Le nouveau règlement intérieur du Conseil municipal restreint l'usage de la langue bretonne d'une manière choquante et nous renvoie au mépris qui touche notre langue depuis si longtemps. Qui sommes-nous pour mériter ça? Personne n'est légitime pour "autoriser" les Bretons à parler leur langue sur leur vieille terre. Nous sommes ici dans une logique purement coloniale et infantilisante.
Monsieur le Maire,
En songeant à votre nouveau règlement intérieur adopté par la municipalité brestoise et restreignant l’usage du breton au conseil municipal, le mépris qui touche notre langue bretonne depuis si longtemps me revient en pleine face.
J’aurais préféré, Monsieur le Maire, que nous en interdisiez l’usage. La claque eût été moins violente car une langue proscrite n’est pas une langue inférieure.
Une personne me rappelait que lorsqu’elle arrivait en ville, sa tante lui demandait de mettre son breton dans sa poche et son mouchoir par-dessus. Mais c’est encore pire avec votre règlement puisqu’il faudra au conseiller demander l’autorisation du bon maître et participer ainsi du mépris officiel pour sa propre langue et identité.
La restriction de l’usage de notre langue, à votre bon vouloir, cantonnée à des sujets « secondaires » car ne concernant que la langue et la culture bretonne, précédée du propos en langue française bien sûr, nous renvoie au postulat de son infériorité congénitale au regard de celle de Paris.
Nous sommes dans le mépris et l’infantilisation propre à toute logique coloniale.
Encore faut-il ajouter que le fauteur de trouble devra traduire immédiatement son jargon dans la langue de Molière, comme s’il lui fallait racheter immédiatement sa faute.
Et pourtant, vous étiez le maire de Gouesnou, il y a peu. Notre langue bretonne, la langue du petit peuple, vous l’avez donc entendue.
Votre RI se situe en droit fil du mépris bourgeois que nous subissions à Brest, nous, les enfants de paysans. La bourgeoisie commerçante, souvent d’origine non bretonne accourue après la guerre, nous regardait avec la condescendance que l’on doit aux ploucs. Comme le mépris se diffuse toujours mieux au couvert des belles valeurs éducatives, l’école publique et privée participaient de cette œuvre de déconsidération.
Les écrits de François Mauriac sur la droite la plus bête du monde me reviennent. L’homme de droite et le chrétien qu’il était, avait la dent dure pour les bien-pensants du MRP qui soutenaient l’œuvre de colonisation et la répression en Algérie, avant l’aller communier le dimanche à la messe.
Comment pouvez-vous prêter main forte aujourd’hui à l’œuvre publique de déconsidération de notre langue et culture que nous subissons depuis des siècles ?
En cadenassant l’usage de notre langue et en la renvoyant à son mépris, c’est l’humanité que vous outragez.
L’article 2 de la constitution ne saurait vous couvrir. Il est contraire à toutes les normes internationales et notamment aux normes européennes qui prônent le respect de la diversité. L’article 2 de la constitution, en ce qu’il pose le principe d’une langue unique au mépris de la diversité, traduit des valeurs de contrainte et domination. J’ajouterais qu’il ouvre la porte à une dynamique totalitaire.
Je me demande si votre RI ne s’inscrit par dans la descente aux enfers que nous promet le rassemblement national demain.
Je finirai en vous disant que les libertés se prennent et ne se demandent pas. Rien ni personne n’est légitime à autoriser les Bretons à s’exprimer dans leur langue sur leur propre terre.
Y. Ollivier
Auteur et Brestois
Commentaires (22)
J'approuve vos propos.
Scandaleux !
Quelle honte pour Brest et les Brestois.
« Je finirai en vous disant que les libertés se prennent et ne se demandent pas. »
Pour prendre quoi que ce soit, faut-il encore avoir des « mains » pour le matériel, et une « prise » cérébrale de décision, la plus volontaire possible, d’agir ! Pour réussir !!! Avoir une pensée, un vouloir de prendre et d’appréhender en tout domaine nécessite a minima une envie, qu’un dit domaine soit défini, un projet élaboré et, bien entendu, une décision/détermination de le réaliser, matérialisé, et rendu viable, selon des évaluations… avoir des mains en interactions bénéfiques avec le cerveau le plus sain ; et le plus intelligent possible. TOUT, cela existe-t-il chez nous afin de résoudre les problèmes (?) séculaires de notre BRETAGNE ???
Impuissant, presque vieux et seul, GORTOZ A RAN, avec tant d’autres… (;0)
Tout ce qui se passe en France, années après années, et empire le temps passant, m’inspire : « Qu’il est bon de ne rien faire (En Bretagne, de breton) quand tout s’agite autour de soi ! ».
ABP, un havre de paix loin des bruits et dérangements de ces foules de juvéniles et d'immatures, sombres et violentes…
Il aura fallu que François CUILLANDRE, le précédent maire, favorable au « Grand Ouest » (« OF » 26 mai 2014), perde les dernières municipales pour que le nouveau maire puisse imposer une autorisation préalable à parler breton au Conseil municipal de Brest ! Voici un des sommets du mépris colonial.
