Le nouveau CD de Dan ar Braz

-- Culture --

Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 22/03/20 9:46 -- mis à jour le 22/03/20 14:13
DAN AR BRAZ - "Bal A Dans Plinn" - Extrait de 00:59 CD Dan Ar BRAZ - "Dan Ar Dañ s"

C’est en 2018, lors du Festival de Cornouaille de Quimper, précisément dans le contexte d’une carte blanche qui lui était offerte, que le fort talentueux et si sympathique guitariste breton, Dan ar Braz, a, au fil de son concert, vivement souhaité rendre hommage, une nouvelle fois, à Alan Stivell.

50208_1.jpgJaquette du CD de Dan Ar BRAZ - "Dan ar Dañs"

Sa rencontre avec cette figure de proue de la musique celtique contemporaine a été si déterminante pour sa carrière de musicien, ce, ô combien, légendaire celtic harper hero, initiant, alors, le rockeur, né dans le quartier quimpérois du Moulin Vert… à la musique bretonne et l’engageant dans la course folle de ses triomphales tournées !

Pour ce fervent témoignage de gratitude, Dan et ses complices scéniques ont joué, ce soir là, un titre où, à l’époque stivellienne, la guitare électrique du quimpérois, prédominait : « Bal ha dañs plinn », dont vous entendez un court extrait à l’ouverture de notre page en ligne. Ce morceau se trouvait, en ces temps de vive renaissance des mélodies bretonnes et celtiques, en 4e plage de la face B de l’album d’Alan enregistré, en public, les 26 et 27 novembre 1974, au National Stadium et titré, « Live à Dublin - E Dulenn », microsillon 33 tours, paru au printemps 1975.

Ayant ressenti, sur cette scène estivale finistérienne, un immense plaisir à rejouer ce plinn et prenant conscience que sa guitare aura, finalement, œuvré au service du renouveau de la musique bretonne, cet instrument agissant, en quelque sorte, comme porte-parole d'un fondamental changement, en inscrivant, notamment, cette dernière, dans les sphères du Rock and Roll, Dan a eu une brillante et bien séduisante idée :

célébrer, non pas son ample et pérenne carrière, mais honorer un fabuleux instrument, qu’est la guitare électrique, compagne de prédilection qui l’accompagne, depuis bientôt 60 ans, sur les scènes, en studio, sur les routes de sa vie…

Une idée venant rarement seule, Dan a également envisagé, ex-abrupto, le nom de ce que pourrait être son nouvel opus souhaité comme dansant et c’est ainsi que « Dan ar Dañs » s’est imposé à l’artiste, titre remportant, immédiatement, l’adhésion de nombre de ses proches fidèles qui l’encouragèrent à « mettre en musique », le projet.

C’est en février 2020 que ce nouveau disque « Dan ar Dañs » a vu le jour avec un programme de 14 titres, dont 13 instrumentaux, morceaux représentatifs de la vie artistique du guitariste quimpérois. Abandonnant, délibérément, la mélancolie qui s’empare, souvent, de nombre de ses compositions, Dan a souhaité insuffler, ici, un esprit festif, en quelque sorte, plus Rock and Roll, avec des danses qu’il a pu jouer ou composer, au cours de son brillant parcours.

On y retrouve, ainsi, dans la pleine maturité de se son jeu guitarisitique, des airs irlandais, des traditionnels bretons et des rocks originaux.

Ce 25e album de Dan ar Braz se révèle comme une énergique fête à la guitare !

Plus de 55 minutes de bonheur, dans la droite ligne sonore et musicale de ses guitar heroes, comme Rory Gallagher, Ritchie Blackmore, Peter Frampton, David Gilmour, Jimi Hendrix, Jeff Beck, Mark Knopfler, Eric Clapton, dont on retrouve, selon les plages, d’évidents phrasés et couleurs mélodiques.

Côté guitare, c’est aussi, pour le musicien finistérien, l’occasion de retrouver ses sensations inoubliables de l’Olympia 72 de Stivell, où il jouait sur sa première stratocaster, achetée à Gourin, chez André Sevenant, alors, seul importateur, en Bretagne.

L’instrument choisi pour « Dan ar Dañs » est, en effet, une Fender Stratocaster Américan Pro, en bois de frêne qui, in fine, expérience acquise, convient mieux que l’aulne, à son toucher.

Un coup de foudre pour cette guitare, assez récemment reçue, une sorte d’aboutissement à une quête infernale qui, au cours de son parcours musical et scénique, a fait jouer Dan sur Gibson, Morch, Starfield, Ibanez, Godin et Music Man.

En ne reniant, aucune de ses électriques compagnes cordées et amplifiées, l’artiste revient, abondamment et en détail, dans le très intéressant livret adjoint au CD, sur ses pérégrinations guitaristiques et sur ses reventes, parfois malencontreuses, qui l’ont dessaisi d’authentiques bijoux originels.

