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Le nouveau CD de Rozenn Talec et Yannig Noguet "Gali Galant"

Chronique de Culture et Celtie (porte parole Gérard Simon) publié le 22/10/15 10:09

Rozenn TALEC et Yannig NOGUET
Rozenn TALEC et Yannig NOGUET
"Ar Weladenn" (Extrait) - Rozenn TALEC et Yannig NOGUET CD Coop Breizh

Au fil du bien agréable flux constant et diversifié des enregistrements que, grâce aux artistes et maisons de production ou de disques, nous recevons, il en est qui, dès la première insertion dans le lecteur, ne vous laissent pas indifférents, mieux, accaparent, immédiatement, vos sens : vos oreilles… « bien entendu » !, voire, tous les membres de votre corps !

C'est le cas pour « Gali Galant », très énergique recueil musical de 12 titres, paru chez Coop-Breizh, qui recèle une fresque de traditionnels bretons revisités ou des compositions originales… à écouter ou à danser !Cet album est le fruit de l'union artistique de deux complices talents qui se distinguent, crescendo, sur l'actuelle scène bretonne : L'enjôleuse chanteuse Rozenn Talec et le virtuose accordéoniste Yannig Noguet.

Ils récidivent, en couple, après un premier CD, très remarqué, «Mouezh an Diaoul», paru en avril 2013, opus qui avait, déjà, capté notre attention !

Convaincant duo !

Mais doit-on parler de duo, plus que de trio ?

En effet, le soutien rythmique et mélodique de l'accordéon convole si bien avec le chant de Rozenn tout en paraissant vocaliser, lui-même, ses propres phrasés introductifs, ses reprises, ses ouvertures à d'autres tempos, qu'il mérite, quasiment, pour ce « personnage », le 3e premier rôle !

Présentons donc, brièvement, ne fût-ce que de manière non exhaustive, ces… « Trois protagonistes » :

Issue de la tradition des chanteurs et chanteuses de kan-ha-diskan, chant alterné à danser en langue bretonne, Rozenn Talec a chanté avec son père, Jean-Claude, dès l'âge de 14 ans.

Plus tard, elle a enregistré avec lui un disque autour du répertoire collecté en Centre Bretagne, « Marvailhoù » (collectages).

Dans le cadre de la Kreiz Breizh Akademi, elle reçoit les enseignements d'Erik Marchand, en 2003, fondateur de cette académie, pépinière de jeunes musiciens bretons.

En 2008 reprenant les gwerzioù, ces grandes complaintes de la tradition populaire de Basse-Bretagne, Rozenn forme un duo avec la harpiste Lina Bellard.

Elle se produit régulièrement en fest-noz avec son père Jean Claude Talec et l'accordéoniste… Yannig Noguet !

Alors qu'il enseigne encore l'accordéon diatonique, c'est au début des années 90, que Yannig s'affirme sur scène, notamment au sein du groupe Gwenfol, puis Filifala.

Depuis le début des années 2000, l'univers musical de Yannig s'enrichit lors de ses nombreuses rencontres avec, pour ne citer qu'eux : Doudou N'DIAYE ROSE, Gilles SERVAT, Gérard DELAHAYE, IDIR, Dan AR BRAZ, Carlos NUNEZ, Denez PRIGENT…

Plus récemment, il créé le « Quartet NOGUET ROBERT » avec l'accordéoniste Ronan ROBERT, Jérôme KERIHUEL, aux tablas et percussions et Simon MARY, à la contrebasse, ou encore la formation « KEJAJ », quartet de musique traditionnelle bretonne avec lequel il participe au métissage Bretagne/Guadeloupe « LYANNAJ NEVE » avec l'ensemble de percussions « GWO Ka MASTER » et « Akyo KA ».

La complicité et l'échange direct du duo le conduisent à en créer deux :

L'un avec le flûtiste Sylvain BAROU, l'autre avec la chanteuse… Rozenn TALEC !

Reste à vous présenter l'italien… de ce que nous avons ressenti comme « trio » : l'accordéon diatonique CASTAGNARI modèle Handry 18 :

Laissons à la Maison de l'Accordéon de Rennes (1) qui, comme l'indique le livret, l'a préparé pour Yannig, le soin de vous décrire cet instrument de la célèbre marque née chez un facteur débutant première activité, sous forme artisanale et sous la houlette de Giacomo CASTAGNARI… en 1914 !