N'assistons-nous pas à un effet de l'épuration ethnique en cours en Bretagne depuis tant de lustres ? Elle fait que tant de villes bretonnantes en Bretagne y sont devenues francophones en attendant d'y parler l'hexagonal, et, surtout, que l'évaporation de la conscience bretonne va plein régime, aidée par tant de corps intermédiaires et médias subventionnés complaisants.
Soutien à Monsieur Roudaut, il y a déjà beaucoup à faire pour Brest et les Brestois.
Pourquoi perdre du temps à traduire sans arrêt ?
Nous devons avancer au plus vite sur les sujets prioritaires !
Je suppose, P., que vous savez parfaitement ce qui nous est prioritaire. Pour moi aussi, vous le savez ? Merveilleux si cela l'est, une fois de plus.
Et avec quelle consultation populaire, savez-vous ce qui est prioritaire pour les Brestois-e-s ?
Pour les Jacobins, il faut se dépêcher d'éradiquer les langues de nos grands-mères et finir de vider les caisses de l'État.
Aotrou P.
Il me semble justement qu’en ce moment les élus ont bien d’autres choses à faire que de perdre leur temps à s’en prendre au peu d’espace de liberté dont disposent les langues autochtones minorisées. À l’heure de l’intelligence artificielle, j’ai du mal à croire que la décision du Maire soit une simple expression de la bêtise humaine. Il faut sans doute y voir un calcul politique. N’a-t-il pas mieux à faire en ce moment ?
C'est bien Yvon Ollivier ! Vous n'oubliez pas... le RN !
Qu'il se trouve un conseiller capable de parler breton devrait être considéré comme une chance, mais non, on y voit un problème technique à limiter. Je propose cinq minutes d'initiation au breton avant chaque conseil municipal, car on ne peut aimer que ce qu'on connaît.
c’est bien Yvon
la liberté se prend et ne se demande pas
C'est évocateur du colonialisme des esprits, ce genre de décision.
La pratique du breton dans l'espace public lui permet la visibilité, et l'usage du breton répond à l'enseignement fait à l'école.
Encore une belle déclaration. Mais l'usage de sa langue est un droit fondamental. Si un RI a été adopté, il y a eu un vote. Et un débat. Quelles ont été les positions ? Il faut passer outre, bien entendu. Appeler à manifester au prochain conseil municipal, par exemple. Prendre la parole directement en breton. On verra la réaction du maire. Ne pas se contenter de protestation. « Les droits qu'on a, on les prendra », chantait Gilles Servat. C'est ce qu'on a fait avec Diwan en créant nos écoles, par exemple. Saisir l'ONU et le Conseil de l'Europe. Il y a matière à l'approche des élections présidentielles qui se déroulent dans un contexte de plus en plus réactionnaire...
D'accord avec vous sur le fond. Mais vous faites une petite erreur : c'est Youenn Gwernig et non pas Gilles Servat qui chantait « les droits qu'on a ça s'demande pas, les droits qu'on a on les prendra »...
Stéphane Roudaut vit du Breton ? Le parle-t-il ? Pour l'aider, il faudrait mettre un traducteur à sa disposition. Soyons certains que beaucoup seraient prêts à le faire bénévolement !
J'oubliais les références : les liens sont bloqués à cause des spams, mais il suffit de mettre « language-rights-linguistic-minorities-practical-guide-implementation » ou « Droits linguistiques des minorités linguistiques » sur Google pour avoir les textes. Et il y a aussi l'UNESCO.
Je suis favorable au breton et soutiens Diwan depuis sa création avec Reun L'Hostis, mais cette polémique n'est pas une défense du breton, mais de la propagande contreproductive. Brest n'a jamais été une ville bretonnante et au conseil municipal, il n'y a que des extrémistes bobos totalement jacobins qui parlent breton. La propagande bretonne au service de LFI est pitoyable et ne fait avancer la défense de la langue bretonne.
Comme toutes les grandes villes ! Cependant, il y a ou il y a eu plus de Bretons qu'on ne pense.
On va regretter M. Cuillandre...
Où peut-on consulter le texte du nouveau règlement intérieur du Conseil municipal restreint l'usage de la langue bretonne à Brest...?
Bravo Yvon Ollivier !
Roudaut est un patronyme de langue bretonne. Il est attesté sous la forme Rodalt dès l'an 834 dans le cartulaire de Redon. Il est constitué du terme vieux breton rod (don, présent) et de la racine latine alt (élevé, éminent). Les Romains ont occupé l'île de Bretagne pendant quatre siècles, ce qui explique la présence de racines latines en breton et en gallois. Je suppose que le patronyme signifie « éminent pour faire un don » (à ses vassaux). Le nom apparaît même dans la toponymie de Brest, au lieu-dit Kéroudot, Kerrouzault en 1505.