Après l’Héritage des Celtes, ne s’agit-il pas, depuis sa vraie première guitare Egmond achetée, dès l’âge de 12 ans, chez Troalain, à Concarneau… de l’héritage de la guitare ?

C’est, donc, une véritable ode à l’instrument, un magnifique voyage transversal, un programme de titres emblématiques, ponctué de quelques inédits, qui vous attend.

Que l’on soit bien d’accord, il ne s’agit, aucunement, d’une compilation d’enregistrements passés, mais d’une actuelle « revisite » de pièces marquantes de la carrière de Dan, jouées avec un « vocabulaire » acquis au cours des années, en terme de toucher et de son, ceci sans réarrangement.

Comme un symbole, « Dan ar Dañs » s’ouvre avec le légendaire « Pop Plinn », traditionnel arrangé par Stivell qui, un soir de février 72, a porté une culture musicale bretonne réinventée, mais respectueuse des racines, au fronton de l’Olympia de Paris. Phénoménale et déterminante démarche, osant associer le son cristallin de sa harpe celtique avec la rockeuse Fender Stratocaster de Dan, électrique instrument, jusque là, apanage des Stones, Hendrix, Clapton…

En plage 2, nous retrouvons, « Menez Du », morceau que Dan ar Braz avait enregistré sur son 3e album solo « Earth’s lament - La Complainte de la Terre », paru en 1979.

C’est, pour le guitariste quimpérois, une composition originale très exigeante, en évolution permanente, pour laquelle le musicien recherche, toujours, avec des réaménagements de phrasés, plus de swing et de légèreté, sans, toutefois, trahir l’intention originelle, en faisant de cette pièce une gavotte rock, encore, plus endiablée.

Selon les propres mots de Dan, « Composer un morceau c’est une chose et le jouer c’en est une autre ».

Après la version remix de « Belong », originelle première plage du CD « Célébration », paru en juin 2012, « Call to the dance », clôturant, alors, avec quel brio, l’album « Dan ar Braz et l’Héritage des Celtes (1994), le remix de « Cornwall attitude » tiré de l’opus, précédemment cité, « Célébration », nous avons le grand plaisir de retrouver, avec son pétillant duo bagad / guitare, « Orgies nocturnes », paru sur le premier album solo « Douar nevez » (1976) et qui figurait, également, en 8e piste de l’excellent disque « A toi et ceux » (2003).

Nous nous garderons bien, ce serait fastidieux pour le lecteur, de procéder à la revue complète des joyaux qui figurent sur ce nouvel enregistrement, vous avez le détail des titres le composant, sur cette même page, après notre chronique, mais, comme vous pouvez le constater, nous sommes en pays de connaissance, tout en redécouvrant ces mêmes paysages d’Armorique ou de Celtie avec une autre lumière, celle d’un talent, toujours plus abouti, plus raffiné, plus subtil, plus véloce…

Nous ne passerons, toutefois, pas sous silence, la seule pièce chantée par Dan qui figure, en plage 10 du programme de « Dan ar Dañs », le prenant, poignant « Left in peace - Repose en paix », écrit et composé, en 1995, par Dan ar Braz, à la mémoire du défunt flûtiste du groupe irlandais Altan, Frankie Kennedy, décédé des suites d'un cancer, en septembre 1994.

Figurant, originellement, sur l’album « Dan ar Braz et les 30 musiciens de l'Héritage des Celtes en concert » (1995), nous retiendrons, puisque, grâce à Dan, nous célébrons, sur cette page, la guitare, l’interprétation que Karen Matheson du groupe écossais Capercaillie » et Dan ont donné dans le cadre de « BretagneS à Bercy » (1999), invitant, notamment, les remarquables guitaristes, nommés Jean-Jacques Goldman et Michael Jones.

« A silent sea round Inishfree Bay

Lay the salty road you're bound to take

A mighty blue sky clears on Bub Beg

As all your friends get head down and pray

And there's no sign of worries

There's no sign of fear round here

And so will remain

Just a sound of farewell

The whispers of the tears restrained

Deep in your eyes » …/…

« Une mer silencieuse autour d'Inishfree Bay

Etend la route de sel que tu vas prendre

La puissance d'un ciel bleu éclaire Bub Beg

Tandis que tous tes amis baissent la tête et prient

Et il n'y a aucun signe d'inquiétude

Il n'y a aucun signe de peur alentour

Et ainsi ne restera

Seulement le bruit de l'adieu

Et le chuchotement des larmes retenues

Tout au fond de nos yeux » …/…

Une très belle valse de mémoire, mais aussi une chanson d’espoir.

Nous évoquerons, enfin, en piste 11, un superbe morceau que nous aimons particulièrement, échappant, aussi, stricto-sensu, à l’univers typique dansant de la musique bretonne, puisqu’il s’agit d’une autre très belle valse bercée par le velours de la guitare sur lie de bagad. « As far as I can dream - Autant que je puisse rêver ».

