
L’identité bretonne ne constitue pas une réalité immuable. Elle a été continuellement redéfinie par des doctrines, des représentations et des projets collectifs successifs. En retraçant ces métamorphoses, cet article interroge la capacité de la Bretagne à formuler aujourd’hui une nouvelle doctrine politique adaptée aux défis contemporains.
La question territoriale est de retour. Les débats organisés ce mois-ci en Bretagne autour de l’autonomie et du fédéralisme en attestent. Pourtant, un paradoxe demeure. Alors que plusieurs territoires français ont progressivement clarifié leur horizon institutionnel, la Bretagne semble voir cette question resurgir à chaque génération. Pourquoi ?
« Au cours du premier XXᵉ siècle, beaucoup se résignèrent à l’embaumement de la Bretagne, “la terre du passé”. » — Daniel Le Couédic
La Normandie a obtenu sa réunification. Le Pays basque a unifié sa gouvernance. L’Alsace dispose d’un statut spécifique. La Corse avance vers l’autonomie. Quant à l’Île-de-France, elle porte désormais un projet explicite de « choc de décentralisation ». Dans chacun de ces cas, une trajectoire institutionnelle s’est affirmée. La Bretagne fait figure d’exception.
Pour comprendre cette singularité, il faut considérer l’identité bretonne non comme une essence intemporelle mais comme une idée dont les interprétations changent avec les contextes historiques. L’idée bretonne désigne alors les doctrines qui émergent de la rencontre entre une Bretagne réelle en transformation et les contradictions de leur temps.
À la fin du XIXᵉ siècle, l’idée bretonne émerge comme une réponse aux effets de la modernisation sur les sociétés traditionnelles et prend une forme patrimoniale. Mais cette Bretagne des collecteurs est progressivement réimaginée depuis Paris sous une forme folklorique et provinciale. Les modernistes des années 1920 réagissent à cette réduction et cherchent à recréer la Bretagne dans la modernité, mouvement symbolisé notamment par l’invention du drapeau breton contemporain.
La crise des années 1930 déplace ensuite le débat de l’esthétique vers l’organisation territoriale de la société. Inspirée par le personnalisme communautaire et le fédéralisme intégral, cette doctrine cherche dans les régions réelles et les communautés de vie une réponse aux crises du temps. Par opportunisme ou par conviction, une partie du courant autonomiste se discrédite cependant durablement dans la collaboration.
Après-guerre, les ambitions doctrinales cèdent la place au développement. Modernisation, désenclavement et rattrapage économique deviennent les priorités. À partir des années 1960 puis 1970, les enjeux de redistribution, d’aménagement puis d’environnement nourrissent des contestations sociales, territoriales puis écologiques qui réintroduisent progressivement la question du pouvoir. La décentralisation des années 1980 apporte une réponse principalement administrative, sans réellement résoudre la question démocratique.
À partir des années 1990, une Bretagne plus prospère retrouve confiance en elle. Le réenchantement culturel accompagne le développement économique tout en s’inscrivant dans un contexte de mondialisation et de réaffirmation des appartenances territoriales.
Au fil des années 2000, cette dynamique se diffuse largement dans la société bretonne à travers les réseaux, la diaspora, l’ouverture européenne et le développement d’un véritable marché de la bretonnité associant festivals, marques territoriales, produits régionaux et consommation de signes identitaires, phénomène symbolisé par le lancement de la Fête de la Bretagne.
Mais cette résurgence culturelle n’est pas seulement le symptôme d’une identité retrouvée ; elle est aussi la compensation d’une absence de pouvoir. La Bretagne réenchante culturellement ce qu’elle ne parvient pas à traduire politiquement.
La réforme territoriale de 2015 aurait pu constituer un moment de clarification. Il n’en est rien. Réunification, collectivité unique et la question des compétences demeurent ouvertes. De plus, cette réforme intervient au moment où les États s’engagent au niveau international dans les transitions. La question demeure donc entière : quelles capacités politiques et institutionnelles les territoires doivent-ils mobiliser pour y faire face ?
Les années 2020 voient réapparaître la question institutionnelle par une démarche citoyenne ascendante. Face à l’absence de clarification, des citoyens remettent au centre du débat les questions d’autonomie, de gouvernance, de périmètre et de compétences. L’ambition est désormais de construire une feuille de route partagée pour l’avenir institutionnel de la Bretagne.
