Le réveil du Parlement de Bretagne : c'est pour la fin de l'année

-- Politique --

Reportage de Didier Lefebvre

Publié le 4/07/16 13:23 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Pêchu et enthousiaste comme toujours, Jean-Loup Le Cuff (Yann-Vleiz pour les intimes), président de KAD (Kelc'h An Dael), accompagné de deux vice-présidentes, les très efficaces Odile Buton et Antoinette Costa, est venu présenter le projet de KAD. Il consiste en le réveil du Parlement de Bretagne, en sommeil depuis 1532, et à échanger des idées avec les sympathisants de la Cité des Ducs de Bretagne, et du Vignoble nantais voisin.

La fin de l'article explique la raison du mot réveil, et donc la façon dont il a été mis en sommeil.

Vingt personnes dans une arrière-salle d'un très branché pub de Nantes, le Kriptonic : (voir le site) ont répondu présent à l'appel de KAD pour leur visite à Nantes. Ambiance conviviale et grande discussion sur le Muscadet, avec les représentants du Collectif pour la Promotion du Vignoble Nantais ont été les préludes d'une après-midi de travail très dense.

Cette réunion est la septième d'une série de treize, à travers la Bretagne (voir calendrier à la fin de l'article).

Un Parlement démocratiquement élu

Ces élections auront lieu le 27 novembre (vote physique et dépouillement, voir le calendrier plus bas). Le lecteur trouvera aussi cinq fiches (à ce jour) concernant ce parlement : (voir le site) . La méthode est des plus démocratiques, et les modalités de vote par correspondance ont été également précisées. Les membres de KAD ne sont pas en effet venus qu'avec une organisation toute ficelée ; ils sont venus pour écouter, et nombre de propositions émanant du public ont été retenues.

Au départ, Jésus, et ses amis, ils ont commencé à treize

L'association KAD se tiendra en retrait. Aucun de ses membres ne pourra se porter candidat. Jusqu'au jour du dépouillement, nul ne pourra savoir qui sera élu. Les élections se feront à partir de listes, une pour les Bretons de Bretagne, une pour la diaspora. " L'idéal serait, " nous dit Le Cuff, " pour une première élection, une trentaine d'élus pour une cinquantaine de candidats ". Les candidats devront rédiger une profession de foi ; seule contrainte : elle devra être en format A4. Quant au collège des électeurs, à ce jour, l'optimum n'est pas atteint. KAD serait heureux si environ 500 personnes s'inscrivaient (pour savoir comment s'inscrire : (voir le site) . À ceux qui s'étonneraient que c'est peu, Jean-Loup leur coupe l'herbe sous le pied en rappelant que "Au départ, Jésus, et ses amis, ils ont commencé à treize".

Le Parlement, une première étape, il y en aura d'autres ensuite

Dans la réflexion sur les Institutions, sitôt le Parlement créé, il faudra un véritable outil démocratique de contrôle, la Cour des Comptes. Celle-ci devra s'attacher, indépendante du Parlement, au contrôle de toutes ses dépenses. Puis, rapidement, quel beau symbole que celui de battre monnaie. Jean-Loup Le Cuff rappelle qu'à la mort de Charles VIII, Anne eut la volonté de faire revivre toutes les institutions de Bretagne, et qu'un de ses soucis fut de battre monnaie. Ainsi naquit la Cadière. La réflexion sera donc lancée de créer une monnaie, pourquoi pas en bronze, qui pourrait servir de monnaie d'échanges, à l'image des SEL Système d'échange local .

Le Parlementaire parfait

On avait déjà une petite idée de la forme de ce Parlement. La réponse est dans l'intitulé KAD : Kelc'h An Dael, Cercle du Parlement. "Le parlement français (Assemblée nationale ou Sénat) n'a qu'un demi cerveau " s'amuse à dire Le Cuff : "l'hémisphère, qui va de l'extrême gauche à l'extrême droite, mais n'est que d'un seul côté, du côté des Jacobins. L'autre hémisphère est manquant, celui des Girondins. Le parlement britannique, lui, est particulier : ils se regardent en chiens de faïence : face à face. Mais le parlement gallois, lui, est en cercle" (voir par exemple Politique au pays de Galles ). "C'est donc possible".

