Marion Thomas : « Paris n'est pas le centre de la France, on peut réussir de partout »
Interview de Philippe Argouarch

Publié le 28/09/10 15:07 -- mis à jour le 09/06/18 08:43

Marion Thomas est une entrepreneuse née à Saint-Brieuc et qui n'a pas peur. Son dynamisme et son enthousiasme brillent dans ses yeux de Bretonne passionnée et passionnante. Après des études supérieures de commerce et un cursus HEC d'entrepreneur, terminé en 2004, elle se lance dans le nouveau monde de l'internet, des réseaux et des start up. Débordante d'énergie, d'idées, et même de savoir faire, elle n'arrête pas d'étonner. À 29 ans, elle a déjà fait le tour du monde, rencontré les acteurs français de l'internet les plus dynamiques et lancé son entreprise.

Marion a épousé le XXIe siècle à bras le corps, plongeant corps et âme dans ces nouvelles technologies de communication et de réseaux qui sont les nouvelles frontières de l'aventure. Que ce soit dans un clip où elle danse dans les rues de Paris – une vidéo qui a fait avant elle, le tour du monde – ou dans la promotion de tel ou tel concept, avant tout, Marion sait communiquer et maîtriser l'image. Elle a le secret d'une sauce piquante (nom de son agence sospeakante!) qui relève la fadeur généralisée. Tournée vers le futur, Marion n'en reste pas moins ancrée dans sa Bretagne natale et comme elle le dit si bien " Je suis une fille de la mer, de la campagne, et le bruit des vagues et des oiseaux m'inspirent plus que ceux des klaxons ". Marion a gentiment accepté de répondre aux questions d'ABP.


[ABP] Vous avez été responsable de Seesmic-France, comment s'est passée cette aventure ?

Aventure extraordinaire, car j'ai été plongée totalement et très rapidement dans le microcosme fermé des blogueurs et autres entreprenautes à succès comme Monsieur Simmoncini, fondateur de Meetic, Monsieur Robin, fondateur de 24h00.fr, Pierre Kosciusko-Morizet, fondateur de Price Minister, bref de belles réussites françaises qu'il ne faut pas nier...

Je devais développer les partenariats pour que Seesmic (vidéo conversation) soit visible et présente un peu partout comme nouvel outil de discussion médiatique sur internet. J'ai donc rencontré tous les médias, organiser des événements avec des stars et des co-sponsorings avec des marques... Seulement Seesmic et Loïc ont été pris par la crise et une vague de licenciement a touché l'équipe, ralentissant la production et j'avais beaucoup de partenaires qui attendaient la techno. J'ai eu la chance d'être gardée dans l'équipe afin de procéder à la réorientation de Seesmic, qui est aujourd'hui avec Seesmic Desktop un client de Twitter, permettant de recevoir instantanément toutes les nouveautés.

C'était très difficile de travailler seule en France et d'être en décalage avec San Francisco, seulement c'était un vrai challenge réussi pour ma part ! Mon réseau s'est agrandi et ma confiance aussi, j'ai donc décidé de quitter Seesmic et de créer ma propre société de conseil en webmarketing, étant donné que je maîtrisais tout le marché après une année au centre de tous les sujets.


[ABP] Que pensez vous de la conclusion de Loïc Le Meur que rien d'innovant ne peut être créé en France dans le secteur internet (d'où son départ pour la Californie pour créer Seesmic) ? Les choses ont-elles changé depuis cette conclusion de Loïc en 2007 ?

Loïc a raison. La France est morose, je le pense aussi. Je reviens de l'université d'été du Medef et encore cette année en 2010, on pouvait conclure que la France manquait d'audace. Les Français ont la critique facile et n'aiment pas les gens qui réussissent ou qui gagnent de l'argent ! Je n'aime pas non plus cette mentalité et je la partage avec Loïc, je comprends donc son départ, pour passer la "seconde", pour rentrer dans la cour des très grands... Ceux qui n'ont peur de rien. La France est dans un système de précaution et d'assistanat... Cela rassure mais cela ne pousse pas à la prise de risque. Et malheureusement sans prise de risque, on ne peut réussir. Comme dans l'amour !


[ABP] Vous revenez d'un tour du monde qualifié de "participatif" ou de "web 2.0", pendant le voyage vous passiez à la radio, teniez un blog et quoi d'autre de participatif ?

Participatif car j'avais installé sur mon site web : www.youandme-aroundtheworld.com tous les nouveaux usages et outils web2.0 pour répondre à cette promesse.

Tout le monde pouvait me suivre, chaque jour en vidéo, me laisser des messages, me poser des questions, me soutenir financièrement, et même me lancer des défis. Je suis passée à la radio et à la TV effectivement, il fallait de la communication pour que les gens prennent l'habitude de venir consulter mes aventures. Des centaines de personnes ont visité mon site Internet chaque jour et quand je me suis retrouvée 5 jours sans connexion au fin fond du Cambodge, j'ai reçu beaucoup de mails me disant " J'espère que vous allez bien, on n'a plus de nouvelles...". C'était attendrissant.

Seulement, je ne le nie pas, ce qui m'a apporté beaucoup de trafic, c'est mon Facebook. Avec 1000 contacts et des outils facilitant la vitalité, c'était déjà une bonne avancée.


[ABP] Avez-vous bénéficié des réseaux diasporiques bretons BZH Network et Bretons du Monde pour trouver des points d'atterrissage lors de ce périple ?

