Mais pourquoi la Bretagne fournit-elle tant de jihadistes ?

-- ABP --

Chronique
Par Philippe Argouarch

Publié le 27/10/16 15:00 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Les jihadistes bretons semblent surreprésentés parmi le contingent de désespérés de citoyenneté française partis faire le jihad en Irak et en Syrie. Paris Match l'avait déjà remarqué en juillet dernier (voir le site) . Interrogé, le juge spécialiste de l’antiterrorisme, le breton Marc Trévidic a déclaré " Je ne sais pas si, statistiquement, il y a tellement plus de Bretons dans le djihad, mais ce qui est frappant, c’est leur nette surreprésentation parmi les convertis".

Les centres de recrutement jihadistes en Bretagne sont surtout basés sur Lorient et Nantes. En mars 2012, Forsane Alizza, « les cavaliers de la fierté », le groupuscule islamiste nantais, fut d'ailleurs dissous pour incitation à la lutte armée.

En 2013, on avait entendu parler de Gilles Le Guen, membre d'Al Qaïda au Magreb et originaire de Loire-Atlantique. Il est aujourd'hui en prison au Mali après sa capture par l'armée française lors de l'opération Serval en 2013. ( -> voir l'article d'ABP )

Julien Le Prado, né a Paimpol, s'est radicalisé et a été arrêté avant de partir en Syrie rejoindre DAESH.

Un autre Breton, David Drugeon, né à Vannes, s'est converti à 13 ans suite à une rencontre dans le quartier de Ménimur où il vivait avec sa mère, avec Mustafa, un imam salafiste. Il a rejoint Al Qaïda en Syrie et est devenu expert dans la fabrication d'engins explosifs non métalliques (ceux qui peuvent entrer dans un avion non détectés). Il aurait été tué par un drone américain qui l'avait mis dans sa liste des terroristes les plus dangereux au monde.

Converti à l'âge de 14 ans, Kevin Guiavarch, parti faire le jihad en 2012, s'est rendu aux autorités turques avec ses quatre femmes et ses six enfants. Il était spécialiste du recrutement et du financement à partir de la France mais peut-être de toute l'Europe. Deux des quatre femmes de Kevin, âgées de 26 et 34 ans, expulsées la semaine dernière de Turquie, ont été mises en examen vendredi à Paris pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Une bretonnité réduite à un patronyme

Tout a été détruit par le moule de la nation républicaine, il ne reste plus qu'un patronyme breton associé le plus souvent à un prénom anglo-saxon.

Il y a une explication toute simple de ce phénomène que les militants de la cause bretonne dénoncent. La création par la république de citoyens anonymes coupés de leur communauté d'origine et de leur culture ancestrale ne fait que construire un terreau de conversions vers de nouvelles structures communautaires.

La nature a horreur du vide. En fait c'est l'anti-communautarisme forcené de la république, le refus de reconnaître les minorités nationales historiques incorporées de force dans la "nation républicaine", doublé d'un système capitaliste, qui tend avant tout à considérer les citoyens comme des consommateurs et non pas des individus héritiers d'une culture, qui favorisent ce phénomène sociologique.

Couper un individu de ses ancêtres, de son héritage spirituel et ethnique, est un crime en lui-même, d'ailleurs en désaccord fondamental avec toutes les conventions internationales.

Les conversions de Bretons à l'islam et au jihad ne sont que le résultat de la débretonisation des Bretons et de la destruction du lien ancestral qui les liait avec une histoire souvent glorieuse, en tous cas source de fierté, et d'une communauté dont les cellules de bases étaient des familles solidaires enracinées dans un territoire, fières de leur appartenance bretonne, et sous la houlette d'une autorité paternelle acceptée et incontestée, que la république a remplacé par l'instituteur et le professeur, les jihadistes de la république.

Voir aussi :
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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 11 commentaires
Léon-Paul Creton
Jeudi 27 octobre 2016

L'essentiel est dit , Philippe...Et bien dit!