Le cercle, un des symboles les plus celtiques. À l'image de la Table ronde arthurienne, un siège vide sera laissé. Du temps de notre roi Arthur - qui va revenir, rappelons-le : ( -> voir l'article d'ABP ), il y avait toujours un emplacement vide autour de la Table ronde : celui du chevalier parfait. Ici, il y aura toujours un siège vide, celui du Parlementaire parfait, qui n'existe pas. (Rappelons qu'en France, il y a 577 députés parfaits, enfin..., selon eux). Celui-ci sera situé à Gwalarn (au nord-ouest), bel hommage à la revue Gwalarn créée par Roparz Hemon.

Ce cercle ne sera pas posé n'importe comment. Il respectera les points cardinaux, symbolisé chacun par une des bannières emblématiques de la Bretagne. Voir la photo du dessin.

Les Parlementaires s’assiéront en cercle, selon l'ordre d'arrivée. Aucun n'aura sa place réservée ni attribuée.

La règle sera le respect, et le rituel de la parole sera appliqué autant que de besoin ; en cas de cacophonie : circulation de la parole en cercle, deux tours, temps minuté avec sablier. Un huissier sera là pour rappeler – gentiment - au silence le trop bavard.

La première session, et les suivantes

La première session sera hautement symbolique. Pour l'instant, le secret est gardé sur l'engagement que devront livrer les parlementaires. Cet engagement au service de la cause se doit d'être solennel. "Imaginez le bonheur, 500 après, le réveil du Parlement" s'enflamme Jean-Loup Le Cuff dans une envolée très lyrique.

Le manque d'assiduité ne sera pas toléré, et les Parlementaires ne seront pas rétribués, à peine dédommagés. Ces précisions pour bien montrer que l'engagement pour la cause n'est pas un vain mot.

Onze sessions annuelles ordinaires sont à prévoir, plus des éventuelles sessions extraordinaires.

Toutes les séances seront publiques, mais seuls les électeurs pourront participer. Parmi eux seront désignés des huissiers occasionnels, et des assistants pour l'intendance.

Le Parlement sera itinérant, bien entendu, parmi les 15 pays tels que définis par le CELIB Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons. Constat avait alors été fait que les 9 pays (symbolisés sur le Gwenn ha Du) étaient déséquilibrés : voir Bro Gerne et Bro Zol, soit Cornouaille et Pays de Dol), le CELIB avait proposé un découpage plus pertinent. La notion de département, évidemment trop jacobine, vous l'aviez compris, n'est pas du tout présente.

Le Parlement sera organisé en commissions. Tout Parlementaire devra faire partie d'au moins deux commissions. Son président et ses deux adjoints seront élus selon le même scrutin de liste, où l'on raye les noms. La seule présence officielle de KAD sera la présidence de la première session, jusqu'à l'élection du président.

Une communication basée sur le bouche à oreille

Cette réunion fut très dense, et le compte-rendu ci-dessus ne retrace que très imparfaitement la richesse des échanges, car des échanges, il y en a eu.

La presse locale, pas celle qui méprise tant la Bretagne dans son édition de Loire-Atlantique, est venue faire une interview de Jean-Loup Le Cuff avant l'ouverture des travaux.

L'objectif numéro un, aujourd'hui, est de mobiliser le plus possible d'électeurs (10 euros les frais, une fois pour la vie, c'est-à-dire rien), et de sensibiliser les candidats parlementaires.

Les travaux de l'Assemblée ne seront riches et représentatifs des espoirs du peuple breton que s'il y a réellement choix parmi une liste conséquente de candidats, et si le collège électoral est important.

La parole finale de Le Cuff est donc "Parlez-en autour de vous, convainquez ! Si chaque personne présente lors des 13 réunions, soit 250 personnes, en convainc une autre, cela fait 500". Par ailleurs, n'oublions pas la diaspora qui s'inscrit déjà sur les listes, et qui a déjà proposé des candidats.

Prochaines réunions

Samedi 30 juillet, 15 h (lieu donné prochainement) à Rennes ;

Samedi 10 septembre, 15 h (lieu donné prochainement) à Dinan ;

Samedi 17 septembre, 15 h (lieu donné prochainement) à Brest ;

Samedi 1er octobre, 15 h (lieu donné prochainement) à Lannion ;

Samedi 15 octobre, 15 h (lieu donné prochainement) à Redon ;

Samedi 29 octobre, 15 h (lieu donné prochainement) à Carhaix.

