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Mikael Baudu : un réalisateur bretonnant au Kurdistan

Chronique de Kerne Multimédia (porte parole Fanny Chauffin) publié le 15/01/17 19:37

Interview de Mikael Baudu, avant la projection de son film « Kurdistan : un rêve de printemps » ce mardi au cinéma de Quimperlé.

41594_1.jpgGael Le Ny. Images du Kurdistan.

ABP- Tu as réalisé le film « Kurdistan, rêver au printemps », parce qu'invité par les Amitiés kurdes de Rennes. Est ce que le film précédent réalisé en Palestine y est pour quelque chose ?

MB- Oui, effectivement, ce film «Kurdistan, Huñvreal an Nevez Amzer » est avant tout une proposition des Amitiés Kurdes de Bretagne, qui pour la première fois avaient l'occasion d'envoyer une mission au Rojava, le Kurdistan de Syrie. Gael Le Ny avait cependant déjà eu l'occasion de s'y rendre. Je ne le connaissais pas encore à l'époque et lorsque j'avais lu un article sur son premier voyage au Rojava, je rêvais déjà de faire comme lui sans imaginer que cela puisse un jour se réaliser. Finalement quelques mois plus tard, Ronan Le Louarn des AKB me proposait de partir avec cette nouvelle mission parce qu'il avait vu «Lammoù-Kalon e Palestina», le film que j'avais eu l'occasion de réaliser sur la mission du professeur Le Nen et du docteur Brannalec à Jénine.

ABP- La situation a-t-elle fondamentalement changé aujourd'hui ?

MB- La situation au Kurdistan a beaucoup changé depuis le printemps 2015. Pour le pire dans la partie turque, à l'époque une paix fragile tentait de se mettre en place. Quelques mois plus tard, le président Erdogan a rompu ces pourparlers de paix et relancé la guerre civile, en espérant en obtenir un bénéfice électoral.

Dans un pays en guerre, la population se retourne facilement vers l' « homme fort providentiel », et cela a marché. Depuis, la Turquie est plongée dans la guerre. A l'époque, le gouvernement turc soutenait mollement Daesh, l'ennemi de ses ennemis kurdes. Sous la pression occidentale, il a dû abandonner ce soutien, mais en retournant sa veste, il a ouvert la porte au terrorisme islamiste sur son propre territoire, après avoir hébergé ses militants pendant des années.

Du côté du Rojava, le Kurdistan syrien, la situation a bien changé également. Les Kurdes et leurs alliés arabes démocrates sont parvenus à repousser Daesh vers le sud aux portes de Raqua, leur « capitale ». Ils contrôlent désormais une large part du nord de la Syrie avec le soutien de l'aviation occidentale et des forces spéciales américaines et françaises.

En revanche, la réconciliation entre Poutine et Erdogan a permis à ce dernier d'obtenir des Russes l'autorisation d'envahir le nord-est de la Turquie, afin d'empêcher les Kurdes et leurs alliés de chasser Daesh de ces territoires. L'armée turque et ses alliés islamistes, dont certains combattaient aux côtés de Daesh il y a quelques mois, contrôlent un territoire qui ne cesse de s'étendre...

ABP- On est étonné de voir autant de camps de réfugiés. Comment la vie s'organise avec 40.000 personnes déplacées ? L'hygiène, l'alimentation, ... Rien à voir avec les images de Calais, semble-t-il.

MB- Il n'y a pas une situation globale. Chaque camp a ses particularités. Lorsqu'il s'agit d'un camp ouvert par les autorités du pays, il existe un minimum d'hygiène et de nourriture, voire de soins médicaux. Cela varie bien sûr en fonction des pays et des organisations humanitaires présentes sur place. Ce n'est malheureusement pas le cas partout. Il existe beaucoup de camps sauvages au Moyen Orient, mais également en Europe. Ce fut le cas d'Idoméni, à la frontière macédonienne, même si l'ONU et MSF ont tenté d'y soulager la misère. En Grèce, nous avons également vu un camp sauvage s'installer en bordure d'un camp officiel à Athènes, car il n'y avait plus de place, et là, les réfugiés n'avaient rien, pas de nourriture, pas d'eau, pas de toilettes ....

Heureusement que la population locale venait à leur secours. Ce qui m'a le plus étonné en Grèce, c'est la générosité de ces gens qui sont pourtant parmi les plus pauvres de la Communauté Européenne.

ABP- Une femme au début du film dit : «l'Europe nous a abandonnés». Partages-tu son point de vue ?

MB- C'est malheureusement une réalité. Alors que la Turquie jouait en eaux troubles au côté de Daesh, personne ne trouvait à redire qu'un membre de l'OTAN achète du pétrole à Daesh, ou en tout cas, pas officiellement car cette situation a finalement changé.

Lorsque la Turquie s'en est prise aux Kurdes de Syrie, qui pendant longtemps étaient les seuls à pouvoir repousser Daesh, là encore les voix se sont faites discrètes.

Lorsqu'après la tentative de coup d'Etat, des milliers de personnes, des centaines de journalistes et d'élus se sont retrouvés dans les prisons d'Erdogan, là encore, l'Europe s'est faite discrète, craignant bien sûr que la Turquie n'ouvre à nouveau ses portes vers l'Europe.

ABP- D'autres projets sur les routes de l'exil ?

MB- Dans un premier temps, il y a le film « Open the Border » qui va être en montage à partir de la fin du mois de janvier et qui sera présenté à la médiathèque des Capucins à Brest le 4 avril. Un groupe de réfugiés Yezidis, fuyant l'invasion de leur village par Daesh, tente de gagner l'Allemagne dans l'espoir d'un avenir meilleur....

Voir aussi :
©agence bretagne presse

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Docteure en Breton-Celtique à l'Université de Rennes 2 et au groupe Ermine-CRBC, enseignante au lycée Diwan. Autres sites : Tv bro Kemperle et Tvlise Diwan Karaez. Contributrice à l'ABP depuis 2005 : des centaines d'articles, des centaines de vidéos en français, comme en breton.

Vos commentaires :

Léon-Paul Creton
Lundi 16 janvier 2017

Il est réconfortant de constater que parler le breton est vital et gratifiant ...au Kurdistan! Merci Fanny...

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