Mélanges poétiques … autour d’Arthur

-- Histoire de Bretagne --

Article de marc Patay Lejean

Publié le 16/02/12 8:21 -- mis à jour le 00/00/00 00:00
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Depuis le commencement, il y a des siècles et des siècles, les légendes arthuriennes ont passionné les foules. La communion avec la nature, le faste et le brio des châteaux, les voyages outre-mer, le funeste attrait de la guerre, les exploits des chevaliers, la magie et le charme qui parent ces vieilles chroniques où la réalité le dispute aux songes, leur ont assuré succès et pérennité. Mais celà ne suffit pas. Derrière les hauts faits d'Arthur, du roi Marc'h, de Tristan, de Guenièvre ou d'Iseult, une poésie puissante nous enivre. C'est là le secret.

Le plus durable chez l'homme, l'amour, est en même temps le plus fragile, il transparait dans ces lignes, où le mythe et la renommée lui font un bel écrin.

En 1220, un abbé, s'adressant aux moines du chapitre, et "voyant que beaucoup, parmi les frères surtout étaient endormis et que certains ronflaient, cria : écoutez, frères, écoutez ! Je vais vous parler de quelque chose de grand et de nouveau, d'un roi, dont le nom est Arthur !", "ils passaient du bon temps et restaient sourds aux choses sacrées, mais furent en émoi dès la mention d'Arthur". Elizabeth Jenkins, The Mystery of King Arthur

"Où ici, dit-il, le louange d'Arthur n'est-il présent ? Qui, je le demande, ne parle d'Arthur le Breton ?, ici même, il n'est guère plus connu que des peuples d'Asie, comme nous en informent les pèlerins revenant des terres de l'Est. Ces peuples le connaissent, comme ceux d'ici, bien que séparés par l'immensité du monde. L'Egypte parle de lui et le Bosphore silencieux. Rome, la cité reine, chante ses exploits et sa guerre, Carthage, sa rivale, Antioche, l'Arménie et la Palestine, célèbrent ses prouesses". Alain de Lille, abbé de Tewkesbury, XIIème siècle

« Mon dieu, combien de profonds fossés … que de pentes traîtresses ? ». John Leland, antiquaire, 1506-1552, visitant Cadbury en 1542 (Le Camelot des légendes Arthuriennes)

Une tombe pour Marc'h, une tombe pour Gwythur, une tombe pour Gugann et, grand mystère du monde, la tombe d'Arthur. "Verses of the graves" du "Black Book of Carmarthen", vers 1250

Puis, dit Arthur, "Si tu ne veux pas rester, tu recevras ce que tu désireras, aussi loin que le vent sèche, que la pluie mouille, que le soleil tourne, que les mers baignent et que la terre s'étende. A l'exception de mon navire, de mon manteau, de Caledvouc'h, mon épée, de Rhongomyat, ma lance, de mon bouclier, de mon poignard et de Gwenhiver, ma femme, par la vérité du ciel et avec joie, tu auras tout ce que tu pourras nommer.

Il y a «Sgilti qui n'use point de routes, autant il y a des arbres, il cheminera sur leur fait. Il y a Clust, qui peut ouir, à cinquante miles, une fourmi marchant de bon matin, et Medyr, qui peut viser entre les pattes d'un roitelet d'Irlande».

Culhwch et Olwen, Mabinogions, vers 1100

Arthur : "Je suis amer que des hommes mesquins comme ceux-ci prennent cette île, après que des hommes si fins, comme ceux là, jadis, la laissèrent". Le rêve de Rhonabwy, Mabinogions, 12è-13è siècle

« Il sera renommé par la bouche des peuples et ses actes seront comme de la chair dont ils se souviendront ». Geoffroy de Monmouth, 12è siècle

«Cet Arthur est un homme digne, non pas d'être rêvé dans ces fables, mais d'être proclamé dans l'histoire véritable, comme celui qui soutint sa chancelante patrie et donna aux âmes éreintées de ses compatriotes, un tranchant pour la guerre » « Les actes des rois d'Angleterre », William de Malmesbury, historien, 12è siècle

"Je veux vous faire un table très équitable, où pourront s'asseoir six cents et plus de vos chevaliers, tout autour et nul en dehors et quand vous partirez, vous pourrez l'emporter et la disposer où cela vous plait; vous ne craindrez pas, jusqu'à la fin des temps, que nul chevalier maussade, à cette table, fut violent, car tous y seront égaux". Quand on essaya cette table, tous les chevaliers s'y assirent et "chacun parlait à son voisin comme à un frère". Brut de Layamon.13è siècle

"La raison ne connaît pas les lois de l'amour"

A l'arrivée du roi, la ville résonna de joyeux accueils, des étoffes de soie furent disposées en guise de décor, des tapisseries étendues par les rues tandis que tous attendaient le Roi … les cloches, trompes et trompettes firent un tel vacarme que le tonnerre n'aurait pu s'entendre, les jeunes filles dansaient devant lui, les flûtes et les cornemuses jouaient, des timbales, tambours et cymbales bourdonnaient ou sonnaient, la foule se pressait et criait à l'unisson, "bienvenue au Roi des Rois, au Seigneur des Seigneurs ! "

Erec se coiffa d'un haubert « fait d'argent et de très fines mailles à triple tessiture, si habilement conçu, je vous assure, que personne n'y était moins bien que dans une chemise de soie mise sur un maillot »

"voilà un chevalier démolissant le haut d'une colline, monté sur un puissant destrier, qui courait à une telle allure, qu'il broyait les pierres sous ses sabots et que les étincelles fusaient dans toutes les directions comme si ses pieds fussent enflammés !".

