Le manque de sécurité sur les centrales nucléaires françaises : danger pour la Bretagne ?

-- Environnement --

Point de vue
Par Louis-Benoît Greffe

Publié le 5/12/11 21:21 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Comme chacun sait, la Bretagne n'a pas de centrales nucléaires sur son territoire, hormis le petit réacteur de Brennilis, enlisé dans un démantèlement qui n'en finit pas. Mais des centrales en France sont situées assez près de la Bretagne, à savoir Saint-Laurent des Eaux à 180 km de la limite de la Bretagne, et Chinon à 140 km de Nantes.

Les militants de Greenpeace se sont aujourd'hui introduits dans les centrales de Nogent-sur-Seine et de Cruas, peut-être dans d'autres encore. Ils ont été interpellés aussi à proximité des centrales du Blayais, de Cadarache, de Chinon encore. Et la presse du monde entier s'intéresse pour une fois à la France, car ils ont démontré à la face de l'univers ce que le gouvernement français s'entête à cacher : n'importe qui , avec un peu d'entraînement spécifique, peut entrer comme bon lui semble dans une centrale nucléaire française et y circuler librement .

Tout à coup, le discours « zéro risque » s'effondre. Et s'ils n'étaient pas des « white hat » (comme ces hackers qui cassent les sites mal protégés pour mettre en évidence leurs failles et les faire corriger) mais de vrais méchants, des terroristes armés avec une quelconque bombe sale ou sachant faire la mauvaise manipulation qui peut déclencher une réaction en chaîne ou une grosse catastrophe ? Et que dire alors des centrales thermiques ou hydroélectriques qui sont moins stratégiques certes, et donc probablement bien moins protégées ?

Un abîme d'interrogations s'offre au peuple breton, qui constate encore une fois en frissonnant les défauts du discours d'auto persuasion si cher aux exécutifs français, quelle que soit leur étiquette politique. Savent-ils seulement que la centrale de Saint-Laurent des Eaux, comme on peut le lire dans le Dossier du Canard Enchaîné consacré au nucléaire, a eu des incidents graves en 1969 et 1980 ? Savent-ils seulement les conséquences d'un gros accident à Chinon, l'hiver, quand le vent d'est ne manquerait pas de pousser le nuage sur Nantes ? Mais alors le gouvernement français nous dira peut-être que le nuage s'arrêtera à l'ex-frontière des gabelous, à Ingrandes, « la ville qui est moityé de Bretaigne et l'autre d'Anjou ».

D'autres frissonnent, notamment les responsables locaux de la majorité, dans des régions très nucléarisées. Ainsi, le porte-parole des Jeunes Populaires du Loiret a quelque peu dérapé au sujet des militants écologistes (voir le site) qui mettaient si cruellement en défaut le discours de l'exécutif et le caractère vain de ses rodomontades sécuritaires, si importantes pourtant pour espérer vendre de l'EPR a foison. Il a été suspendu - à un croc de boucher comme il se doit - par ses commanditaires. Les éventuels acheteurs pourront toutefois sans doute mieux faire que les français, et avec moins de vent.

A propos de vent, l'accord «réacteurs contre sièges de députés» qui s'est fait sur le dos de l'aéroport Notre-Dame des Landes (voir notre article) prévoit le démantèlement de plusieurs réacteurs déjà arrêtés, notamment ceux de la centrale de Saint-Laurent des Eaux (2 réacteurs) et les trois réacteurs de première génération du site de Chinon, arrêtés et en cours de démantèlement, les opérations devant s'achever entre 2027 et 2044 (voir le site) A Chinon toujours, quatre réacteurs de deuxième génération mis en service entre 1982 et 1987 continuent à fonctionner (voir le site) et sont la principale épée de Damocles qui pèse sur la nation bretonne.


Louis Bouveron

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