Mort de François Le Mouël, le tombeur de la French-connection

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Chronique
Par marc Patay Lejean

Publié le 7/10/15 10:35 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
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François le Mouël

Une légende de la police vient de disparaître. "François Le Mouël", 88 ans, ancien directeur régional de la PJ, est mort ce lundi 5 octobre, victime d'un accident de la route survenu en région parisienne.

On doit à ce Breton le démantèlement de la « French connection ».

Né en 1927 à Kerien (Côtes-d'Armor), il fait ses études en Bretagne, devint officier de police, commissaire; puis créa en 1964 la célèbre « antigang », la fameuse « BRI » ou Brigade de Recherche et d'Intervention, (1) qui se proposait de « surveiller les bandes organisées de la grande criminalité afin de les interpeller quelque temps après le passage à l'acte ». Ainsi naquit la «police d'initiative» : «au lieu de partir du crime pour remonter au criminel, les policiers effectuent de longues surveillances et surprennent les malfaiteurs quand ils passent à l'acte.»

« L'affaire du Palais-Royal », illustre sa nouvelle méthode. De juin à décembre 1967, la BRI surveilla un groupe de malfrats qui évoluaient entre la Banque de France et la Palais Royal, en vue de dérober la recette des Grands Magasins du Louvres (fermés en 1974). Fin décembre, l'attaque semblait imminente. Les flics interviennent, bloquent les camionnettes et neutralisent trois gangsters. En une minute, les policiers sont maîtres de la situation. Un ancien inspecteur, chargé de la sécurité sort des grands magasins du Louvre et dit : « M. Le Mouël, que se passe-t-il ? On allait sortir avec la recette de Noël pour la transporter à la Banque de France. « 

« On ne faisait pas comme ça avant. Personne n'avait suivi des gars pendant six mois pour les cravater au dernier moment ». (2)

« On les surveille, on les filoche et on les arrête », a dit Le Mouel, lequel, comme chacun le sait, ne lâchait jamais son os … Mais la justice ne suit pas. Pas de tentative, car pas de commencement d'exécution, martèlent les magistrats. Ce qui amènera Le Mouel à privilégier le « flag » (flagrant délit) avec tous les risques que cela comporte. Le Monde (3)

"La French Connection"

Le trafic de drogue, à destination des États-Unis, organisé par des mafieux corses notamment, plonge ses racines loin avant guerre. Il faut rappeler qu'au 19è siècle, des états occidentaux tels que l'Angleterre et la France, imposèrent par la force, et à leur profit, le commerce de l'opium à la Chine, allant même jusqu'à lui faire la guerre (les guerres de l'opium). Ensuite en Indochine, le gouverneur général Paul Doumer créa même une régie (1898) et fit construire une raffinerie d'opium !

En 1960, le trafic atteint son apogée. En 1970, l'héroïne française étant d'excellente qualité, jusqu'à 98% de pureté, la France fournissait 80% de la consommation des États-Unis, via la « Cosa Nostra », causant la mort de plus de 14000 Américains (en 1970). En 1971, « Nixon » fait de la lutte antidrogue une priorité et accusa les autorités françaises de laxisme. « Raymond Marcellin », ministre de l'Intérieur (1968-1974), se décida à agir et à coopérer avec les Américains : de nombreux policiers furent affectés aux brigades des stupéfiants dirigées par le commissaire François Le Mouël, à la tête de l'OCTRIS (Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants) et notamment à Marseille bien que son maire, « Gaston Deferre » ne fut pas enthousiaste. Il était par ailleurs lié aux mafieux Nick Venturi. et Antoine Guérini (Wikipédia)

Outre-Atlantique, la politique du repenti fait des miracles. Les trafiquants préfèrent le programme de protection des témoins aux 30 ans de prison ferme. C'est le début de la fin pour les "intouchables"

En 1972, de nombreux laboratoires de transformation de la morphine-base sont démantelés autour de Marseille, le « juge Michel » envoie en prison nombre de trafiquants. Il le paya de sa vie en 1981 (4).

En 1974 a lieu à Marseille le grand procès de la French Connection. Un premier parrain tombe ; Croce est condamné à 18 ans de prison grâce la nouvelle loi répressive votée en 1970. Ses lieutenants, en fuite ou arrêtés, écopent de lourdes peines. Les règlements de comptes se multiplient. Les polices française et américaine appréhendent plus de 500 trafiquants en 3 ans. Les États-Unis persuadent alors la « Turquie » d'abandonner la culture de l'opium. Le réseau est démantelé. L'Amérique du Sud et l'Asie deviendront les fournisseurs des mafias mondialisées. (5)

La coopération de la France et des États-Unis mit fin, entre 1970 et 1975 à la French- Connection.

"Notes :" 

1. Notice biographique : (voir le site)

2. Interview de Le Mouël par Marc Leplongeon, du 07/11/2013, (voir le site)

3. Blog du Monde : (voir le site)

4. Voir le bon film « la French », 2014, qui se passe en 1974 à Marseille et raconte la lutte du Juge Michel contre la French connection et gaetan Zampa.

5. Site int. france-amerique : (voir le site)

6. The Strength of the Pack, The Personalities, Politics and Espionage ... Par Douglas Valentine : (voir le site)

7. Marseille connection par François Missen : (voir le site)

Voir aussi :
tags : disparitions,,
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Informaticien, marié, aime l'écriture (prose poétique, essais, traduction), la langue bretonne, l'histoire, de la Bretagne en particulier, etc
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