
Au début des années 1970, Jean-Jacques Servan-Schreiber, figure du radicalisme réformateur de gauche et du fédéralisme européen, défend dans Le Pouvoir régional une véritable capacité de décision politique des régions. La modernité de sa pensée pourrait contribuer à remettre au cœur du débat la question de l’autonomie régionale et de l’avenir institutionnel de la Bretagne.
Jean-Jacques Servan-Schreiber défendait une conception ambitieuse du pouvoir régional, à contre-courant de la concentration du pouvoir sous la République gaullienne. Proche de Pierre Mendès France, dont il soutient l’action à travers la création de L’Express, cette figure du radicalisme réformateur de gauche et du fédéralisme européen porte une autre idée de la transformation démocratique de la République. Sa pensée pourrait-elle contribuer aujourd’hui à renouveler le débat sur l’autonomie de la Bretagne ?
En 1971, avec Le Pouvoir régional, JJSS ne pose pas seulement une question d’organisation administrative. Il interroge la répartition du pouvoir, la capacité des territoires à décider et les conditions d’une démocratie qui ne soit pas concentrée au sommet de l’État. À l’heure où les institutions régionales sont installées, mais où leur autonomie politique demeure limitée, cette réflexion mérite-t-elle d’être redécouverte ? Et pourquoi cette tradition réformatrice est-elle si peu présente dans les débats contemporains sur la décentralisation ?
Pour les régionalistes bretons, une autre question se pose : qu’est-ce qui fait une région politiquement constituée ? La Bretagne avait déjà engagé ce travail collectif avec le CELIB, qui a porté une vision commune de ses intérêts et de son avenir. JJSS cite par ailleurs Morvan Lebesque et sa « volonté d’être » pour évoquer la progression de l’identité régionale. Mais le pouvoir régional se construit-il uniquement à partir d’une conscience collective préexistante ? Le travail des élus, le débat politique, et la délibération au sein de nouvelles institutions démocratiques ne peuvent-ils pas, eux aussi, contribuer à la faire émerger et à la renforcer ? La modernité du pouvoir régional ne résiderait-elle pas dans la capacité des institutions et du débat démocratique à faire émerger un véritable sujet politique régional ?
Michel Rocard posait déjà, dans Décoloniser la province (1966), la question du rapport entre le centre et les territoires. Sans confondre leurs doctrines, peut-on rapprocher ces réflexions sur les méthodes de construction régionale ? Faut-il nécessairement appliquer partout le même modèle institutionnel, au même rythme, ou reconnaître la diversité des trajectoires territoriales ? Et comment passer d’une revendication d’autonomie à la construction concrète d’un pouvoir régional démocratique, responsable et doté de moyens d’action ?
La réforme territoriale de 2015 a redessiné les régions. Mais a-t-elle suscité un véritable débat démocratique sur leur construction et leur degré d’autonomie ? Pour la Bretagne, la question n’est donc pas seulement de savoir quelle place accorder à son histoire ou à sa singularité, mais quel pouvoir elle souhaite exercer, selon quelles règles et avec quelle articulation avec l’État et l’Europe. Le régionalisme peut-il aujourd’hui se renouveler en portant un projet civique et institutionnel, plutôt qu’en se limitant à l’affirmation et à la reconnaissance d’une identité culturelle ?
Ces questions sont au cœur de mon analyse « Le pouvoir régional : le retour du politique dans une République décentralisée ? », publiée dans Réveil des Territoires !.
À travers la trajectoire de Jean-Jacques Servan-Schreiber et les débats des années 1970, cet essai revient sur une tradition politique dont la modernité mérite d’être réexaminée.
« Le pouvoir régional se prend plus qu’il ne se décrète. » — Jean-Jacques Servan-Schreiber (1924-2006)
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Le pouvoir régional : le retour du politique dans une République décentralisée ?
Source : Stéphane Péan
Commentaires (1)
À l'exception de la Corse, située outre-mer, il est difficile d'imaginer des autonomies différenciées : au mieux l'accentuation globale de la régionalisation. B4 et PDL continueraient d'avoir le même statut, ce qui ne serait pas de bon augure pour réunifier la Bretagne.