Motocultor, les élus morbihannais vont-ils fusionner avec le Metal comme en Loire-Atlantique ?

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Chronique
Par Eric An Eost

Publié le 11/09/15 11:21 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Le Motocultor 2015 a réussi l'exploit cette année de devenir le 2ème festival de Metal en France. Juste après le Hellfest, en moins de 10 ans. Hellfest … cet énorme festival européen au budget de 16 millions d'euros et qui en génère dorénavant 11 pour les seules retombées directes dans le vignoble nantais.

Ici en Morbihan, le travail patient de Yann le Baraillec et son équipe positionne dorénavant le Motocultor (il faut bien comprendre que le Motocultor n'est pas un festival généraliste comme les Charrues, les Eurockéennes, Rock en Scène etc, mais un vrai Festival spécialisé), dans les 45 événements qui dépassent 15 000 entrées en France. En effet les 22700 spectateurs de cette édition ont confirmé que le cours du précieux Metal est en hausse constante depuis 3 ans en Bretagne. L'alchimie va-t-elle prendre du côté des élus depuis l'explosion du Hellfest à Clisson ? Si la plupart de ceux-ci ne connaissent rien à l'évolution du Metal depuis Cream, Led Zepelin, AC/DC et Sepultura, il faut juste leur expliquer que les valeurs heavy du domptage de l'électricité sont bien ancrées au c½ur de millions de fans dans le monde entier. Et qu'ils sont prêts à venir de loin pour un festival spécialisé s'il est bien organisé et orienté. Certains élus du Pays de Vannes ne sont plus insensibles aux «Hell's Bells» depuis cette année. La maire de Saint-Nolff, Nadine le Goff-Carnec, présente sur le site le dimanche, a pris la mesure du changement de braquet que le festival a pris en 2015. En backstage devant les 4 Tour Bus présents, dans la fosse au début du concert de Kataklysm, dans le bar VIP et presse ou plus de 100 journalistes spécialistes et généralistes étaient accrédités, bref sur le terrain. Car c'est là et seulement là que que l'on peut prendre conscience de la vraie nature des « métalleux ».

Un développement stratégique

Ainsi l'espoir de la signature d'une convention de partenariats sur plusieurs années avec les collectivités locales verra enfin peut-être le jour à l'automne 2015. Le site de Saint-Nollf se prête en effet parfaitement à la pérennisation d'un événement positionné sur une jauge de 25000 personnes. Tant mieux, car le festival a tout intérêt à rester sagement dans l'ombre du Mega rassemblement de Clisson et rebondir, tel Voyager 1 et 2 sur les orbites de ses différentes éditions pour continuer à prendre de l'assurance. Ceci afin de capter le public européen, présent seulement à 4% pour le moment à Saint-Nolff. Afin de conforter également ses relations réseaux pour signer les têtes d'affiche d'une année sur l'autre. Afin d'affiner la programmation grâce à la troisième scène implantée cette année, pari réussi (35% d'entrées en plus). Enfin, l'atout fort du Motoc' est de s'assurer une bonne réputation de développeur de Metal Français, par le biais de tremplins organisés au long de l'année. Celui-ci doit maintenant s'assurer de l'augmentation d'aides publiques, pour pouvoir apurer en 5 ans les dettes d'avant 2012. Aussi pour avancer les arrhes de certains groupes dès cet automne pour la future édition. En effet les annonces se font de plus en pus tôt sur ce marché spécifique et concurrentiel. Décembre, cela commence à être tard, aussi incroyable que cela puisse paraître. Avec cette assurance publique les partenaires privés seront plus faciles à convaincre et tout s'enchaînera.

L'image nerf de la guerre

Des équipes professionnelles sont venues tourner des images cette année, en vue d'un futur film sur toute l'histoire de festival. Les media sociaux et les Youtube sont devenus des espaces stratégiques également pour le développement de ces événements. On en revient toujours au Hellfest …, on ne compte plus les heures et les heures de film, de reportage télé, de direct, d'interviews, des artistes, des élus, des organisateurs, qu'internet et les media internationaux relaient depuis 2007 sur Clisson.

Un phénomène mondial et européen

Si le Metal et ses retombées économiques étaient déjà bien présentes depuis longtemps chez les Britanniques, en Allemagne, au Danemark, Suède, Finlande, Suisse, Belgique … Clisson a boosté le phénomène en France. Aussi, du côté de Paris les choses sont en train de bouger à vitesse grand V. Des rumeurs persistantes annoncent en effet la délocalisation d'un second DOWNLOAD festival, héritier du Monsters of Rock de Leicestershire et détenu dorénavant par Live Nation. Cette multinationale Californienne, Live Nation, surpuissante et très gourmande, opérant sur toute la chaîne du spectacle, organiserait en juin 2016, (une semaine avant le Hellfest…), du côté de l'Hippodrome de Longchamp, un Download Francilien.

L'avenir alchimique

Les élus de l'agglomération de vannes vont-ils saisir le train du Motocultor en marche. La Bretagne se prête totalement à l'état d'esprit du Metal, indépendance d'esprit, exigence qualité, un goût certain également pour l'esprit critique, l'innovation et la recherche, débat qui fait rage au sein de la communauté Metal mondiale. Il ne reste qu'à inviter Dave Mustaine de Megadeth et Steven Wilson de Porcupine Tree pour en débattre, à Saint-Nolff.

En conclusion, relisons un extrait de l'interview de Jeff Beck, donnée à Paola Genome pour l'Express, en 2009 :

P. G : «Au sein de Yarbirds, puis du Jeff Beck Group, vous avez utilisé de nouveaux sons, ce qui vous a mené jusqu'à créer le heavy metal...»

Jeff Beck : « Cette idée a surgi par hasard : un jour, je me suis trop approché de l'ampli avec ma guitare. J'ai entendu une réverbération, un écho. Le son se retournait contre moi comme un monstre : fort, distordu, suraigu. Dérangeant. Ma première réaction a été d'éteindre l'appareil. Mais, ces bruits me fascinaient. Ils évoquaient l'étrangeté de la musique de Parker, les sons intergalactiques de John Coltrane. J'ai commencé à les utiliser comme des notes, ce qui était difficile car il fallait les dompter. De ma guitare sortaient des cris de saxo, des sons graves de haut-bois, des chants d'oiseaux... Mon disque Beck-Ola(1967), qualifié de heavy metal, est le reflet de ce cheminement : des improvisations couronnées de la voix de Rod, écorchée, libre, abrasive comme du papier de verre. Sur la pochette, j'ai mis la pomme de Magritte, un tableau énigmatique et abstrait, comme le jazz. A l'origine du heavy metal, il y a le jazz, pas le rock ! »

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