"Tirant leurs épées des fourreaux, chacun blessa et fit du tort à l'adversaire, il n'y avait pas de merci, d'aucun côté. Ils assenaient de tels coups sur les casques que des étincelles en volaient et les épées se levaient à nouveau, elles fendaient les enseignes, elles frappaient les hauberts, en quatre endroits, elles tombèrent sur des chairs à nu ! Si les épées avaient continué, il n'y eut point de retraite, la bataille se serait terminée par un mort, peut être." Quand les chevaliers eurent gagné en respect lors de cette joute, "chacun déchira des lambeaux de sa chemise et pansa les blessures adverses".

"Il va à son lit, vers la reine qu'il adore et s'agenouille devant elle; il l'aime plus que les reliques des Saints et la reine tend ses bras vers lui, l'embrasse, le presse tendrement contre ses seins, l'invite en son lit … son amour et son cœur s'épanchent, Lancelot atteint à tous ses désirs, il la tient dans ses bras, elle pareillement. Leur joute est si douce, baisers et caresses, qu'une joie merveilleuse fond sur eux, jamais ouïe ni connue. Mais cette joie, je ne la dévoilerai pas, dans cette histoire, où il n'y a place; car du meilleur nous ne parlerons ».

«Lancelot, cette forêt est, dans ses profondeurs, vaste comme un labyrinthe; un chevalier peut y chevaucher tout le jour et n'y jamais trouver refuge».

Chrétien de Troyes, poète, 12è siècle

« Les montagnes étaient de cristal, rondes comme balles, sur lesquelles se dressait un fort château, avec une porte solide comme le diamant et en dehors, toute d'or comme une nuée d'étoiles ».

Von Zatzikhoven, Lancelot, 12-13è siècle

« Courage et foi, foi vaine et vain courage ». Ambroise. Poète, 12è siècle

«Lancelot est guéri. Au moment de quitter Sir Bernard, Elaine lui dit :

- Maintenant, gracieux et courtois chevalier, ayez de la pitié pour moi et craignez que par amour, je n'y laisse ma vie

- Que voudriez vous que je fasse ? dit Lancelot.

- Je vous désire comme époux

- Gracieuse damoiselle, je vous remercie, mais, vraiment, je ne suis pas fait pour le mariage

- Alors preux chevalier, dit-elle, seriez-vous mon amant ?

- Jésus me le défends, ainsi voilà comment je remercierais votre père et votre frère, bien mal … pour toutes leurs bontés

- Hélas, dit-elle, je préfère mourir

- Vous ne le ferez pas, et il lui promit, en raison de son amour, de la doter de mille livres chaque année, pour elle et le chevalier qu'elle épouserait

- Elle refusa tout, désirant être sa femme ou sa maîtresse

- Gracieuse demoiselle, cela je ne le puis

Alors elle poussa un cri déchirant et s'évanouit, pendant neuf jours, elle refusa de manger, boire ou dormir, puis ayant eut l'accord de son père pour l'étonnant projet qu'elle avait conçu, le dixième jour, elle mourut. Une lettre pour Lancelot était serrée dans sa petite main et son corps, richement vêtu, fut disposé dans une barge drapée de noir, qui descendit le fleuve, vers Westminster.

- Car madame, l'amour ne doit pas être une contrainte, et doit naître dans le cœur

- Cela est vrai et l'amour d'un chevalier est libre et ne se commande pas, sinon, il se perd, lui dit le roi

Puis, la reine fit demander son pardon à Lancelot.

- Ce n'est pas la première fois, dit Lancelot, que vous vous êtes montré désagréable envers moi, et sans raisons, mais, madame, toujours l'ai-je enduré, quoique que fusse ma tristesse.

Le roi fut étendu dans la barge et sa tête posée sur les genoux d'une dame; puis la reine dit

- Oh !, cher frère, pourquoi avez-vous tant tardé ? Hélas, cette blessure à la tête vous a grandement glacé

Bedivere cria,

- Oh !, mon seigneur, que vais-je devenir ? …

- Confortez vous, lui dit le roi, faites pour le mieux, et sur moi, il ne faut point compter; je vais en Avalon, pour guérir ma blessure, et si vous êtes sans nouvelles, priez pour mon âme.

«Contre cet homme et moi, cette guerre fut forgée, la mort du plus noble des chevaliers, en raison de notre amour, fut celle du meilleur des seigneurs … aussi, Lancelot, je vous demande et vous implore de tout cœur, pour l'amour qui toujours fut entre nous, de ne point me revoir … parce que je vous ai aimé, mon cœur en souffrirait, car par vous et moi, la fleur des rois et chevaliers fut coupée. Allez, retournez dans votre royaume, prenez-y femme pour y vivre dans la joie et la félicité, allez, priez ardemment afin que j'amende ma vie».

Sir Thomas Malory, 15è siècle, Le Morte d'Arthur

«Tous ceux qui connaisse le roi ressentent durement ces désordres, sachant sa noblesse et sa renommée, qui surpasse celles de tant de princes depuis le roi Arthur».

L'ambassadeur Eustache Chapuis écrivant à Charles Quint. 16è siècle


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Informaticien, marié, aime l'écriture (prose poétique, essais, traduction), la langue bretonne, l'histoire, de la Bretagne en particulier, etc
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