BZH Network et surtout Olivier Balavoine ont été super ! J'ai été logée par des Bretons à New York et Charles Kergaravat m'a même donné un défi de 40 km en vélo autour de New York... Après une nuit blanche et le décalage horaire, même la plus sportive a du mal... et j'ai eu du mal, je vous le confirme ! Je pense d'ailleurs qu'il a dû me trouver molle. (Trait de caractère qui ne me ressemble pas d'habitude).

À Sydney, une Bretonne m'a hébergée également. C'est génial de voir cette solidarité permanente partout dans le monde !


[ABP] Quels sont vos meilleurs souvenirs de ce voyage ? Vos meilleurs enrichissements personnels ?

Des souvenirs uniques de paysages à couper le souffle : la barrière de corail en Australie, le grand glacier de Patagonie, des rencontres avec des Laotiens dans les montagnes, des nuits sans électricité, le cours de tango à Buenos Aires, la convivialité et sympathie des habitants au Sri Lanka... Tant de souvenirs, mais je vais arrêter là, je vais pleurer !!!


[ABP] Depuis vous avez lancé votre agence de communication sospeakante (voir le site) basé sur les nouveaux outils internet, comme ça se passe ?

J'avais lancé, comme je l'ai dit plus haut, sospeakante en démissionnant de Seesmic en mars 2009. J'avais déjà eu des clients et j'ai pu partir faire mon tour du monde, d'ailleurs en étant sponsorisée par de grandes marques qui ont voulu du contenu web et vidéo pour leur site Internet. J'ai tout de suite continué mon activité en arrivant, notamment avec la start up lannionaise Saooti, qui produit des Wikiradios. Radio collaborative online.

Je m'occupe d'animer les radios qu'ils vendent, comme une community manager. Je vais vous expliquer mon métier, c'est assez simple :

Les marques aujourd'hui ont envie de faire une communication plus ciblée et plus humaine, directement vers leurs consommateurs. Ils cherchent des outils participatifs innovants pour cela : WebTv, WebRadio, WebSéries... Tout le contenu riche, vidéo et audio, marche très bien. De nombreuses marques souhaitent développer des programmes interactifs et riches et les offrir à leurs consommateurs. Exemple : une marque de couche pour bébés pourrait sponsoriser le blog d'une jeune femme qui tombe enceinte, pendant ses 9 mois de grossesse. On crée une websérie, des vidéos reportages et du contenu qualifié sur la grossesse, tout en étant sponsorisé par une marque.

Voila l'avenir du marketing online et pour ma part, j'adore prendre ma caméra, et faire la Web journaliste et des Web reportages.

Il y a 10 ans, on lançait les programmes de fidélité en magasin, maintenant, on doit gérer ces communautés en ligne, ce nouveau métier s'appelle le community management. Et vous pouvez faire appel à moi ! Donc, tout se passe très bien. De grandes marques font appel à mes services. Et c'est un plaisir d'être enfin Chef d'entreprise.


[ABP] Dernièrement on vous offrait un poste intéressant dans une chaîne de télévision nationale et vous avez refusé, choisissant de rester en Bretagne plutôt que de faire une carrière à Paris. Comment expliquez-vous ce choix, assez rare chez nos compatriotes, en particulier chez les jeunes ?

Depuis mon retour du tour du monde, on m'a proposé une dizaine de jobs super intéressants à Paris. Télé ou direction marketing... J'ai toujours dit non, même si le salaire était bon. Mon voyage m'a fait ouvrir les yeux sur la qualité de vie. Paris n'est pas faite pour moi. J'ai beau aimer la vie nocturne, les soirées, les théâtres ou les spectacle de danse, je ne sais pas comment on peut trouver son épanouissement dans 30 ou 60 m2 en couple. Le bruit, la pollution, le stress, le métro... Ce n'est pas pour moi. Je suis une fille de la mer, de la campagne, et le bruit des vagues et des oiseaux m'inspirent plus que ceux des klaxons... Alors comme on n'a qu'une vie, autant se respecter et accepter qui l'on est. Certes j'ai perdu beaucoup de "réseaux", mais on voit aussi facilement qui compte vraiment dans ce genre de décision importante. Finalement, très peu. Mais ce n'est pas ça qui va arrêter mon ambition et, grâce à Saooti (qui produit la wikiradio Medef Bretagne), j'ai déjà rencontré tout le réseau Medef Bretagne et j'ai même interviewé des grands patrons et Laurence Parisot lors de l'Université d'été du Medef à Paris en septembre. Donc, Paris n'est pas le centre de la France. On peut réussir de partout, surtout maintenant, avec la facilité de communication et bientôt le TGV à 1 h 30 de Rennes !


[ABP] La Bretagne est-elle votre moteur ou au moins une des sources de votre dynamisme ?

Sincèrement, je ne vois pas d'autres endroits en France où je peux vivre. Je me suis posé la question mille fois. Même le sud de la France, il y fait beau certes, mais la mentalité n'est pas la même. En Bretagne, les gens sont travailleurs, sérieux et c'est une terre d'innovation. Et c'est bon pour le business.

J'ai parfois envie de repartir, je ne peux le nier... Quand on a goûté au voyage, il est dur de rester posé. Je vais donc, dans le cadre de mon métier, essayer de prendre des missions à l'étranger.

Philippe Argouarch

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 2 commentaires
Séb Le Corfec
2010-09-28 18:49:04
L'image d'une jeunesse qui se bouge ! J'adore !
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ronan thomas
2010-09-29 00:55:36

bravo, un bel exemple de dynamisme breton!
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