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Les Bretons du pays vannetais. Une minorité nationale bretonne ?

Chronique de Le Coadic (porte parole Yves-François Le Coadic) publié le 17/11/16 17:51

“Les Bretons du pays vannetais” était le thème d’une journée d’étude qui s’est tenue à Auray le 22 octobre dernier.

La forte tonalité patrimoniale apparaissait dans de remarquables exposés sur la musique, le mobilier, les objets du quotidien et les costumes. Musique et costumes excellemment illustrés par la présentation d’instruments de musique par un facteur d’instruments et de costumes traditionnels féminins par un styliste-modéliste.

On sait la relative diversité des arts et traditions populaires en Bretagne. Mais cette variabilité ne doit pas masquer le fonds culturel commun des arts et des traditions, des us et coutumes, fonds culturel qui est breton, de matière celtique. C’est la culture musicale, architecturale, vestimentaire de Bretagne que l’on retrouve dans le pays vannetais et non la culture d’une “minorité nationale” (1) vannetaise comme pourrait le laisser croire la persistance d’une approche linguistique clivante.

Qu’il existe un dialecte breton vannetais, nul n’en doute. Mais il doit être mis au rayon des antiquités patrimoniales. La présentation fort savante de ses particularités vocales, syntaxiques et lexicales n’a guère emporté l’adhésion des auditeurs. L’un d'entre eux se désolait du discours toujours présent (et malheureusement dominant chez les enseignants de breton) sur les variations vocales et lexicales du vocabulaire suivant les dialectes.

Quand on sait que la langue bretonne est une langue sérieusement en danger (2), on ne peut qu’être atterré par la persistance de débats diviseurs et destructeurs se fondant sur les formes dialectales de cette langue.

Quand on sait qu’en pays vannetais, non content d’utiliser les vocales dialectales, on enseigne un lexique dérivé du vocal. Par exemple : on écrit “gouil bamdé” pour “gouël bemdez” (3). L’école Diwan d’Auray vous souhaite “blead mat” au lieu de “bloavezh mat”. Lexique dont on ne trouvera pas la traduction dans le traducteur automatique de l’Ofis Publik ar brezhoneg !

Quand on découvre que l’association des associations Emgleo Breizh conforte cette approche passéiste en éditant un petit ouvrage sur le breton vannetais, on se prend à douter de la réussite d’une re-brittonisation de la Bretagne occidentale et de la survie de la langue bretonne.

Que l’on sache, le dialecte poitevin n’est pas enseigné à Poitiers, pas plus que le dialecte picard en Picardie. C’est une langue française unifiée qui est enseignée. Il en est de même pour toutes les langues modernes. Mais à Auray, en lieu et place du breton moderne, unifié, on enseigne le dialecte vannetais et donc la langue et le manuel utilisés ne sont pas les mêmes qu’à Quimper, Brest, Paris ou New-York.

Si l’on se réfère aux prévisions de l’Unesco, la prochaine étape que risque de connaître la langue bretonne, c’est de devenir une langue en situation critique, dernier niveau de vitalité avant son extinction.

Notes

(1) L'expression « minorité nationale » désigne un groupe de personnes dans un État qui présentent entre autres des caractéristiques linguistiques spécifiques.

(2) Atlas Unesco des langues en danger dans le monde : (voir le site)

(3) Titre d’appel de la manifestation “Un automne autrement” organisé par “Ti douar an alre” : (voir le site)

©agence bretagne presse

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