Aujourd’hui, la Bretagne est à la croisée des chemins. Dans un contexte marqué par les transformations contemporaines et la défiance envers les institutions, la question bretonne se reformule une nouvelle fois. Après le développement économique et le réenchantement culturel, elle redevient une question de pouvoir politique.
L’enjeu n’est plus d’inventer une nouvelle représentation de la Bretagne, mais de donner une traduction institutionnelle à cette nouvelle étape de son histoire. Réunification, collectivité unique, nouveaux transferts de compétences ou autonomie territoriale n’ont de sens que s’ils permettent aux citoyens de reprendre part aux arbitrages qui engagent leur avenir.
À l’approche de 2032, cinq siècles après l’Union de la Bretagne à la France, une nouvelle doctrine pourrait ainsi émerger : celle d’une identité régionale devenue civique. Non comme l’aboutissement d’un héritage figé, mais comme une nouvelle reformulation de l’idée bretonne.
Le cas breton révèle alors une question plus large : dans un contexte français encore institutionnellement incertain, comment convertir les identités territoriales en véritables capacités politiques ?
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Note méthodologique : à travers cet article, j’ai voulu déplacer le regard de l’identité vers les doctrines qui la produisent. Mon hypothèse est que l’idée bretonne n’évolue pas par simple adaptation d’une identité préexistante, mais par la succession, la concurrence et l’hybridation de représentations collectives historiquement situées. L’histoire apparaît alors moins comme la permanence d’une essence que comme un processus continu de recomposition.
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Références:
Daniel Le Couédic (dir.), Ar Seiz Breur 1923-1947. La création bretonne entre tradition et modernité, Coop Breizh / Institut culturel de Bretagne, 2000.
Jean Jacob, Le retour de l’Ordre Nouveau. Les métamorphoses d’un fédéralisme européen, Librairie Droz, 2000.
Mona Ozouf, Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009.
Grégory Berkovicz, Libérons nos provinces ! Manuel pour transformer la France en République fédérale, Paris, Max Milo, 2024.
Commentaires (39)
L'idée d'une Nationalité bretonne peut être mise en avant, Breton de souche ou non, comme en Nouvelle Calédonie où vivent mon fils (Breton) et mes petits-enfants (Calédoniens). Les Basques ont très bien joué, à défaut d'un département basque pourtant promis par Mitterand, mais ils ont un hinterland au Sud. Et la Corse est une île. La Normandie pouvait être réunifiée car ce n'était pas une entité ethnique, sans présenter de danger linguistique. Bravo aux Alsaciens. Quant à nous ? YG
Merci Yvan. C’est précisément ce qui m’interroge. La plupart des territoires que vous citez ont progressivement clarifié leur horizon institutionnel. La question que je pose est donc moins celle de leurs caractéristiques propres que celle de leur capacité à produire une doctrine politique suffisamment partagée pour orienter l’action collective. C’est peut-être là que se situe aujourd’hui la principale difficulté bretonne.
La Normandie c'était surtout deux (très) petites régions qui portaient déjà la nom de Normandie et ont été fusionnées. Pour rappel la Normandie fusionnée est moins peuplée que l'actuelle Région Bretagne.
La principale difficulté, c'est la Réunification B5. Nantes et Rennes se rêvent au centre d'une région ouest, mais c'est une impasse. Le Maine, l'Anjou et la Vendée accepteront-ils d'être satellisés par la Bretagne ? Inversement, le grand ouest sera-t-il forcément commandé par les Bretons ? Le nom de la Bretagne va-t-il disparaître ? Par chance, le grand est ne passe pas : un coup dur pour les promoteurs du grand ouest.
Rennes et Nantes se satisfont très (très) de la région actuelle.
Et demandent rien du tout en fait. La fusion n'a été évoquée que lorsque Hollande a indiqué son projet de raser gratis avec des fusions à gogo. Notons que Rennes n'a pas proposé de fusion avec la Basse-Normandie et Nantes n'a pas proposé de fusion avec Poitou-Charentes.
Le Conseil général de la Loire-Atlantique a demandé la fusion B4+PDL en 1972. Et le CG 35 a demandé une B6 avec la Mayenne. Le regroupement de chambres de commerce de 1919 puis de 1922 avait une configuration de grand ouest (sans Rennes alors).
Je vous parlais d'un passé récent. Et les Conseils Généraux de 1972, ce ne sont pas les Villes de Rennes et de Nantes (ou les Métropoles) de 2026. Que ce soit spatialement, politiquement, ou en terme d'époques.