Pour 3 voix de part et d'autre, 18 boutons à main gauche avec 4 registres automatiques, 33 à main à droite, c'est en 1996 que naît le modèle Handry 18 actuel avec une mécanique directe aux basses, système créé par le maître Mario CASTAGNARI permettant d'éviter tous les bruits mécaniques de répétition. Le toucher devient, alors, beaucoup plus agréable et le poids reste sous la barre inégalée des 6 kg.

Venons-en à cet album attachant et original par sa liberté d'esprit, toutefois, respectueuse des racines, son large spectre artistique qui, notamment, allie, avec bon goût, la gavotte du Centre Bretagne à la chanson cabaret, se mélange, langoureusement, aux effluves argentines de l'accordéon, avec des ambiances, tantôt feutrées, tantôt endiablées, ou évoque le « Swing valsé » de Gus VISEUR, le tango « bandéonisé » d'Astor PIAZZOLA, ou « la nostalgie gitane » de Tony MORENA.

Côté vocal, toutes les plages du disque sont chantées, en Breton, langue maternelle de Rozenn, qui distille, ici, quelque peu, la couleur familiale du Centre-Bretagne, tout en usant, pour se faire pleinement comprendre de tous les locuteurs, du Breton unifié, études à l'université de Rennes, oblige.

En tous cas, la langue bretonne est, sur tous les titres, magistralement portée par la puissance d'une voix chaleureuse et expressive aux intonations blues et jazzy.

La vélocité de la prononciation de la chanteuse est, notamment, éblouissante, dans le titre « Fin a zo d'an noz » (plage 8). Quelle performance !

Six textes de l'album sont écrits ou arrangés par Rozenn Talec avec une plume immergée dans l'encrier du répertoire populaire breton traditionnel.

Mais nous retrouvons, aussi, en plage 3, une adaptation plus contemporaine du contenu que pouvaient véhiculer les chansons qui, autrefois, racontaient l'actualité du moment, dans le titre « Kreion ha paper » (crayon et papier). Survenu pendant une période de répétitions avec son partenaire, Rozenn y relate, en effet, le dramatique événement du 7 janvier 2015 frappant au coeur de la rédaction de Charlie hebdo.

Chanté en breton, la traduction en français figurant dans le livret interne et sur lequel la quasi totalité des textes est transposée, nous livre, entre autres, ces paroles :

« Le 7 du mois de janvier, à Paris, la grande ville,

Des journalistes assassinés, le monde en folie.

Si j'avais eu un crayon et du papier,

J'aurais composé pour passer le temps,

Une chanson aux gens de ce monde

Qui ont planté dans nos coeurs un bouquet de tourments ».

Contrairement à une poignante complainte attendue, semblant traduire l'élan de vie et de masse qui a succédé à l'accablement, la musique et le chant apparaissent, plutôt dynamiques, voire joyeux, en tous cas, déterminés.

« le 7 du mois de janvier, à Paris, la grande ville,

Prenons tous un crayon, écrivons en grand « Pardon » et dessinons notre avenir ».

Tout au long du programme, alors que la voix et les mots viennent tout droit du talent certain et sensuel de Rozenn, parallèlement, en parfaite harmonie, des myriades de notes jaillissent de l'imagination du « diatoniste » qui enrichit de toute sa vigoureuse musicalité l'intégralité de l'opus avec un accompagnement qui sait, parfaitement, alterner énergie et sensibilité, rythmique et mélodie, joie et émotion dans un duo volumineux ou chacun n'hésite pas, au travers d'un spectre musical puissant, à mettre en évidence sa partie.

Aucune ombre n'est faite au chant, ce qui, au sein de cet ample contexte sonore, n'est pas un mince objectif, mais celui-ci est, parfaitement, atteint !

C'est le moment, pour nous, de saluer la qualité de l'enregistrement réalisé, en avril 2015, au Studio Talm à Bains-sur-Oust (35)… par Yannig Noguet, remarquable travail de prise optimisé par l'excellence du mixage réalisé, en mai 2015, à l'Atelier de Sérent (56) et transcendé par le mastering, du studio J Raph i.n.g. de Bois-Colombes (92).

