Le rapport «Parler Breton au XXIe siècle» de Fañch Broudig va bientôt paraître. Un rapport qui nous annonce que la Bretagne a perdu 28 % de ses locuteurs du breton en 10 ans. Comme s'il s'agissait d'une surprise ! Régulièrement, avec une délectation morose indicible, Fañch Broudig nous gratifie de ses statistiques et de ses «analyses scientifiques», nous annonçant le déclin irréversible de la langue bretonne. Notre grand savant, devenu apparemment l'inspirateur intellectuel du Conseil Régional, éprouve une jouissance morbide à régler ses comptes avec le Mouvement Breton, dans la lignée des «intellectuels républicains» du début du XXe siècle, comme le franc-maçon Yves Le Febvre, la sincérité et le talent en moins. Bien entendu, aucun projet n'apparaît dans ses textes, aucune comparaison avec les autres communautés linguistiques hexagonales, comme l'Alsace ou la Corse.

La question, à notre avis, n'est pas de savoir quelle est la valeur de ses prophéties. La seule question que nous nous posons est de savoir quels objectifs veulent atteindre les responsables politiques siègeant actuellement au conseil régional en matière de culture bretonne. Ou s'il existe véritablement un autre objectif que le consentement ou l'adhésion pure et simple à la politique d'assimilation pratiquée par le gouvernement.

Certes, sur ce point, nous ne sommes pas en mesure d'apporter une réponse catégorique. D'un côté, nous savons gré à Jean-Yves le Drian d'avoir permis que soit épongée la dette de Diwan, assez rapidement après la victoire de la Gauche aux élections régionales. Et la dernière proposition d'accorder des bourses aux étudiants qui s'inscrivent en master de breton va également dans le bon sens, à condition que cette proposition soit entérinée par les membres de son parti. Mais de l'autre, la politique linguistique adoptée par le Conseil Régional n'est pas exempte d'ambiguïtés.

-Faut-il rappeler que les subventions octroyées aux différentes organisations culturelles bretonnes ne sont pas équitablement réparties ? Certaines organisations comme Emglev Breiz se taillent la part du lion.

-Faut-il rappeler la Grande Parade folklorique sur les Champs Elysées, qui coûta très cher mais dont les retombées me paraissent problématiques ?

-Faut-il rappeler que le Conseil Régional a doté de 150 000 € la revue « Bretagne/s» qui témoigne d'un souverain mépris envers la langue bretonne : on y critique ouvertement le prétendu sectarisme de Diwan et l'on y trouve des propos hallucinants du genre «À quoi la transmission du breton sert-elle à une époq

ue où il n'est la langue principale que de quelques ruraux sans influence»?

-Le projet qui se dessine de subordonner totalement les organisations culturelles aux décisions des politiques et de ne leur accorder qu'un pouvoir consultatif ne laisse pas de nous inquiéter profondément.

-Enfin, aucune perspective n'est offerte ; aucun projet créateur n'est envisagé.

À tel point que logiquement on pourrait affirmer que le destin de la langue bretonne est définitivement scellé. Pourtant on ne saurait souscrire à cette idée. Pour les deux raisons suivantes :

D'abord, c'est un fait réjouissant de constater que de plus en plus de Bretons sont conscients qu'avec leur langue ils détiennent un trésor inestimable, dans la mesure où elle nous transmet une grande richesse d'humanité. C'est le cas de toutes les langues d'ailleurs, comme nous le rappelait admirablement Jean-Marie Le Clézio, dans son discours du Prix Nobel. Ensuite, non seulement beaucoup de Bretons sont conscients des enjeux, mais ils sont déterminés à mettre leur intelligence et leur cœur au service de leur culture et de son développement. Il faudra certes beaucoup d'énergie, de persévérance, de solidarité, et encore plus, de cohérence pour parvenir à nos fins. Mais des Bretons conscients et déterminés sont capables de déjouer les ruses et les perfidies de l'appareil d'État, de ses laquais et des farouches partisans du monoculturalisme.

Fañch Digasoni.

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