Par ailleurs Bretagne + Mayenne, je n'appellerai quand même pas cela un "Grand-Ouest". Au final avec deux départements (44 et 35) qui voulaient un Mini-Ouest ou une Bretagne élargie (selon votre sensibilité) dont Rennes ou Nantes (selon le département en question) seraient le centre, cela a naturellement aboutit à la situation actuelle : un Ouest divisé en deux régions, une pour Rennes, une pour Nantes.
Le coeur du sujet est d'associer Rennes et Nantes sur tous les sujets d'importance, ferroviaires, routières, aéroportuaires, universitaires, fonction publique etc C'est le coeur du sujet.
En 2014, les maires de Nantes, Rennes, Saint-Nazaire, Brest, Angers, Le Mans se sont déclarés favorables à la fusion des deux régions.
Si on en croit le Code général des Collectivités territoriales, c'est bien aux Conseils départementaux de demander telle ou telle région de rattachement. Les métropoles peuvent faire des vœux ! Ce dont elles ne se privent pas d'ailleurs, comme en 2014, en faveur de la fusion des deux régions. Les élus se sont peut-être fait une raison depuis, mais le monde économique raisonne grand ouest, même si parfois il s'agit de quatre régions.
La Bretagne c'est cinq départements et cinq millions d'habitants avec une langue et un puissant héritage historique, un potentiel, un cocktail avec des ingrédients que n'ont pas forcément les "régions" citées précédemment, la France ne saurait lui accorder ce qu'elle peut tolérer chez d'autres. Tant que les bretons n'auront pas plus la conscience d'eux-mêmes rien ne bougera.
La Bretagne réenchante culturellement ce qu’elle ne parvient pas à traduire politiquement > Vrai et encore, rien n'est acquis. La jeune génération bretonne s'intéresse davantage au rap qu'à la musique celtique. L'esprit des années 70 est loin ; il a porté la jeune génération d'alors et entraîné plus ou moins avec elle la suivante. Mais la génération de ses petits-enfants, elle, ne semble pas prendre le flambeau...
Il y a aussi un autre enjeu : celui de la déculturation du littoral avec l'afflux d'une population de l'extérieur qui, je le vois autour de moi, n'a cure de la culture bretonne. Ils veulent leur pavillon à tout prix, souvent neuf et moderne, leur plage et un accès TGV. Point.
Progressivement, la Bretagne culturelle reflue vers son cœur, le littoral devenant sa périphérie au même titre que ce qu'il est advenu du 44. La culture bretonne est d'ailleurs plus active dans ses marches (Ille et Vilaine, pays de Retz...) et sur sa frontière linguistique breton/gallo (pays de Ploërmel et de Redon...).
Labour 'zo...
Entièrement d’accord ! Nous croyons que l’identité est substantielle, s’inscrivant dans une continuité culturelle alors que cet article démontre qu’elle est portée par des doctrines qui l’ont régulièrement métamorphosée.
Cependant, nous arrivons actuellement à la fin d’une cycle, et qui s’illustre par la disparition d’organisations au service de la culture bretonne (Coop Breizh, Amzer Nevez…). Rien ne dit qu’il y aura l’émergence d’une nouvelle dynamique portée par les nouvelles générations ! À force de combattre pour une cause symbolique, et non une identité civique, nous risquons de fragiliser notre avenir collectif. A contrario, regardons l'Écosse ou l’Irlande : ils vivent leur identité à travers les institutions, le débat public et la modernité, non pas dans les signes identitaires. Quand est ce que la Bretagne va enfin se décoincer ?
La Bretagne se décoincera quand elle sera réunifiée. Le verrou se trouve au Conseil départemental de la Loire-Atlantique. Il faut mettre ce Conseil devant ses responsabilités. Il pourrait organiser une consultation en ligne sur sa demande de changement de région. Ainsi que le département d'Alsace l'a fait, avec peut-être des résultats au Parlement.
ce sont "des droits civiques "que nous nous devons d'obtenir en tant que peuple breton et nation sur le plan politique et institutionnel .
C'est là tout le problème breton .
