Les 100 ans du plus Breton des Américains mis à l'honneur en 2022

-- Littérature --

Agenda de I.R.
Porte-parole: Isaline REMY

Publié le 5/01/22 12:28 -- mis à jour le 05/01/22 17:29
Date de l'évènement : le 01/03/2022 à 10 h
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Jack Kdrouac

Ti’Jean, n’oublie jamais que tu es breton !

L'écrivain Jean-Louis Kérouac ou Jean-Louis Lebris de Kérouac dit Jack Kerouac est né le 12 mars 1922 à Lowell dans le Massachusetts, dans une famille de Canadiens- français. De son véritable prénom il sera surnommé Ti'Jean puis Jack. D'origine modeste, ses parents font face à de grosses difficultés financières. De ses ancêtres bretons, dont le dernier descendant est parti depuis 210 ans, il sera hanté toute sa vie par ses origines, fierté de son père qui lui inculque au plus profond de son âme « Ti’jean, n’oublie jamais que tu es breton ! » il ira les rechercher 4 ans avant sa mort et sera marqué très fortement par cette attirance où il se reconnaît comme légitimement breton.

De l’enfance, l’écriture un refuge et déjà chroniqueur

Jusqu'à l'âge de six ans, Jack Kerouac ne parle qu'un dialecte de français canadien, le joual, et ce n'est qu'à l'école qu'il apprend l'anglais, comme seconde langue. À quatre ans, il assiste à la mort de son frère aîné Gérard, alors âgé de neuf ans, atteint d'une fièvre rhumatismale. Cette mort est comme « une plaie qui ne se refermera jamais » et qui, plus tard, le conduit à écrire Visions de Gérard en janvier 1956 (qui ne sera publié qu’en 1963).

Grâce à l'activité de son père, Jack Kerouac est introduit dans le milieu culturel et littéraire de la ville et à treize ans, il est à l'origine d'une chronique. Il assiste ainsi à plusieurs projections de films dans son cinéma local, il se nourrit du 7ème art. Il se lie d'amitié avec un employé de son père, Armand Gautier, qui lui apprend toutes les subtilités du bras de fer, discipline dans laquelle Kerouac excellera toute sa vie comme un défi. Il passe aussi des heures dans l'atelier d'imprimerie, apprenant à taper à la machine. Il acquiert ainsi une grande dextérité qui forme l'une des composantes principales de son œuvre et rend unique son écriture. En effet, Kerouac écrit rapidement, rédigeant souvent des chapitres entiers d'une seule traite et corrigeant peu ses brouillons.

Très attaché à sa mère, il le restera toute sa vie, tandis que les affaires de son père périclitent ; ce dernier se met en effet à boire et à jouer. Jack se bat et décroche une bourse à l'université de Columbia, en gagnant un championnat de football, et sauve ainsi sa famille de la misère. Très tôt, il écrit des histoires en s'inspirant de l'émission de radio "The Shadow" puis des romans de Thomas Wolfe. Alors que toute la famille le suit pour que Jack puisse faire des études, il se blesse au tibia et se dispute avec son entraîneur de football.

Un mouvement littéraire est né : la « Beat Generation »

Sa carrière sportive remise en cause et peu intéressé par ses cours, Jack Kerouac traîne dans les bars avec ses nouveaux amis, qui deviendront bientôt les leaders de la Beat Generation : Allen Ginsberg, William S. Burroughs, et plus tard Gary Snyder. L'expression Beat Generation est employée pour la première fois par Jack Kerouac en 1948. Elle a donné naissance à un nouveau courant littéraire américain au cours des années 1950 prônant la liberté des grands espaces et les prémisses de la libération sexuelle, avec une touche de spiritualité. La Beat Generation ouvre la voie pour les générations suivantes comme les hippies des années 1960.

