraliste et intervenons en matière de logement, de transports, de sécurité, de culture, de fiscalité, d'activité économique et d'emploi, de services publics dotés des moyens adéquats. Notre boussole est démocrate et responsable. Nous voulons une Bretagne belle et prospère, heureuse et fière, ouverte sur le monde qui l'entoure et reconnue comme nation moderne.
[ABP] Les observateurs de la vie politique bretonne ont remarqué que des jeunes ont rejoint le Parti Breton, s'agit-il d'un renouvellement de générations ou un espoir d'une véritable percée politique dans les prochaines années ?
[MG] J'espère les deux ! C'est vrai qu'une nouvelle génération de jeunes militants, qui s'investit au Parti Breton ces dernières années, vient de prendre part sans complexe aux élections municipales. Ils ont apporté leur énergie, leur fraîcheur et leur conviction bretonne chevillée au corps, pour défendre le cadre local et la qualité de vie à laquelle les Bretons sont si attachés. Nous avons aussi plusieurs femmes qui se sont portées candidates pour la première fois. Ce sont autant de signes positifs pour l'avenir. et un gage d'implantation locale pérenne.
Nos candidats sont un mélange d'élus chevronnés et de nouveaux venus. Ils sont présents dans des communes rurales, des villes moyennes et de grandes villes. Ainsi, pour la première fois, nous avons présenté des candidats à Nantes, Saint-Brieuc, Brest... Je tiens à souligner aussi le travail remarquable effectué par Jacky Flippot à Blain, pendant 4 mandats et sous deux maires différents : noms de rues, charte "Ya d'ar brezhoneg", classes publiques bilingues. tourisme, arts et culture au Château de la Groulais, jumelages, dernièrement encore le château d'eau... Il boucle une belle carrière d'élu local, un exemple pour nous tous. Le Parti Breton est aussi vecteur de cette transmission entre les générations de l'Emsav.
[ABP] Il y a t'il eu des négociations avec d'autres partis ?
[MG] Non, aucune négociation. Il s'agit d'une élection locale, et il aurait de toute façon été étrange pour le Parti Breton de négocier avec les états-majors parisiens des partis politiques. C'est vrai que ces partis, de droite, de gauche, du centre ou des extrêmes ont souvent négocié entre eux des places, mais ce n'est pas notre manière de fonctionner ni notre façon de faire de la politique. La tambouille, très peu pour nous ! Nous regardons avant tout les femmes et les hommes des listes qui se constituent, et nous travaillons avec ceux dont le projet correspond à ce que nous défendons en matière de logement, de mobilités, de sécurité, de propreté, de commerce, d'urbanisme, d'école, de culture etc.
Je tiens à souligner un fait remarquable. Je me réjouis de constater qu'à Saint-Avé, les sections locales du Parti Breton et de l'UDB ont travaillé ensemble pour la même liste, malheureusement battue par la jacobine Anne Gallo. Comme quoi c'est possible. Du reste, cela avait déjà été le cas à Plouha en 2020. Je sais que de nombreux militants de terrain de l'UDB souhaitent que nous travaillions ensemble aux différentes rendez-vous électoraux et dans les conseils d'élus. Il est dommage que les dirigeants y soient opposés, c'est contre-productif pour tout le monde, et surtout pour la cause bretonne. Mais je veux rester optimiste, ça évoluera peut-être.
[ABP] Quels sont les résultats du Parti Breton au premier tour de ces municipales ?`
[MG] Nous sommes entre les deux tours mais d'ores et déjà nous avons plusieurs élus à Pluméliau-Bieuzy, Guérande, Vern-sur-Seiche, Evran, Saint-Michel-Chef-Chef... Nous nous sommes intégrés dans plusieurs autres listes qui n'ont pas été qualifiées pour le second tour ou dont notre candidat n'a pas été élu, parfois à quelques places près comme à Saint-Avé. Mais il se pourrait bien que notre jeune candidat accède au conseil municipal assez rapidement. A suivre ! Enfin, nous avons soutenu certaines listes qui nous paraissaient intéressantes, comme celle du maire sortant autonomiste Yvan Moullec à Plouhinec, réélu dès le premier tour.