Pour compléter cet argumentaire, nous pouvons en référer à la géographie qui met trois façades bretonnes en collier autour de notre pays, bordé à l'est par des places fortes face à face françaises et bretonnes qui dessinent un couloir Nord-Sud reconnaissable historiquement. C'est tangible. C'est réel. Après on jongle avec les arguments des temps successifs. La politique s'en mêle. Nous avons un ennemi universel à désigner pour mieux le neutraliser. C'est toujours et partout l'esprit de domination qui prône l'obéissance à des lois dictées par d'ingénieux profiteurs de tous poils au lieu de s'en remettre à l'intelligence collective des peuples, encore jamais sollicitée, mise au travail et tellement plus à même de faire des choix pour rédiger des lois en fonction de compétences et d'expertises mises à sa disposition à l"envers d'une obéissance aveugle et servile. Et cette intelligence collective peut être éclairée à partir d'une organisation centrée sur dles besoins existentiels, pour tous humains, les mêmes, mais différemment traités dans chaque pays, chaque région.Neuf besoins existentiels dont tout le reste découle. Nous les connaissons tous. Ce sont des phares qui nous montrent si oui ou non nous avons les meilleurs lois possibles. Je cite : la sécurité, la nourriture, le logement, le vêtement, l'éducation, l'instruction, la formation professionnelle, la circulation des biens et des personnes, et l'information. Réfléchissons bien : Tout le reste en découle. Ensuite il y a trois valeurs essentielles : l'autonomie (la liberté), la solidarité (égalité) et la résilience (la fraternité). Trois valeurs universelles, neufs besoins existentiels et universels. Avec ça on peut aller loin.
La Bretagne est vraiment une région a fort particularisme (même si le littoral a perdu beaucoup de son âme ).
C'est un fait indéniable mais les élus bretons ne se battent plus pour une entité administrative " particulière " . Il n'y a rien à attendre de bon de la part des partis radicaux des deux côtés de l"échiquier politique . Alors les autres exprimez vous . Vous voyez bien qu'il y a encore une envie d'institutions ayant des pouvoirs élargis au plus près des citoyens et la région c'est la réponse !
NON ! : « Cinq siècles après l’union de la Bretagne à la France »
Non, Non et Non !
Répéter un mensonge ne le fait pas devenir vérité.
1488 : Agression Française contre la Bretagne à St Aubin du Cirmier (28 VII), puis occupation militaire et institutionnelle de la Bretagne ;
1499 : Contrat de mariage (de Droit International Public) entre Louis et Anne où la souveraineté de la Bretagne est clairement rétablie, reconnue et garantie par la France ;
1532 : Édit d’annexion de la Bretagne à la France par François Ier ; NB : En 1532, il n’y eut ni Traité ni union mais simple édit royal et annexion.
1789 : Suppression des provinces par la Convention et ainsi de l’Edit d’annexion. Ce qui en DIP replaçait la Bretagne dans ses droits souverains antérieurs déjà reconnus par la France.
Selon le Droit International public qui est uchronique, la Bretagne n’est qu’un État souverain occupé depuis cinq siècles par une puissance étrangère.
En principe la force ne crée aucun droit.
Une décision de la Justice européenne est attendue qui concerne d’ailleurs d’autres territoires et entités que la Bretagne.
A
Je pense que votre réponse déplace le débat. Que l’on préfère parler d’union, de rattachement ou d’annexion, la question que je soulevais portait avant tout sur le fait historique de l’intégration de la Bretagne à l’ensemble français. La qualification exacte de ce processus est un débat historiographique et politique légitime, mais elle ne change pas le point principal. En revanche, lorsque vous présentez votre lecture souverainiste comme une évidence juridique ou historique, vous quittez le terrain du constat pour celui de l’interprétation. C’est précisément cette distinction qui me semble importante.
Vous assimilez le Droit International Public à une opinion ou un caprice. Et vous êtes dans l’erreur.
A
Pourrait-on en savoir plus sur la décision de la justice européenne attendue? Quels sont les territoires et entités concernés? Sur quoi porte le litige? Quelle est la juridiction saisie?
Une region autonome bretonne ferait de l'Anjou et du Maine un territoire non pas périphérique ou satellite mais tampon entre Paris et la Bretagne. De quoi accélérer l'enrichissement de leurs départements comme le montre l'exemple Alsacien.
Quand à la rivalité Naoned/Roazhon si elle est économique ca ne peut etre que profitable à la Bretagne. Gwenned doit naturellement redevenir la capitale politique et culturelle.