Puisque nous saluons, ci-dessus, quelques-uns des intervenants associés au projet, il nous parait, également, juste de souligner la conception graphique « classieuse » de la jaquette et de l'explicite livret, ponctués en couleur ou en noir et blanc, par de très beaux portraits des deux artistes, clichés réalisés par Éric Legret (2).

De l'accordéon vivace, voire entêtant qui ouvre le disque avec le titre éponyme « Gali Galant », titre au coeur duquel, après un changement de rythme la voix affirmée et virevoltante de Rozenn s'introduit en évoluant vers des accents « jazzy », jusqu'au dernier air traditionnel « Ar plac'h Iferniet » arrangé par Melaine Favennec, violoniste du groupe de festoù noz Diaouled ar Menez et actuel membre d' E.D.F. (initiales des trois musiciens bretons Patrick Ewen, Gérard Delahaye et… Melaine Favennec), tout le disque est fort intéressant et « séducteur » !

Rozenn Talec et Yannig Noguet ont su créer, à la fois, une diversité et une homogène et sensuelle coloration « cabaret » qui nous imprègne, au fil des morceaux, nous laissant quasiment, en fin d'écoute, l'impression d'un album concept.

A une époque où l'on écoute des extraits, des séquences, un morceau par-ci par-là, nous retrouvons, grâce à cette création, le plaisir de l'écoute de « A à Z » d'un album, comme au bon vieux temps des « 30 cm » !

Nous sommes, parfois, projetés dans une ambiance des années 30, actualisée, notamment, comme dans le titre « Liviou ar garentez »,par quelques effets sonores qui viennent s'adjoindre au jeu plus classique de la « boîte du diable ».

Nous ne pourrons pas vous quitter sans mentionner le 10ème titre de l'album, « Roz' milin koad kerve'n ».

C'est le plus long de l'opus, puisque celui-ci va vous accaparer, vous capter, vous enjôler, pendant 10 minutes... et vous trouverez l'instant trop court !

C'est pour nous, le titre le plus émouvant.

Sur cette magnifique complainte, Rozenn nous raconte les regrets de jeunesse de… Roz !

« Peut-être au fond de moi, Roz' Milin Koad Kever'n !

Pourquoi grandir ma mère, il est si beau d'être jeune ?».

Alternant avec l'accordéon, tour à tour, mélancolique ou obsessionnel et le fort mélodieux chant en breton, Rozenn vous conte, pour cette unique fois dans le disque, en français, cette nostalgique évocation, ce qui dévoile le timbre de narrateur de la chanteuse, dans le souffle parlé « à la Nolwenn Korbell », lui, aussi, très intéressant.

Bon ! vous avez compris, nous avons beaucoup aimé cet album d'exception, par ailleurs, présenté, c'est un label de qualité, sur France Culture, au cours de l'émission « Chanson Boum !», du 20 septembre 2015, animée par Hélène Hazera (Ecouter) (voir le site)

Nul besoin d'être un amateur de musique bretonne, ni de comprendre le breton pour acquérir cet album qui doit figurer, absolument, dans votre discothèque.

Il suffit de se laisser séduire par ce parcours musical où fusionnent, merveilleusement, énergie et émotion grâce à la voix charmeuse de Rozenn et au très inventif accordéon de Yannig !

Cet album a, vraiment, une âme !

Gérard Simon

Notes

(1) Site Internet de la Maison de l'Accordéon de Rennes :

(voir le site)

(2) Site Internet du photographe Éric Legret :

(voir le site)

Gali Galant

01 - Gali Galant (03:34)

02 - War ar memes brank (04:40)

03 - Kreion ha paper (04:24)

04 - Pardon kledenn ( 03:51)

05 - Pardon kledenn II (03:28)

06 - Nozvezh diroll 6 (02:27)

07 - Ar weladenn (05:52)

08 - Fin a zo d'an noz (03:02)

09 - Livioù ar garantez (02:53)

10 - Roz' Milin koat kever'n (10:00)

11 - An amzer a chom (04:19)

12 - Ar plac'h iferniet (03:43)

Durée totale 52:34

CD «Gali Galant »- Rozenn Talec et Yannig Noguet

Parution : juin 2015 - Réf : 4015952

Edité chez Coop Breizh - (voir le site)

Illustration sonore de la page : «Ar Weladenn» (Extrait) - Rozenn Talec et Yannig Noguet.

D'autres extraits sonores sur : (voir le site)

© Culture et Celtie

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