[ABP] Vous avez 6 candidats toujours en lice pour le second tour ?
[MG] En effet, et nous sommes pleinement mobilisés à l'heure actuelle pour ce second tour, qui aura lieu dimanche. A Rennes, nous sommes présents sur la liste d'union conduite par Charles Compagnon, d'inspiration girondine assumée, exempte de toute intervention parisienne ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Elle fera face à la liste d'apparatchiks de gauche et d'extrême-gauche menée par Nathalie Appéré, au bilan catastrophique. Autre point chaud Nantes, où nous sommes présents sur la liste menée par Foulques Chombart de Lauwe, un homme ouvert à la question de l'identité bretonne de Nantes et qui soutient sans ambiguïté l'enseignement en breton par exemple. C'est la première fois que nous nous présentons aux municipales à Nantes, une ville symbolique évidemment et très convoitée. Face aux compromissions de Johanna Rolland avec l'extrême-gauche, une victoire de la liste "Vivre Nantes" serait une bonne nouvelle pour Nantes et son esprit d'entreprise bien connu, aujourd'hui mis en danger par la cadeau que la numéro 2 du PS vient de faire à LFI. Nous soutenons également la liste de centre-droit conduite par Denis Chéreau face au maire sortant PS David Samzun, opposé à la Réunification. Nous avons deux candidates sur la liste "Aimons Saint-Brieuc" menée par Victor Bonnot, dans une quadrangulaire inédite. Il reste aussi les listes "Fréhel un cap pour demain" et "Langueux Demain", où nos candidats défendent un projet de terrain pour leur ville, sérieux budgétairement, avec des aspects culturels, sociaux, de mobilité et d'accompagnement des commerçants. Je pense notamment à notre jeune candidat de 19 ans qui va peut-être rentrer au conseil municipal, on croise les doigts !
[ABP] Le PB donne-t-il des consignes de vote pour le second tour ?
[MG] Nous appelons tous les électeurs concernés à voter pour les listes que je viens de citer. Je peux rajouter la liste "Bonjour Séné!" à laquelle participe notre ami Jean-Jacques Page, et Christian Troadec à Carhaix, qui fait face à la coalition sans vergogne des partis parisiens de droite comme de gauche. Nous appelons aussi à faire battre les alliances de la honte entre le PS et l'extrême-gauche à Brest, Lorient et Nantes, avec la bénédiction des Verts. Car s'il faut rester vigilant face aux tentatives d'implantation du Rassemblement National en Bretagne, qui reste limitées à quelques qualifications de second tour à Fougères et Lorient, elles sont incomparables avec celles de l'extrême-gauche qui s'implante massivement dans nos villes. Pensez qu'à Rennes, les 6 listes qui se revendiquent toutes de la gauche révolutionnaire ont fait plus de 27% des voix au premier tour ! Le RN a fait un modeste 6,6%, bien loin de ses résultats dans ses fiefs français. A Nantes, je salue la décision du premier adjoint de Johanna Rolland, du Parti Radical de Gauche et de Place Publique qui viennent de partir de la liste de la "gauche" qui s'est vendue à LFI. Je m'étonne d'ailleurs que les autres composantes de la liste ne fassent pas de même. "Mat eo ar soubenn war e seblant ! " Clairement le système PS nantais doit être battu dimanche. Les Bretons méritent des élus qui leur correspondent.
Commentaires (2)
Félicitations au Parti Breton pour sa position claire qui élimine toute compromission avec les partis jacobins nationalistes français. Cette attitude finira par payer contrairement à la stratégie collaborationniste dans laquelle certains se perdent depuis 60 ans avec les résultats désastreux pour la Bretagne que l’on connait.