Je partage votre point de vue, sans être par principe opposé à une grande entité Val de loire, je me demande si l'on a au moins demandé leurs avis aux élus, populations, forces vives du Maine et de L'Anjou ? Je crains qu'ils préfèrerais le statu quo actuel ou pire le gransd ouest plutôt que ce Val de Loire Je reste justement persuadé que l'émergence voir le renouveau d'une entité Maine Anjou serait le bon compromis en vue de la réunification de la Bretagne vu que l'est breton a des accointances avec ses voisins, angevins et mainiots.
Maine-Anjou, le problème est le côté bicéphal (présent rien que dans le nom) non-viable en fait. Et alors que Le Mans ou Angers ne sont pourtant pas de grandes métropoles.
La proposition alsacienne de donner à des départements la possibilité de prendre les compétences des Régions allait dans le bon sens car certaines provinces (la majorité des anciennes provinces en fait) sont quasi représentés par des départements (et non des régions administratives). Le Pays basque lui même est inclus dans un département. La Catalogne, c'est le 66, les Flandres, une bonne partie du Nord etc etc (Savoie à fusionner, mais ce sont des départements).
C'est plutôt vers cela que B5 serait envisageable, grâce à la dislocation des PdlL, mais il est tout à fait possible que Nantes-St Nazaire préfèrent former un département-région à eux seuls.
Vouloir rattacher la Vendée ou l'Anjou à d'autres grands ensembles (que celui tourné vers Nantes), à partir des Pays-de-la-Loire actuel et sans phase intermédiaire (qui pourrait les y pousser, même involontairement) est une chimère, qui ne proviendra jamais de ces deux départements. Ces deux départements n'ont aucune envie ou intérêt à se tourner plus vers Orléans, Tours, Poitiers que vers Nantes et le pole maritime.
Pour la Vendée, c'est sûr. Elle est passé de département le plus arriéré au plus prospère d'Hexagone en étant relié à Nantes, qui a formé la plupart de ses étudiants, donné des débouchés à ses artisans, trouvé des investisseurs qui y ont vu un pré-carré délaissé par Paris. Qui a tout de même planifié ça, notamment en investissant énormément sur les infrastructures routières et ferroviaires. De toute façon, cela faisait parti de la stratégie pour assujettir la Vendée et donner le change à Nantes qui se voyait offrir un pré-carré en compensation de la séparation d'avec la Bretagne, la Vendée ayant l'avantage à ses yeux d'être aussi un territoire maritime.
Plus un découpage administratif permettant un jeu d'équilibre avec un 44 plus peuplé de gauche mais le reste des PdL de droite.
Pour le 49, c'est différent. Les Mauges sont un peu dans la même configuration que la Vendée : quasi-totale ment aspiré par Nantes. Mais dans ce cas, cela frustre énormément Angers qui peut compenser une séparation administrative d'avec Nantes.
Alors que la Vendée est totalement soumise et effrayé à l'idée de ne pas avoir son rond de serviette à la CCI de Nantes pour se retrouver à celle de Poitiers, à côté de Niort.
Évidemment, tout cela vaut dans le cadre institutionnel actuel. La Vendée pourrait trouver des avantages à être séparé de Nantes, notamment à long terme, l'influence nantaise commençant à avoir ses effets pervers sur le déséquilibre nord/sud.
Mais dans la psychologie des têtes, le boulet qui empêche le 44 de rejoindre sa Bretagne (et qui est d'autant plus parlant que le nord du 44 est complètement mis de côté dans la dynamique du département, en concurrence avec Vendée et Mauges, ce qui est un scandale), c'est la Vendée.
Les Mauges, c'est plus relatif. Mais évidemment, on notera que la RF a bien planifié son ingénierie sociale sur ces terres contre-révolutionnaires pour les faire chapeauter par la grand'ville étrangère d'à côté (quand bien même Nantes n'était pas particulièrement enthousiaste au jacobinisme, les préfectures dans son cas, et elles étaient nombreuses un peu partout en Hexagone, ont été mise au pas par Paris plus facilement).
Le Sud-Vendée est moins développé, c'est en partie lié à la limite régionale au Sud, mais celle-ci correspond à une limite naturelle/communicationnelle avec le Marais poitevin qui empêche de bonnes relations avec La Rochelle en particulier. Par ailleurs Fontenay-le-Comte est bien reliée à Nantes par autoroute, mieux que certains coins de l'Ouest et du Nord-Vendée.
