Marine Le Pen veut supprimer les régions

-- Politique --

Chronique
Par Philippe Argouarch

Publié le 3/01/17 15:38 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

La présidente du Front national s'est prononcée ce matin sur BFM-TV et RMC pour la suppression des régions. Elle propose de réorganiser l'administration selon trois strates uniquement. Au nom de la simplification du «mille feuilles» administratif, elle veut conserver «les communes, les départements, la nation». La candidate plaide aussi pour la suppression des intercommunalités.

Nous avions déjà attiré l'attention des lecteurs sur le robespierrisme de Marine Le Pen (voir notre article). Un jacobinisme exacerbé bien au-delà de tous les autres leaders politiques français. Elle avait déjà comparé les régions administratives à des «baronnies» insinuant par là qu'elles étaient des reliques de l'ancien régime. «Car le département, c'est la République ; et la République, c'est la France», avait-elle déclaré en mars 2013 zappant en même temps royaume de France, duché de Bretagne, royaumes de Provence, duché de Savoie, Corse génoise et 1000 ans d'histoire. En 2013, elle s'était opposée alors à une fusion des deux départements alsaciens pour former une région Alsace lors d'un référendum - ce qui justement aurait été une simplification administrative.

Pour beaucoup de politologues, il y a deux camps opposés qui se livrent des batailles sournoises dans les coulisses de la politique. Marine Le Pen a juste mis les pieds dans le plat, profitant comme elle sait bien le faire, de l'effet d'annonce. Si tout le monde est d'accord sur le fait qu'il faut simplifier le mille feuilles territorial, il y a deux camps : ceux qui veulent supprimer les départements et ceux qui veulent supprimer les régions. Il s'agit de deux projets politiques différents dans le temps et dans l'espace territorial : il y a l'ancien : celui de la république de septembre 1792 qui a construit une nation autour d'un pouvoir républicain centralisé où la nation a remplacé le roi et il y a le nouveau : celui qui veut construire un état fédéral européenne multi-national autour du traité de Rome de 1957 et des peuples constitutifs de cet espace. Soyons réaliste, il y avait autant de différences entre les peuples qui constituaient cette république en 1792 qu'entre les peuples qui constituent l'Europe aujourd'hui. Ceci étant dit, il y a des arguments valides des deux côtés : contre l'Europe, des frontières passoires de l'espace Schengen, la réticence des états à uniformiser la fiscalité et la protection sociale, une énorme bureaucratie, le droit de véto des états, etc... Contre le projet France : la France ne fait plus le poids face à la Chine, les USA ou la Russie. Elle a causé trop de guerres dans le passé pour qu'on luis fasse confiance à nouveau en tant qu'État souverain -- alors que l'Europe nous a garanti paix et stabilité depuis 60 ans. En ce qui concerne la Bretagne, le projet européen est bien sûr bien plus intéressant car politiquement la Bretagne n'a jamais rien obtenu de la République. L'Europe aux cent drapeaux dont avait rêvé Yann Fouéré est dans le domaine du possible.

Par référendum, le 25 mai 2005, les électeurs s'étaient prononcés contre le projet européen mais la Bretagne avait voté pour. Qu'en sera-t-il lors de l'élection présidentielle de mai 2017 ?

Réagissant à ces propos dans un communiqué ce matin, Christian Troadec, le candidat régionaliste à la présidentielle, a déclaré «À ceux qui doutaient de l'importance d'une candidature régionaliste pour cette élection présidentielle, je dis : mobilisation générale. Mettons-nous en capacité de faire entendre la voix des régions avant de nous réveiller un petit matin avec aux manettes les opposants à toutes différences voulant nous faire marcher au même pas cadencé, de Brest à Strasbourg, de Bayonne à Lille».

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