Les éoliennes de la baie de Saint-Brieuc : beaucoup de vent pour rien et un avenir incertain
Enquete de Philippe Argouarch

Publié le 3/06/15 14:58 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Ségolène Royal vient juste de valider hier le projet d'éoliennes offshore de la baie de Saint-Brieuc, quatre ans après le lancement du projet ! Le projet comprend 63 turbines de 8MW chacune, le tout pouvant produire de l'électricité pour près de 800 000 Bretons.

Lenteurs administratives et retards considérables

Si les Britanniques ont construit le parc éolien Ormonde au large de la côte du Cambria en trois ans seulement ( voir l'article ), il faudra au moins 10 ans, sans doute plus, pour construire le parc éolien offshore en baie de Saint-Brieuc, dont la mise en service était prévue initialement en 2020, 20 ans après la mise en service du premier parc éolien offshore en Grande-Bretagne.

Dès 1980, le Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons (CELIB) avait pourtant entrepris de rassembler toutes les compétences et toutes les capacités existant en Bretagne pour développer une industrie de production d'aérogénérateurs (des éoliennes) mais s'était heurté à un mur d'obstacles administratifs. En 2005, Bernard le Nail, de retour du Danemark, tirait la sonnette d'alarme via un article ABP, ( voir l'article ). En 2010, Bretagne Prospective rappelait la vocation maritime de la Bretagne et le retard pris dans le développement des EMR. Beaucoup blâment EDF et sa politique du tout nucléaire pour le retard considérable pris par la France.

Pour le parc de la baie de Saint-Brieuc, les retards s'accumulent

En mai 2014, le consortium AILES-MARINES choisi par l'Etat pour la réalisation du projet en baie de Saint-Brieuc avait tout arrêté. L'évolution des technologies marines allant plus vite que les délais de consultations, ou les lenteurs administrative, AILES-MARINES décida de remplacer les 100 turbines de 5 MW prévues initialement, par 62 machines de 8 MW. Les ingénieurs retournèrent à leurs calculettes vu que toutes les superstructures doivent être redésignées et en particulier les jackets (les fondations sous-marines). On imagine les réactions de STX qui construit les tours métalliques à Brest devant tout recommencer à zéro.

Le 9 septembre 2014, TECHNIP, partie prenante du consortium de réalisation annonce qu'il se retire du projet (il devait fabriquer des palmes qui du jour au lendemain devinrent obsolètes).

En février 2015, on apprenait que la société AREVA dont fait partie AREVA-WIND, et qui est partie prenante du consortium AILES-MARINES, est en pleine crise avec un déficit de près de 5 milliards d'euros. Une entreprise en déficit de 5 milliards d'euros peut-elle survivre ? Non bien sûr sauf-- intervention de l'État. AREVA-WIND, qui se consacre à l'éolien et qui semble en bonne santé au vu de son implantation en Allemagne et en Écosse, sera détachée de la société mère dans le cadre du plan de démantèlement prévu en vu de créer des unités AREVA indépendantes.

En mars 2015, AREVA WIND fusionne avec la société basque GAMESA pour former ADWEN. Le siège social de ADWEN sera au Pays Basque espagnol à Zamudio. (voir le site) d'ADWEN qui est devenu le principal acteur du projet éolien de la baie de Saint-Brieuc. Les Normands s'inquiètent aussi. D'après ADWEN, les turbines de 8MW seraient bien construites au Havre alors que celles de 5MW continueraient à être produites en Allemagne. Les inquiétudes persistent quand même (voir le site) . Les cafouillages se multiplient dans l'opacité la plus totale héritée du nucléaire. Le grand public est très peu informé.

Validé pat l'État hier, on pourrait penser que les constructions vont commencer, mais pas du tout. Le dépôt des demandes d'autorisations administratives sera fait uniquement en octobre 2015. La phase d’enquête publique ne sera réalisée qu'en 2016. Le bouclage financier n'aura lieu qu'en 2017. La constructions des turbines ne commencerait qu'en 2018.