Vous avez soulevé un point important, le Nord-44 qui est délaissé : c'est le résultat de la division en deux régions de Rennes et Nantes. Mauvaises liaisons ferroviaires, routières, d'investissements. Tout ceci est artificiel, lié au découpage régional. La priorité devrait être de relier Nantes et Rennes, Nantes à la Région administrative actuelle. La priorité des priorités. Bien avant de savoir à qui rattacher la Vendée, Cholet etc. Notons que demain, sans fusion avec B4, les Pays-de-la-Loire (et donc Nantes) pourraient très bien s'élargir à d'autres territoires (exemple : Nord du 79 bien plus lié à Cholet et Nantes qu'à Niort ou Bordeaux). Nous n'aurions pas notre mot à dire là-dessus.
L’attachement de Nantes et de la Loire-Atlantique à la vendée et au maine et Loire n’est pas nouveau.
Dès 1973, lors de l’assemblée de l’Association bretonne à Pontchateau, le Conseil général de Loire/Atlantique avait déjà manifesté son attachement aux liens économiques et historiques avec la Vendée et le Maine et Loire.
Il y a toujours eu au sein du mouvement breton en Loire-Atlantique des gens qui ne voulaient pas se séparer de la Vendée par exemple. Les gens qui sont favorables à la fusion des deux régions (ou au statu quo) ont-ils leur place dans le mouvement breton ?
"qui ne voulaient pas se séparer de la Vendée au sein du mouvement breton"
Je n'ai jamais rien lu ou ressenti de tel, pourriez-vous développer ?
Moi je m'interroge quand même sur un discours qui passe d'abord par le rattachement de la Vendée, 49, a d'autres régions alors que l'on sait pertinemment que cela ne trouve pas d'écho dans ces contrées.
Les militants du 44 connaissent peut-être mieux que vous la réalité locale en fait et la difficulté de la tâche. Il est normal que la priorité des priorités , l'étape de base sine qua non, soit de faire disparaitre la limite administrative avec les 4 départements de la Région administrative.
Pour les élus, il est aussi question de ne pas se mettre en porte a faux avec les institutions. Une sortie mal négociée des pays de la loire, a tout le monde une guerre ouverte (et ils ne se sentent déjà pas bretons pour cela) pourrait avoir des circonstances catastrophiques. Administratives, électorales, économiques.
Dans le mouvement breton on parle beaucoup trop d'Histoire. Des que l'on rentre dans le vif du sujet, le concret, on sent surtout une crainte d'un trop grand poid de Nantes et du 44. Le rattachement sans condition c'est l'assurance d'être là 5eme roue du carrosse pour eux. Ils ne vont pas tout lâcher pour faire une Bretagne jolie sur une carte.
Dans le mouvement breton, on parle trop exclusivement de culture bretonne bretonnante, y compris en Loire-Atlantique, alors que la Bretagne, c'est pour moitié la Bretagne gallèse qui est bretonne par l'Histoire.
Sauf que c'est là votre vision des choses, de vouloir faire passer pour "culture bretonnante" ce que la majorité des Bretons conçoivent de nos jours comme "culture bretonne", appropriée sans aucune division ou limitation par les dernières générations. C'est justement un signe de la mauvaise santé du mouvement breton de lire que certains voudraient hiérarchiser et territorialiser les expressions culturelles bretonnes, alors qu'elles sont devenues minoritaires dans une scène culturelle locale ouverte à la France et à l'international. Ce serait s'affaiblir encore plus. Et c'est aussi un signe de mauvaise connaissance de la réalité du terrain : en Loire Atlantique, ce que vous jugez comme "culture bretonnante" est bien souvent la seule et la dernière manifestation du lien à la Bretagne. Si on enlève enseignement du breton ou bagadoù ne resterait plus rien ou presque dans beaucoup d'endroits. Heureusement qu'ils sont là. Car la vie locale a évolué au XXe siècle sous influence de ce qui venait de l'est, et de Paris notamment, au point de perdre tout caractère local et de se fondre dans une culture globale devenue commune avec les départements voisins comme le Maine-et-Loire. Sans parler que ce qui est présenté en Région Bretagne comme "culture gallèse" est le plus souvent "brétilienne", bâtie sur les réalités du seul 35. Attention, ce qui est vu comme "rennais" peut susciter le rejet en 44. De même que les discours entendus de nos jours en B4, parmi les défenseurs du gallo, qui pour certains assument ouvertement vouloir séparer le "Pays Gallo" de la Bretagne. Les habitants de la Loire Atlantique eux veulent être reconnus comme Bretons, pas comme Ligériens ou Gallos.