Sur la route (On the road), son roman phare

Après avoir tenté d'intégrer la marine américaine, Jack Kerouac, toujours dans l'incapacité de faire du sport, décide de faire le tour des États-Unis avec ses amis. Menant une vie dissolue faite de drogues et de road-trips, il écrit frénétiquement sur un unique rouleau de papier le roman qui fera de lui le symbole d'une génération : Sur la route. Bien que son oeuvre soit terminée en 1950, il faudra attendre sept ans pour qu'un éditeur accepte de le publier, et fasse en même temps la renommée mondiale de son auteur. Pour Kerouac, la gloire n'a jamais été qu'une illusion, et sa célébrité à laquelle il n’était pas préparé, le fait sombrer violemment dans l'alcoolisme et la dépression. Il écrit par la suite de nombreux livres et articles sur sa vie errante et sa quête spirituelle entre christianisme et bouddhisme, qui ne furent pas aussi bien compris par le public et les critiques.

100 ans après à l’honneur

Il est bien réducteur de relater la vie et l’œuvre de cet écrivain, aussi pour les 100 ans de sa naissance, il sera à l’honneur tout au long de l’année, d’abord chez Gallimard, avec la parution en mars, d’un inédit, son tout premier véritable roman, écrit à l’âge de 20 ans La mer est mon frère, quinze donc avant la parution de Sur la route, et publié aux Etats-Unis en 2011. Il retrace, sous l’influence de Herman Melville, son expérience dans la Marine marchande américaine, en 1942.

Les éditions Seghers, rééditeront en février ses Poèmes dispersés et Gallimard nous redonnera à lire Mexico City Blues et L’écrit de l’éternité d’or et en édition bilingue Folio présentera en mars une nouvelle édition de son roman Satori à Paris, publié en 1966, quête de ses origines bretonnes restées floues, annoncé dans la collection « L’imaginaire » et initialement traduit par Flammarion.

D’avoir trop brûlé la vie, le 23 octobre 1969, les journaux titraient :

« Jack Kerouac, "le clochard céleste". Le grand voyageur de la littérature américaine, est mort le 21 octobre, à la suite d'une hémorragie (ulcère), à l'hôpital de Saint-Petersburg (Floride), où il avait été transporté dès lundi soir. Il était âgé de 47 ans. »

Il laisse une œuvre considérable, entre autres de Sur la route (1960), Les Clochards célestes (1962), Big Sur (1966), Le Vagabond solitaire (1969)... et voulait trouver un monde où l'homme réinvente la vie et l'amour, au lieu d'être manipulé comme une chose, une marchandise, et de vivre une petite mort.


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Ecrivain, journaliste de presse écrite dans le domaine des évènements culturels et festifs.
Vos 4 commentaires
kris braz
2022-01-06 08:57:22
War an Hent, la traduction en breton de Sur la Route, est parue en septembre 2021 : (voir le site)
(1) 
Rafig
2022-01-06 13:32:36
j'ai lu ce livre culte, il y a 6 mois. Un ouvrage avec une explication sur la génèse du livre et le parcours de Jack Kerouac ...
Un livre à l'esprit loufforque où des jeunes gens sous drogue roulent à fond sur les routes des Etat-unis à cause d'un besoin irrésistible de liberté. Je n’adhère pas à cette "philosophie de vie" d'auto-destruction (personnelle) et dangereuse pour les autres qui les côtoient ou les croisent sur la route ... En plus, à l'heure de la protection de l’environnent, rouler d'Est en Ouest (6000 km) dans des voitures à pétrole, c'est un mode de vie qui ne devrait plus être présenté comme un mythe de liberté. Attention à ne pas en faire une légende, un modèle pour les jeunes de 2022 !
Désolé pour cette redescente sur terre après un trip au volant en roulant à 150 km sur la route 66 !
(0) 
kris braz
2022-01-08 10:08:25
Rectificatif : je voulais dire la traduction bretonne de On The Road, car le livre a été traduit de l'anglais, et non de sa version française, evel-just.
(1) 
Gali
2022-02-02 21:33:47
Je préfère voir une jeunesse consommer sa liberté sur les traces de Jack Kerouac à la découverte de l'Humain et de la Nature à bord d'une voiture certes polluante plutôt qu'une jeunesse prisonnière à consommer...certes polluante...
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