Philippe Argouarch

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.
Vos 9 commentaires
Emilie Le Berre
2015-06-03 22:22:10
D'ici 2018, existeront probablement des éoliennes de 10 MW, une bonne raison pour recommencer à nouveau ...
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Yann le Bleiz
2015-06-03 23:31:41
@ Philippe :
"63 turbines de 8MW chacune, le tout pouvant produire de l'électricité pour près de 800 000 Bretons."
A non, là, il y a erreur!
Je m'explique :
Un jour lors d'une conférence en mangeant des petits fours, je discutais avec une négociatrice mandatée par le Gvt français pour faire le lien entre les différents opposants ou partisans du projet.
Une charmante dame d'un certain âge, française et ne connaissant que peu la Bretagne, la personne idéale pour discuter avec les Bretons vu de Paris!
Je lui évoquais "Ce magnifique projet qui sera un pas important vers l'indépendance énergétique de la Bretagne!"
La Dame devint blême et me répondit immédiatement et très spontanément : "Indépendance énergétique de la Bretagne, mais il n'en ait pas question! Imaginez, grâce à ce projet la Bretagne va pouvoir vendre de l'électricité à toute la France!"
J'ai eu l'impression que je devais m'exalter de cette remarque coloniale!
Je tiens à préciser que cette dame ne se voulait nullement désobligeante! Les colonialistes ont souvent de bonnes intentions de leur point de vu (se rappeler Jule Ferry qui voulait coloniser pour civiliser!)
Conclusion :
Ce projet ne sert qu'à exploiter le vent breton (une richesse chez nous comme d'autres ont du pétrole) pour les besoins français en faisant rêver les aborigènes locaux, qui se contenterons du rêve et ne toucherons aucun bénéfice de la production ni en argent ni en emploi!
Pour mémoire:
Au Danemark, en Hollande et en Allemagne, ce sont souvent les habitants qui sont à l'origine des projets éoliens et touchent du fait tous les bénéfices du projet!
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Gwenael Kaodan
2015-06-04 20:35:41
Yann Le Bleiz,
A-du penn da benn ganit. Labourat a ran e ti ur saver meilhoù avel(un hini eus ar brasañ) abaoe dek vloazh bremañ, da klozadur eo ma hini. Dimp an tu fall ha pell eus ar vro ar gounidigezhioù.
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P. Argouarch
2015-06-05 10:00:46
@ Air Green : mon chiffre de 800 000 Bretons vient directement de la société ADWEN, section PROJETS. Plus exactement 790 000 habitants, j'avais arrondi à 800 000. (voir le site) . Votre calcul est à mon avis erroné car il est basé sur le chiffre annuel de consommation d'électricité en France qui inclut la consommation industrielle alors que le chiffre d'ADWEN ne comprend que la consommation ménagère (y compris le chauffage)
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Damien Kern
2015-06-05 22:42:45
Je pense que cette référence est acceptable. On est sur ABP, pas sur un rapport RTE.
Même si j'aurais préféré, 10% de la production électrique pour 8 millions de ... il n'y a pas assez de bretons. On doit raisonner sur une zone de connexion et elle est européenne.
C'est vrai que la référence par personne "entière" est irréelle. Idem pour le Danemark avec 30% d'éolien.
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Si un ménage privé consomme 12 kWh / jour. Avec 3 personnes par ménage, c'est 4kWh par personnes ( je ne parle pas de fioul, essence, 10kWh / litre ).
8MW pour 800 000 personnes, ça fait 1 kW par personne.
Il suffit que ce 1kW fonctionne 4 h par jours pour fournir 4Kwh. Ou encore 4h/24h = 16.7% de facteur de charge.
Quand on parle d'éolien, on doit dire potentiel de production de 10 à 15%. Après c'est fini et il faut trouver autre chose. Elle est là l'arnaque intellectuelle ou politique. Mais ces 10 à 15% il ne faut pas les jeter.
Les éoliennes en mer et de grande taille permettent de gratter des % en charge. Il y aussi les modèles meteo, le Mistral fournit une 2ème source de vent indépendante.
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Le boulot des centres de production est justement de se tenir prêt ! On ne va pas négliger leur job. Ils sont connectés via des sociétés comme RTE.
Il y a un marché européen du KWh. De mémoire, je vous mets des temps de disponibilité et prix :
- le réservoir d'eau ( Les Alpes) : 1 seconde pour réagir - prix > 1,5¤ / Kwh
- le gaz, charbon, fioul : 5 minutes pour réagir. 25 c / Kwh
- nucléaire : 4 heures - 15c / Kwh