Rappel du calendrier :

1/ Le samedi 10 septembre 2016 à minuit : Clôture des inscriptions des candidats, par courrier comme par courriel ;

2/ Le mardi 20 septembre 2016 à minuit : Clôture des remises des professions de foi des candidats à KAD, par courrier comme par courriel ;

3/ Le vendredi 30 septembre 2016 : Compte-rendu public de la liste des candidats et de leurs professions de foi ;

4/ Octobre 2016 : Campagne électorale, du 1er au 31 octobre 2016 ;

5/ Le lundi 31 octobre 2016 à minuit, fin des inscriptions des électeurs, par courrier comme par courriel ;

6/ Novembre 2016 : les électeurs votent par courrier à partir du 1er novembre 2016. (Ceux qui peuvent se déplacer attendront le vote physique.)

7/ Le dimanche 27 novembre : vote physique et dépouillement.

Pour comprendre le Sommeil du Parlement : Rappel du contexte historique

Un héritage ducal confisqué par un beauf : François Ier

(Un rappel de l'Histoire est fait par Jean-Loup Le Cuff, mais l'analyse et les termes employés ici n'engagent que l'auteur de cet article).

Tout d'abord, il convient de faire un bref rappel sur le rôle du beau-frère de Renée, François d’Angoulême, plus connu sous le nom de François Ier, roi de France. Il fut donc marié à Claude, fille aînée de Anne, suite aux manigances de Louise de Savoie et de Anne de Beaujeu. Cet individu a détourné l'héritage ducal de Renée qui devait être duchesse de Bretagne, selon le Contrat de mariage signé entre Anne et Louis XII. En faisant porter sur la tête de sa royale épouse Claude la couronne ducale promise à sa soeur Renée, il a en effet confisqué le duché des Bretons, l'annexant à la couronne de France. Plus précisément, à sa naissance, leur enfant héritier de la couronne de France, François (encore un), devint Duc de Bretagne. François III, fut un duc fantoche, puisque dauphin du roi de France. Le Traité de l'Union, de 1532, pardon l'Édit unilatéral, valida ce stratagème, qui plongea alors le parlement dans un long sommeil. Au décès de François III, en 1536, la couronne ducale fut alors totalement confondue avec la couronne française. Ah-Ah, c'est une belle crapule, le beauf !

Un parlement de Bretagne qui existe toujours juridiquement !

Le Cuff s'est intéressé ensuite au rôle des représentants bretons dans la nuit du 4 août qui décida entre autres, mais ici est notre seul sujet, la suppression unilatérale du Parlement de Bretagne. À leur retour en Bretagne le Parlement ne s'est pas réuni. Il n'est donc pas dissous, car il n'a pas statué sur sa dissolution, prononcée uniquement par la France, qui a ainsi bafoué les traités régissant les relations bilatérales France-Bretagne. "Telle la Belle au bois dormant, le parlement est en sommeil". On imagine aisément Jean-Loup Le Cuff en Prince charmant venir la réveiller. C'est le projet de KAD. (voir le site) pour trouver toute l'information sur ce projet.

Les travaux du Cercle Pierre Landais

Pierre Landais était le principal conseiller de François II de Bretagne, au duché. Farouche défenseur de l'indépendance de la Bretagne, et farouche ennemi de Louis XI, il était un personnage important dans le début des années quatre-vingts (comprendre 1480). Une partie de la noblesse bretonne, achetée par la Cour de France, le fit pendre. Le Cercle Pierre Landais a réfléchi sur les Institutions bretonnes, dont le fonctionnement du Parlement (voir le site) . C'est le Parlement ainsi réfléchi donc que KAD souhaite faire revivre.

