L’or brun breton, interview de Philippe Argouarch sur le kombu royal

-- Bio Santé --

Interview
Par Didier Lefebvre

Publié le 23/08/20 17:29 -- mis à jour le 26/08/20 21:25

Nous avons rencontré Philippe Argouarch, le fondateur de l’ABP, dans son penn-ti du Penn-ar-Bed, où, en dehors de son jardin bio, il nous parle de son kombu royal. Il y a deux ans, il me convertit aux algues, que j’utilise en apport, ou parfois en principal. Elles m’ont aidé à guérir d’une maladie grave.

[ABP] : Comment et pourquoi vous êtes-vous intéressé aux algues ?

[Philippe Argouarch] : Il y a une dizaine d’années j’ai rencontré Youenn Le Borgne, un fin connaisseur des algues qui a d’ailleurs publié un article sur ABP sur le kombu breton

Il m’a un jour expliqué son histoire. Au début des années 70, il travaillait en Polynésie française en tant que scientifique associé aux essais nucléaires. De 1966 à 1974 il y eut 46 tirs nucléaires aériens à Moruroa et Fangataufa. Lors d’un de ces essais, Youenn était à bord d’un avion avec une équipe de scientifiques faisant des relevés. A cause d’une erreur de navigation, l’avion d’observation a traversé le nuage radioactif. Toutes les personnes à bord seraient décédées depuis de causes liées aux radiations ionisantes. D’après Youenn, il est le seul survivant. Youenn explique que de retour à Paris il a raconté son histoire à une Japonaise qui lui a expliqué que s'il voulait survivre, il devait manger des algues tous les jours (la laminaria digitata précisément). Ce qu’il a fait et aujourd’hui il a 77 ans, et est en très bonne santé. Un des sucres contenus dans les laminaires, un polysaccharide du nom de laminarine, aurait été utilisé par les médecins japonais pour traiter les irradiés d’Hiroshima et Nagasaki.

Ayant moi-même été exposé à des radiations, certes d’un niveau assez bas, mais durant sept années, alors que je travaillais dans un accélérateur de particules aux États-Unis, j’ai commencé aussi à consommer des algues à titre préventif pour ma propre santé. Le sujet me passionne depuis 10 ans et j’ai écrit plusieurs articles sur le sujet d’autant plus que les potentiels de cet or breton sont bien au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, non seulement pour la médecine, mais pour l’industrie alimentaitre, les industries pharmaceutiques et cosmétiques, voire l’industrie des matériaux comme la fabrication de plastiques biodégradables.

[ABP] : Les polysaccharides c’est quoi ?

[Philippe Argouarch] : Ce sont des sucres, l’équivalent de l’amidon chez les végétaux. Sauf qu’ils ne sont pas caloriques ce qui en fait déjà une substance très intéressante qui, mise en valeur, nous éviterait d’importer de la stévia du Brésil. On distingue quatre catégories principales de polysaccharides dans les algues : les gélifiants : Agar-agar et Carraghénane des algues rouges, utilisées depuis des décennies dans l’industrie alimentaire comme dans la fabrication des yaourts, les laminarines des laminaires dont nous avons parlé pour ses propriétés anti-cancer, les alginates, et les polysaccharides sulfatés (FCSPs en anglais) appelés aussi fucoïdanes.

Les fucoïdanes sont dans l’actualité dernièrement, du moins dans la presse anglo-saxonne, sud-coréenne et japonaise, grâce à leur propriété anti-virale y compris contre le SARS-CoV-2 qui cause le covid-19. ABP en a parlé (voir notre article). On trouve des fucoïdanes dans beaucoup d’algues brunes de nos côtes bretonnes mais tout particulièrement dans le kombu royal, connu aussi sous les noms de saccharina latissima, laminaria japanica, laminaria saccharina, saccharina japanica, et... bezhin-friz en breton. Les fucoïdanes sont aussi extraits des Laminaria digitata, Analipus japonicus, Chorda filum entre autres. Une des algues brunes qui en contient le plus pousse uniquement autour de l’île d’Okinawa au Japon : le mosuku d’Okinawa ou Cladosiphon okamuranus. Certains pensent que le nombre impressionnant de centenaires sur cette île, unique au monde, est dû non seulement au régime alimentaire dit régime Okinawa mais surtout à la consommation régulière de mosuku.

[ABP] : Où trouve-t-on du kombu royal en Bretagne ?