- éolien - 10 c / KWh (prix parfois nulle quand les autres systèmes sont en marche)
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Mon analyse personnelle est que l'électricité est trop subventionnée en France.
La photo Areva Multibrib M5000 est sympa. L'ardoise de 5 à x? milliards d'Areva sera payée par qui ?
Alors les montages financiers sur l'éolien se font en essayant de tirer le plus possible de subventions. Je n'aime pas les investissements qui dépendent des subventions, je préfère l'économie réelle.
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Yann le Bleiz
2015-06-06 11:26:32
@ Air Green Contest
C est quoi vos Bretons s éclairants à la Bougie? Si votre raisonnement est d apporter la civilisation aux ploucs, merci de passer votre chemin.
Le principe premier de produire de l électricité a partir d éoliennes est de : Produire localement pour consommer localement. Donc imaginer que de l électricité produite en Bretagne alimente des foyers français est pur déraisonnement.
Que l Etat français laisse les impôts bretons en Bretagne et nous fabriquerons nos hydroliennes et éoliennes. La France, pays de civilisation, gardera ses centrales nucléaires.
Et surtout n oublions pas que si l Etat français est incontournable pour installer des éoliennes, c est pour éviter que le peuple soit partie prenante dans la production énergétique et que les bénéfices n aillent pas dans la poche du peuple. Pour contrôler le peuple il convient de le rendre dépendant de l Etat!
Et en Bretagne, le but est certainement pas de laisser le peuple breton décider de sa production énergétique. D ou certainement votre référence aux bougies!
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Gwenael Kaodan
2015-06-06 14:05:30
Ce qui est frappant en Bretagne comme en France, lorsqu'on parle d'énergie on ne parle que d'électricité. Qui au passage, est une énergie finale (le terme a son importance).
Les Danois, qui produisent énormément d'électricité avec le vent, en période de surproduction, pour ne pas exploser leur réseau électrique, vendent leur production pour une bouchée de pain à la Norvège. En période de vent calme et de forte demande, il doivent acheter à prix d'or l'électricité que les Norvégiens sont capable de produire gràce à leurs barrages. Voila malgré un outil de production important comment on se met en dépendance énergétique. Les Danois sont en train de faire marche arrière en ce moment.
Quant aux Allemands, pour pallier à cette intermitance, après avoir voulu fermer les centrales nucléaires, les voila qui s'engouffrent dans le charbon. Charbon qui a une forte chance d'être l'énergie du XXIeme siècle, pour le malheur de nos enfants si rien n'est fait.
La référence aux bougies est une façon de détourner l'attention du problème, faire appel aux phobies, la peur du noir peut être ? La part énergétique de l'éclairage est pourtant peanuts à côté d'autres utilisations. Imaginez, par exemple, un monde sans pompes. Plus de production de froid, plus d'acheminement de l'eau, plus d'assainessement des eaux...
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Paul Chérel
2015-06-06 17:06:58
Je viens à nouveau pour apporter quelques compléments aux infos intéressantes que nous donne Damien Kern. Le probléme des éoliennes est évidemment leur production aléatoire. Rien ne sert de produire X KWHeures s'il n”y a personne au bout du fil pour les consommer. L'énergie électrique, tout le monde le sait, n'est pas stockable, sauf par l'intemédiaire de batteries dont le rendement est assez médiocre et cela tout le monde l'ignore en parlant, par exemple de miraculeuses voitures électriques. Mais c'est là que l”éolien pourrait avoir un énorme potentiel d'utilisation, stocker de l'énergie sous une autre forme que l'électricité: pompage et stockage d'eau par le biais de barrages ou châteaux d'eau, compresion d'air dans d'énormes réservoirs. On emmagasine quand il y a du vent, on pompe ou fait marcher des moteurs au moment et en fonction des besoins. Il n'y aurait plus qu'à convaincre les mouvements écologiques du bien-fondé des structures nécessaires. Paul Chérel
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P. Argouarch
2015-06-09 18:09:03
@Paul Chérel "GB - 13 mai , Cameron annonce un coup de frein brutal aux éoliennes, Allemagne 23 mai - les médecins allemends incitent à arrêter totalement l'éolien. France - 26 mai."
Vous pouvez donner des references précises ?
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