Ainsi donc, en Loire-Atlantique, il y aurait, d'un côté, ceux à cause desquels "il ne resterait plus rien ou presque dans beaucoup d'endroits" et de l'autre, l'élite bretonne locale qui connaît le breton ou qui joue dans un bagad. Sauf que tous ces gens qui ne sont "rien ou presque", ils ont signé une grande pétition pour tenter de quitter les PDL. Tandis que l'élite bretonne a abandonné sans remord ladite pétition pour sauver provisoirement ses subventions et être ainsi reconnue comme bretonne au sein des PDL.
Vous semblez obsédée par cette pétition, et pourtant à chacune de vos interventions ou presque vous démontrez que vous connaissez mal la situation et la population de Loire Atlantique. En réalité c'est vous qui méprisez cette demande populaire, que ce soit ses porteurs ou ses signataires, en réinterprétant à votre sauce leurs convictions pour les faire entrer dans votre discours borné. Vous ne prenez même pas le temps de lire ceux qui ont un avis différent du vôtre, même quand il est argumenté : la cause de la disparition des éléments de la culture locale, relisez moi, c'est l'arrivée précoce et l'attraction forte de la "culture populaire" française, bien plus tôt qu'à l'ouest de la Bretagne. Libre à vous de croire qu'on trouve dans chaque village du pays de Retz des dizaines d'apprenants du gallo, que les écoles de musique nantaises croulent sous la demande pour apprendre la vièle, ou que que la jeunesse du pays d'Ancenis s'encanaille en 2026 au rythme des quadrilles ou pastourelles. Quiconque connaît le 44 sait quelle est la réalité, et que la votre est fantasmée.
Historiquement, il y a la Bretagne bretonnante et la Bretagne gallèse. Malheureusement, ces deux cultures ne se portent pas trop bien. Ce que je veux expliquer, c'est que les habitants de la Loire-Atlantique, fusent-ils acculturés au possible, se sentent toujours Bretons. Les pétitionnaires ont signé ce qu'ils ont signé : un vote consultatif pour changer de région. Une demande institutionnelle, pas une demande culturelle. Un peu de musique bretonne ne les consolera jamais d'être coincés dans la région bidon des PDL.
Quels liens historiques ?
Les mêmes que ceux d'entités frontalières ?
Dans le compte-rendu de la réunion de l’Association bretonne de 1973, sont rapportés les propos de M. du Dresny, président du Conseil général :
« en dehors des liens économiques qui ont constitué la nouvelle région, il y a une certaine affinité de traditions et d’idéal entre la Loire-Atlantique, la Vendée et le Maine et Loire. A une certaine époque de leur histoire, leurs populations ont lutté côte à côte et versé leur sang pour la même cause »
Dans le compte-rendu de la réunion de l’Association bretonne de 1973, sont rapportés les propos de M. du Dresny, président du Conseil général :
« en dehors des liens économiques qui ont constitué la nouvelle région, il y a une certaine affinité de traditions et d’idéal entre la Loire-Atlantique, la Vendée et le Maine et Loire. A une certaine époque de leur histoire, leurs populations ont lutté côte à côte et versé leur sang pour la même cause »
Cette cause était la chouannerie. Mais l'Histoire de la Bretagne est bien plus+ ancienne que ces événements qui ont duré quelques années.
Rien ne prouve que les chouans étaient favorables à la création d'une région à cheval sur la Bretagne, le Poitou, l'Anjou et le Maine. Et Nantes n'était pas de la partie.
Visiblement il s'agit de la contre-révolution dont il est question.
Il 'y a rien d'identitaire, régional ou de culturel là-dedans. Charette était breton et le revendiquait. La Contre-Révolution c'était garder l'Eglise au centre du village, le Roi de France comme boussole absolue, l'Ancien Régime et ses féodalités historiques (en particulier les exemptions fiscales dont la zone des Marches (représentées aux Etat Généraux, comme une province à part entière) étaient particulièrement pourvues).
C'est un non-argument. Et en plus, une grande partie du 44 (dont Nantes !!) était républicaine et anti-chouanne ou "vendéenne". L'épicentre de la contre-révolution au Sud de la Loire pour l'Ouest de la France se situant dans le Nord des Deux-Sèvres, non loin de Cholet...