Dieu que ce trois temps s’inscrit merveilleusement dans les spires de l’imaginaire celtique !

Ce titre nous avait, déjà, « accroché », lors de l’écoute de l’album « Célébration », une version chantée par la chanteuse de Locmiquélic (56), Morwenn Le Normand, sous le titre « Good night god - bonne nuit mon dieu », ce thème étant, lui-même, issu d’une composition potentielle, mais, finalement, non illustratrice de la mini-série d’une saison « Dolmen », comédie diffusée sur TF1, en 2005.

C’est la version instrumentale « assouplie » que Dan reprend, ici, pour notre plus grand bonheur !

Comme vous le percevez, « Dan ar Dañs » est une représentative, passionnante, évolutive fresque témoignant du très riche parcours de Dan ar Braz, qui a œuvré, au fil des années, entre autres, aux côtés de l’emblématique et génial harper hero breton, Alan Stivell, au sein du groupe Mor ou Fairport Convention, en solo, avec une vingtaine d’ enregistrements, dans le cadre de l’Héritage des Celtes qu’il a fédéré pendant 7 années, et au cours d’un nombre pléthorique de participations auprès des plus grands noms qui ne manquent pas de le courtiser pour enrichir, encore leurs projets personnels.

Nous qui suivons Dan ar Braz depuis toujours, et qui connaissions, de facto, nombre de ses standards, nous avons eu, très franchement, un réel plaisir à redécouvrir les compositions de sa vie, ensoleillées de son expérience instrumentale, née du travail constant d’un musicien aussi humble que talentueux.

Ne confie-t-il pas à Pascal Lamour, à la page 114 de son livre « Un monde de musique bretonne » (Notre chronique) lors d’une intime rencontre dans un café de Kerfeunteun :

« Alors, je vais à l’essentiel sur mon instrument et mon jeu évolue, j’ai encore plein de choses à apprendre, à offrir avec ma guitare, j’espère… »

Même s’il peut, par authentique modestie, le récuser, Dan est, pour un grand nombre d entre nous, un guitar hero, sinon par des attitudes de rock star, mais avec un son, un toucher, un phrasé qui sont bien les siens et qu’il transcende, aujourd’hui, sans trahir son expression artistique et musicale initiale.

Mettre l’énergie blues-rock de son jeu au service des danses de Bretagne et de Celtie, sublimée par le son retrouvé de la, sa Stratocaster, c’est ce que l’on pouvait espérer de mieux pour ce nouvel opus !

« Je ressens un plaisir absolument indescriptible de rejouer avec cet instrument », confie-t-il à France 3.

De notre côté, très cher Dan, sachez que nous ressentons, un réel et nouveau plaisir à redécouvrir vos joyaux, cette fois, présentés dans un écrin Fender !

Et… en ouverture de « Dan ar Dañs », ce « Pop plinn », joué à la stratocaster, comme un jeu de miroir reflétant un inoubliable 28 février 1972, à l’Olympia ?

Il est un authentique fait que ce sont vos propres et sublimes notes, Dan, qui m’ont interpellé et dévoilé l’ami Alan (1) et comme pour vos magnifiques mélodies, je ne peux que vous en remercier, plus que chaleureusement ! Mersi… BRA(Z) !

« Dan ar Dañs », de Dan ar Braz… un album nouveau pour une nouvelle écoute de standards de toujours, qu’il est souhaitable d’adjoindre aux morceaux choisis de votre discothèque.

Gérard Simon

(1) Il ne s’agit pas d’amabilités de circonstance, le fait étant relaté, depuis 2002, lors de la création du site Internet « Alan Stivell, un musicien, une œuvre », à ce jour, devenu, dossier de Culture et celtie, l’e-MAGazine (Voir dossier) , plus précisément sur la page « La Découverte » (Voir page) .

Illustration sonore de la page : Dan ar Braz - «Bal ha Dañs Plinn» - Extrait de 00:59.

Le site Internet de Dan ar Braz : (Voir site) .

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine (Voir site)

Les titres du CD «Dan ar Dañs»

01. Pop Plinn - 03:57.

02. Menez Du - 03:53.

03. Belong - 03:47.

04. Call to the Dance - 03:43.

05. Cornwall Attitude - 03:47.

06. Orgies nocturnes - 04:05.

07. Ton Bale Pourled - 02:25.

08. Les forces du mal - 02:41.

09. Dañs Fisel - 03:45.

10. Left in Peace - 05:29.

11. As Far as I Can Dream - 03:41.

12. Bal ha Dañs Plinn - 05:13.

13. La trace du souvenir - 03:14.

14. Evit Ar Barzh - 05:38.

Durée totale : 55:18.

CD «Dan ar Dañs»- Dan ar Braz

Parution : Février 2020

Production : Hent glaz Production

Paker Prod - DAB06 - (Voir site)

Distribution : Coop Breizh - (Voir site)

Réf : 4016350

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