[Philippe Argouarch] : Sur toutes côtes rocheuses bretonnes mais en dessous des plus basses mers, un peu comme les laminaires dont il partage d’ailleurs l’habitat. Je pêche moi-même mon kombu royal au Cap Sizun et j’en profite pour signaler que des tonnes de kombu se sont échouées récemment sur les plages du Finistère suite à la tempête des jours derniers et parmi les laminaires on trouve du kombu royal. On peut le ramasser s'il est encore frais contrairement aux algues vertes qui se décomposent rapidement et deviennent dangereuses. Normalement le kombu royal pousse entre 0 et –25 mètres de profondeur, donc il est inaccessible aux pêcheurs à pied, sauf lors de grandes marées de coefficient autour de 110 et encore en ayant de l’eau jusqu’aux genoux. Le kombu royal est souvent caché sur le fond, à plat, au milieu des champs de laminaires par familles de 2 à 5 plants. Ancré sur le rocher, il aime s’étaler et onduler sur le sable. De même couleur que les autres laminaires, cela demande de bons yeux pour le localiser grâce à ses bordures frisées. Il peut faire plusieurs mètres de long. Il se récolte avant l’hiver quand justement son pourcentage de fucoïdanes est le plus élevé. Si vous allez en pêcher aux grandes marées de septembre, surtout, il vous faudra vous munir de ciseaux pour éviter d’arracher le pied afin qu’il puisse repousser.

Ensuite on peut le faire sécher. Je fais sécher mon kombu sur des cordes à linge dans le sous-toit de mon penn-ti.

[ABP] : Vous consommez les algues comment ?

[Philippe Argouarch] : En complément alimentaire, jamais en platée. Même pour les spaghettis de la mer (himanthalia elongata) que certains substituent aux vrais spaghettis. Ma recette de macédoine de kombu royal a gagné une place pour deux [sic, ndla] au resto dans une émission de France Bleu Breizh Izel sur les algues. J’en ajoute aux ratatouilles, aux soupes, de potiron par exemple, et aux salades qui de plus sont assaisonnées de vinaigre au fucoïdane ! Aussi le kombu accélère la cuisson du riz et des féculents. Quelque soit la recette, il faut d’abord faire cuire les algues brunes 30 minutes. Ne jamais jeter l’eau de cuisson des algues brunes ! C’est là justement où se trouvent les fucoïdanes et autres vitamines et protéines, etc. Avec ce bouillon, une vraie potion magique, on peut en faire toutes sortes de soupes y compris la fameuse soupe au miso. Et comme le kombu royal est légèrement sucré et n’a pas goût d’algue, on peut en faire une boisson glacée en été.

[ABP] : Je crois que vous faites du vinaigre au fucoïdane ?

[Philippe Argouarch] : A force de lire des papiers sur les fucoïdanes j’ai compris que son extraction industrielle se faisait en milieu acide ; c’est sans doute la raison pour laquelle les Japonais quand ils font leur dashi (soupe à base d’algues) ajoutent toujours une cuillerée de vinaigre de riz. Dans l’industrie on utilise de l’acide chlorhydrique et à Okinawa ils utiliseraient de l’acide citrique. A partir de ces constatations, j’ai eu l’idée de fabriquer du vinaigre au fucoïdane. Je verse une bouteille de vinaigre blanc dans un récipient, j'ajoute le maximum de feuilles de kombu royal et je fais chauffer trois ou quatre heures entre 70° et 80° (éviter de faire bouillir). On retire ensuite le kombu royal, on filtre avec un linge et on a un vinaigre au fucoïdane pour ses salades d’été.

[ABP] : Philippe Argouarch, vous venez de créer un aérosol tueur de Covid-19, pouvez-vous nous en dire plus ?

[Philippe Argouarch] : L’ Institut polytechnique Rensselaer de New-York a montré in vitro que la protéine de pointe à la surface du SARS-CoV-2 qui se verrouille sur le récepteur d’ une molécule à la surface des cellules des parois des tissus humains dans l’intestin mais aussi dans les tissus des parois nasales peut être piégée.

Une fois amarré, le virus insère son propre matériel génétique dans la cellule, détournant la machinerie cellulaire pour produire des répliques virales. L’étude a montré in vitro que le virus peut être persuadé de se verrouiller sur une molécule « leurre » comme les polysaccharides sulfatés offrant un ancrage similaire. Le virus neutralisé serait piégé et finirait par se dégrader naturellement.