Liens utiles :

- Sauvons le Muscadet d'une mort programmée ( -> voir l'article d'ABP )

- Réunion publique d’information à Nantes sur les élections du Parlement de Bretagne : ( -> voir l'article d'ABP )

- Toutes les informations sur parlementdebretagne[point]org : (voir le site)

Voir aussi :
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Didier Lefebvre est correspondant ABP pour la Loire-Atlantique.
Vos 4 commentaires
erwan Lescop
Lundi 4 juillet 2016

Je ne comprends pas bien. Le Parlement de Bretagne que vous évoquez était une cour de justice qui a existé en tant que telle jusqu'en 1789, et qui est en pratique devenue le tribunal de Rennes. Ou alors, s'agit il des États de Bretagne, une institution féodale dont la fonction est (très très) vaguement analogue à ce qu'est le parlement d'une république ? De toutes façons, les États non plus n'ont pas été mis en sommeil en 1532, puisque ce sont eux qui décidaient des impôts et qui en faisaient assurer le recouvrement jusqu'en 1789.
La Bretagne mérite un vrai parlement. Et la justification ne peut pas en être une institution médiévale fantasmée.

Jean-Loup Le Cuff
Mardi 5 juillet 2016

A Erwan Lescop:
Je découvre comme vous l'article enthousiaste de Dider que je remercie...
Vos interrogations sont légitimes mais infondées: "aucun fantasme ou délire romantique" de notre part...
Et si vous ne comprenez pas bien, vous pouvez nous rejoindre dans nos réunions, pour poser vos questions ou même nous apporter vos éclairages... en toute simplicité démocratique!
En cas d'empêchement physique de votre part, vous pourrez lire nos prochains communiqués de KAD, qui expliqueront la mise en place du Parlement et son fonctionnement, ses travaux et objectifs...
Le mot "Parlement" ici est à prendre dans son sens moderne et démocratique, sans pour cela oublier la réalité historique des Etats de Bretagne (indépendance bretonne) d'avant 1532, et celle du "Parlement-cour de justice" (autonomie bretonne) d'avant 1789... Qui dit "réveil" dit prise en compte de ces deux réalités historiques, dont le "Droit coutumier Breton", avant de renter de plein pied dans la modernité avec une véritable constitution actualisée...
Utopie d'hier, Travail d'aujourd'hui, Vérité de demain!
J'aime beaucoup cette phrase aussi: "Que ceux qui n'y croient pas ne viennent pas gêner ceux qui essaient..." ;o)
A wir galon!

Gaëtan G.
Mardi 5 juillet 2016

J'aime beaucoup l'idée d'un siège vide. Chez mes grands-parents, il y avait toujours un couvert supplémentaire et une chaise vide à table, pas pour le convive parfait, mais pour la personne qui passerait et aurait besoin d'être nourrie. Mais le parlementaire parfait nous rappelle à l'humilité dont doivent faire preuve tout représentant du peuple.

Jacques
Vendredi 8 juillet 2016

@ Jean-Loup Le Cuff
Attention, le Parlement et les Etats de Bretagne ont continués, tous les 2 après 1532.
Comme le dit Erwan Lescop, les Etats de Bretagne correspondent à la définition actuelle d'un Parlement.
Le Parlement correspondant à la Haute-Cours de justice, que l'on appelle aussi actuellement Cours Constitutionnelle. C'est pour cela que c'est devenu un tribunal, car d'un certains point de vue c'était déjà un tribunal.
Par contre, Ewan Lescop a tord de voir ce système comme "vaguement féodal".
Il faut savoir que cela correspond globalement au système Brittanique, les 2 systèmes étant historiquement très proche (et plutôt en avance sur le plan démocratique), le système brittanique ayant évolué depuis 1789 ce que n'a pas pu faire le système breton pour la raison qu'on connait.
D'ailleurs, JJ.Monnier le dit bien : Les Bretons et les Français n'avaient pas la même perception du Roy de France, pour la simple raison que bien que partageant le même roi, les Bretons vivaient dans une Monarchie à la Brittanique (le Roy devait respecter la loi) alors que les Français vivaient dans une Monarchie absolue (totalitaire, le Roy était au dessus de la loi).
On comprend l'intérêt des Républicains d'abattre le système breton, ce qui a été fait lors de cette fameuse nuit du 4 juillet 1789 (preuve s'il en faut que la Révolution et la Démocratie ne naviguaient pas de paire... pour ceux qui y croit encore...)
Je pense qu'il serait à terme intéressant et surtout utile de développer le point que soulève JJ.Monnier.

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