Jacques
Jeudi 27 octobre 2016

On commence à poser des vrais question sur ABP?!
A l'évidence la réponse est déjà en grande partie dans l'article!
L'Islam n'a pratiquement aucun historique en Bretagne, déjà que le protestantisme n'y a pas fait souche.
La religion en Bretagne est chrétienne avec une interaction majeure de l'ancienne religion celtique.
Résumer la religion en Bretagne au christianisme romain (catholique) est une totale erreur. Malheureusement, tout comme nos grand-parents qui ne nous ont pas transmis la langue de la même manière ils ne nous ont pas transmis cette dualité religieuse si typiques des Bretons!
Suffit de voir les Bretons qui vont bientôt fêter Halloween à la mode américaine, en ignorant totalement que leurs grands-parents la fêtaient également dans sa version bretonne et surtout avec des valeurs spirituelles bien différentes...!
Du fait, la perte culturelle et spirituelle est immense, probablement à un niveau qui reste mal perçu dans sa dimension!
Le vide créé ne demande qu'à se remplir!
Si par les médias la mode est à l'Islam, il convient également de se poser la question sur la dimension du socialisme dans le société bretonne, un socialisme qui dans une certaine proportion tient plus de la doctrine religieuse que d'un positionnement politique.
En effet la Bretagne Chrétienne Démocrate fut le soutien de de Gaulle pour prendre le pouvoir sur les Communistes en 1944. Cette même Bretagne est aujourd'hui l'un des bastions du Socialisme à la Française.
Comme disait Mona Bras : "La Bretagne sera socialiste ou ne sera pas....!"
N'est-ce pas là, une déclaration de type fanatisme religieux?
Sans même évoquer que dans l'Emsav, si vous n'êtes pas socialistes, vous êtes considéré comme fascistes!
La meilleur évidence est l'absence totale de partis politiques bretons sur le segment chrétien démocrate et libéral. Certes il y a le Parti Breton, sauf que celui-ci cherche a se gauchir en permanence pour être politiquement acceptable!
Si être de gauche est tout à fait naturel, quand ce positionnement tourne à l'exclusion de l'autre parti de la population cela pose un problème.
De mémoire, le politologue breton Romain Pasquier évoquait la conversion des Chrétien Démocrates breton au socialisme. Hors dans toutes religions, les converties sont le terreau du fanatisme (ce sont les pires!).
Or, la gauche bretonne n'est pas social-démocrate à l'européenne dans la continuité des valeurs bretonnes mais bien socialiste à la française.
L'Emsav est donc un mouvement perverti par une forme d'intégrisme religieux.
Les djiadistes bretons ne sont peut-être que l'arbre qui cache la forêt d'un mal être spirituel breton!
Et pourtant avec la Vallée des Saints (plus grand projet religieux d'Europe), financé par les dons privées, nous prouve que la Bretagne réelle existe toujours... Devenue discrète, souvent à l'écart de l'église romaine, mais ne demandant qu'à renaître!

yanneutch
Jeudi 27 octobre 2016

Jacques, petra dalvez "emsav" ?
Brezhonek eo an Emsav.
ar peurrest, pa vefe mat, pa vefe fall, eo ar Mouvement Breton. Ledemsav mar fell deoc'h.
Trugarez da zerc'hel gant ar gerioù.

Jacques
Vendredi 28 octobre 2016

@yanneutch
Je vais pas discuter sémantique et emploi des mots.
Votre remarque me fait penser à cette personne qui reprochait à A.Stivell une faute d’orthographe. J'avais bien apprécier la réponse de ce dernier.
Vous voyez, j'évoquais Halloween... Là aussi on peut discuter du mot. Mais finalement, dans l'Emsav que cela suscite bien moins de contestation de faire cette fête traditionnelle bretonne à la manière américaine que de discuter mots et fautes d’orthographe (travers appris à l'école de la République).
Et ce n'est qu'un exemple: A chacun ses combats, le mot, la faute d'orthographe ou la perte de culture...
D'ailleurs, s'exprimer en Breton n'est nullement un signe d'un maintien de la culture, car nombre de brittophones sont déculturés à un point dramatique! Un autre tabou qu'il faudra bien un jour faire tomber!
Sinon pas impossible qu'un jour ABP nous fasse un article sur l'étrange de ces britophones qui partent faire le djiad! (Vu que déjà, certains comparent les costumes bretons aux bourkinis..!)