Du coup, en apprenant que des industriels travaillaient sur un aérosol à base de fucoïdane pour neutraliser les virus qui entrent dans le corps via les tissus des fosses nasale, j’ai acheté un brumisateur et je l’ai rempli d’une solution basée sur mon vinaigre et équilibrée avec du bicarbonate de soude pour augmenter le pH. Cet aérosol peut servir à immuniser une pièce qui aurait été contaminée par les porteurs du virus. L’air que l’on respire porte alors les molécules qui respirées serviront d’anti-virus. En fait un laboratoire américain prépare un vaccin injecté par voie nasale .

[ABP] : Si je comprends bien, il s'agit de fucoïdane, mis en aérosol. Quelles sont les garanties de conservation du produit ?

[Philippe Argouarch] : Le milieu légèrement acide agit comme un conservateur.

[ABP] : Pouvez-vous nous dire les autres vertus des algues brunes, dont le kombu royal ?

[Philippe Argouarch] :Cela pourrait faire l’objet d’une autre interview [rires] mais, pour résumer, les algues brunes sont anti-cancer, anti-virales, anti-coagulantes, anti-oxydantes.

Au niveau alimentaire, les algues (brunes, rouges et vertes) sont pauvres en calories grâce justement aux polysaccharides. Elles regorgent de nutriments essentiels, bien plus que la grande majorité des plantes terrestres. À commencer par leur contenu en protéines. La nori (Porphyra), une algue rouge compressée en feuilles avec lesquelles sont confectionnés les makis, en contiennent entre 35 % et 45 %. Elles contiennent tous les acides aminés essentiels. C’est idéal pour éviter les carences dans les régimes végétariens. Les végétariens ont aussi une carence en vitamine B12 et on la trouve en particulier dans la nori. Contrairement à la viande, les algues apportent très peu de mauvaises graisses saturées et fournissent beaucoup de bons acides gras polyinsaturés, en particulier des oméga 3. Les algues sont donc bénéfiques pour le système cardiovasculaire et la régulation du taux de cholestérol. Pour ceux qui auraient peur d’une alimentation trop iodée ou qui auraient des problèmes de thyroïde, il suffit de faire bouillir les algues brunes pour que l’iode s’évapore.

Finalement, et ce n'est pas la moindre de leurs vertus, les algues brunes sont des régulatrices d’appétit.

La presse reprend en ce moment un rapport de l'ANSES sur les algues alimentaires qui met en garde les consommateurs à cause du cadmium et autres métaux lourds qu'elles contiendraient. Votre avis Philippe Argouarch ?

Une campagne anti-algues a lieu en ce moment, lancée par l' Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. L’ ANSES a affirmé que manger des algues était dangereux à cause de la présence de métaux lourds comme le cadmium qui serait cancérogène. Oui, les algues contiennent des métaux lourds, comme les plantes d’ailleurs et aussi les fumées de tabac. Et pourquoi l' ANSES ne se préoccupe pas du cadmium qui se trouve dans les engrais phosphatés et qui finit dans nos pommes de terre ?

Si les métaux lourds contenus dans les algues étaient vraiment dangereux, les Japonais qui mangent des algues tous les jours, n’auraient pas le record mondial de longévité avec une espérance de vie à la naissance de 83,7 ans (86,8 ans pour les femmes, 80,5 ans pour les hommes). C'est aussi le pays où l'on vit le plus longtemps en bonne santé (73,4 ans en moyenne). [Pour comparaison, l'espérance de vie en France est de 79,6 ans, et celle en bonne santé de 62,6 ans, source Eurostat,, soit, respectivement tous sexes confondus, 4 ans et 11 mois de moins, ndlr].

Certaines algues sont à éviter comme l’algue japonaise Hijiki Hizikia fusiforme. ANSES y a trouvé un taux d’arsenic alarmant. Une autre algue brune, rare sur nos côtes, Alaria esculenta est aussi à éviter en raison d’un taux important de cadium. Mais pourquoi manger des algues japonaises ? Certaines d’ailleurs ont pu être contaminées par des éléments radioactifs suite à l’accident nucléaire de Fukushima. Nos côtes bretonnes offrent tout ce dont vous avez besoin, pas besoin d’aller chercher ailleurs.

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Didier Lefebvre est correspondant ABP pour la Loire-Atlantique.

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