Menace sur la baie du Mont Saint-Michel
Dépêche de Philippe Argouarch

Publié le 16/02/05 8:27 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Menace sur la baie du Mont Saint-Michel

[ABP] Située entre la Bretagne et la Normandie, la baie du Mont Saint-Michel est un des espaces naturels les plus remarquables d’Europe. Elle connaît les pus fortes marées du monde, après la baie de Fundy (entre les États-Unis et le Canada), et elle voit passer chaque année des millions d’oiseaux migrateurs allant du Nord de l’Europe vers le sud ou en revenant. Elle est bordée au sud par une vaste zone humide : les marais de Dol, écosystème fragile mais bien préservé jusqu’ici de toute pollution importante, urbaine ou industrielle. La baie du Mont Saint-Michel est aussi une importante zone de production ostréicole (les huîtres de Cancale sont réputées depuis le Moyen Âge) et le littoral breton de la baie est également devenu en une cinquantaine d’années un des premiers bassins mytilicole de France (plus de 10 000 tonnes de moules produites chaque année et bénéficiant désormais d’une AOC). Enfin, “Merveille de l’Occident”, le Mont Saint-Michel, visible de très loin de part et d’autre de la baie, est un des tout premiers points d’attraction touristique de France. Classé au patrimoine mondial par l’UNESCO, il attire chaque année plusieurs millions de touristes du monde entier. C’est donc avec stupéfaction et incrédulité que les habitants de la rive bretonne de la baie ont appris, en octobre dernier, qu’un gigantesque projet de traitement de déchets animaux et végétaux se préparait en catimini à Blessin, sur la commune de Saint-Méloir, à 900 m de la commune de Saint-Benoît-des-Ondes et à proximité de la côte. Il s’agit de créer sur un espace de 45 000 m2 un énorme centre de compostage devant traiter 40 000 tonnes de déchets par an, ramassés dans un rayon de 100 km, déchets agricoles (fientes de volailles) et conchylicoles (coquillages et surtout crépidules, ces coquillages parasites dont la prolifération représente une grave menace pour la conchyliculture). Le “père” de ce projet, Maurice Théaud (55 ans), est un entrepreneur de Saint-Méen-le-Grand, près de Paimpont, spécialisé dans le traitement des déchets (société MT Développement) et par ailleurs conseiller général d’Ille-et-Vilaine. Une enquête d’utilité publique a été lancée en novembre et les habitants du secteur ont ainsi pu découvrir la dimension du projet. Leur réaction immédiate a été une réaction de rejet. Les nuisances sanitaires et olfactives d’un tel projet seraient considérables, l’épandage des déchets devraient provoquer en permanence la prolifération de millions de mouches et d’autres insectes, mais , à côté de ces nuisances visibles et préjudiciables au tourisme, il faut redouter les pollutions plus discrètes mais infiniment plus graves sur l’écosystème tout entier. Les conseils des six municipalités directement concernées se sont prononcés contre le projet, de même que ceux de Cancale et de Saint-Coulomb, puis l’agglomération. Sur 1192 signatures recensées durant l’enquête d’utilité publique, 1190 étaient défavorables au projet et deux seulement favorables. En dépit de tout cela, Michel Druais, commissaire enquêteur charge de l’enquête publique, a rendu ainsi ses conclusions le 7 février dernier après deux mois et demi d’ enquête : “J’émets un avis favorable au dossier de demande d’extension de la plate-forme de compostage de déchets organiques”. Les riverains de la baie du Mont Saint-Michel ont cru rêver en apprenant la nouvelle et chacun peut se demander dans quel régime politique nous vivons véritablement, à quoi servent les élus et pourquoi on organise des simulacres de consultation des populations baptisés “enquêtes publiques”. L’indignation est aujourd’hui à son comble et l’association “Sauvons la baie (voir le site) qui a été créée le 12 novembre dernier, est bien décidée à faire entendre la voix des habitants de la côte que l’on a cherché à étouffer.

Bernard Le Nail

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
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