Didier Lebars
Vendredi 28 octobre 2016

@jacques vos analyses sont bonnes. Mais s'il vous plait ne faites pas trop long, il faut en garder pour les autres articles.
Bonne remarque sur les brittophones. Les basques disaient que la langue peut toujours être ré apprise. Maintenant avec l'informatique, les analyses vocales, tout est enregistré, il sera toujours possible de la faire renaitre.
Oui depuis quelques mois ce site ABP s'est endormi. Alexa : 2 autres pure player sont bien devant. Il n'auront surement aucune distinction. Il reste toujours les meilleurs articles sur l'histoire.
Le dernier article de JP Le Mat qui parle d'imitation du colonisateur, heu oui ... comme ABP s'aligne sur la bien pensance.
Effectivement cet article sort de la ligne. Il mérite une suite.

Fañch Ar Vilin
Vendredi 28 octobre 2016

Très bon article que je diffuse avec plaisir à mon entourage avec un vrai point de vue breton.
C’est ce type de réflexion que l’on attend sur l’ABP et non pas les propos de bistro tels que ceux publiés sous le titre « un parlement breton pourquoi faire ? », ni les jacobinneries dont nous abreuvent quotidiennement les media aux ordres.

Luigi Barsagli
Samedi 29 octobre 2016

Il y a un mélange entre l'acculturation par la France et un tradition mysticiste bretonne dans ce phénomène de radicalisation de jeunes bretons "de souche".
Une étude montrait également un radicalisme important dans la communauté musulmane en Bretagne de façon générale, particulièrement en Côtes d'Armor et Morbihan alors que le nombre de musulman en Bretagne que dans la plupart des régions françaises.

juhel richard
Samedi 29 octobre 2016

mais pourquoi la Bretagne à t'elle fourni tant d'hommes dans les guerres à l'étranger, c'est à dire en France , puis dans les colonies françaises à travers la planète ?
sous les romains pour l'extrémisme des dieux romains, puis du Dieu chrétien,
sous la royauté pour l'extrémisme chrétien, contre les musulmans et contre les autres civilisations d'Amérique, d'Afrique
sous les républiques pour l'extrémisme laïque, contre les chrétiens 1793 (la terreur et son million de morts) puis sous l'Empire colonial contre les civilisations Africaines, asiatiques ...etc idem sous l'indivisible république pour des causes Franco-germaniques qui ne le concernaient pas,
parce que le colonisé Breton a subi la terreur, il devient lui même un potentiel acteur de la terreur voir les ouvrages de psychiatrie !
ou nombre se réfugient dans l'alcool comme de nombreuses nations colonisées

Leon Styrni
Dimanche 20 novembre 2016

Les régionalismes quels qu'ils soient ne sont pas une protection contre les aberrations identitaires, ils en sont le terreau.
La propension à se poser en victime et à blâmer un autre fictif dans ses propres déboires sont au coeur du processus jihadiste.
Ce ne sont pas la République, le jacobinisme ou le centralisme qui sont à blâmer mais la persistance de mentalité étroites et rétrogrades.

spered dieub
Dimanche 20 novembre 2016

Leon ,le Portugal inclut dans la péninsule ibérique, selon le destin de l'histoire aurait très bien pu rester espagnol comme il a été pendant un moment .Le Danemark péninsule, un prolongement logique de l'Allemagne .Ces petits pays auraient donc pu ne pas être indépendants ,bien que moins pénalisés par le centralisme absolutisme monarchique ou républicain tel que celui de la France .Aujourd'hui des mouvements émancipateurs revendiqueraient plus d'autonomie ;voir l'indépendance de ces deux pays respectifs ,vous les accuseriez d'être le terreau du jihadisme ???? Ou votre réponse est tout simplement un prétexte fallacieux pour tenter de mettre hors la loi la moindre revendication régionaliste ???

Igore bourguign
Samedi 21 janvier 2017

Une bonne gifle à la République et ses valeurs
Comme quoi tout est possible au front bas et bonnet tendus
Non, Tout n'est pas justifiable.
18 ans ou 23 ans ne justifient pas tous les dérapages
Action ,,, Réaction

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