Le grand céramiste breton, Corentin Le Pape, à la Maison de la Baie d'Audierne

-- Cultures --

Reportage
Par Christian Rogel

Publié le 24/06/13 17:42 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

Récemment confiée à Communauté de communes du Pays bigouden Sud, la Maison de la Baie d'Audierne, à Tréguennec, présente une exposition consacrée à très grand artiste breton méconnu, Corentin Le Pape, un virtuose dans la réinvention des symboles bretons et celtiques.

Lors de l'inauguration, le vendredi 21 juin 2013, Bernard Le Floc'h, commissaire de l'exposition, a emmené les officiels dans le musée imaginaire de Corentin Le Pape, « un cabinet de curiosités qu'il a conçu et façonné de ses mains, en quelque sorte le reflet de son musée à la Malraux. Corentin est un humaniste, il croit à l'universalité et à l'interpénétration des cultures. Pour ce lieu et la première exposition de Corentin, nous avons retenu essentiellement des pièces en rapport avec l'histoire locale comme les monnaies gauloises au cheval et autre bestiaire cher aux Osismes et Coriosopites, similaires à celles découvertes autour de Tronoën, le célèbre chaudron de Gundestrup en contreplaqué et faïence ou encore les céramiques inspirées du livre de Kells, véritables joyaux de l'art celtique. Mais pour Corentin qui, comme indépendant, a travaillé 30 ans avec l'établissement HB-Henriot, tout cela c'est pour son berr amzer comme on dit chez nous. Une leçon de modestie avec comme récompense la longévité car dans quelques jours Corentin aura 99 ans ! Le cap sur les 100 ans complètera cette symphonie encore inachevée » concluait Bernard Le Floc'h comme un clin d'½il à la fête de la musique 2013 qui émettait ses premières notes que le fort vent d'ouest emportaient bien loin de ce lieu insolite.La visite inaugurale guidée de manière bilingue (breton/français) par Bernard Le Floc'h et Corentin le Pape a permis de découvrir les céramiques inspirées des légendes bretonnes comme les Vierges de Sein et d'Ouessant, le roi Gradlon et Saint Gwenole, Santik Du, des imageries populaires, mais aussi les inévitables motifs bigoudens.

« Nous voulons attirer les visiteurs dans ce territoire magnifique, abri permanent ou temporaire d'espèces protégées et rares comme le gravelot à collier interrompu. Mais, nous sommes ici situé un peu loin de tout. Aussi, en complément des activités biologiques et scientifiques, la Communauté de communes du Pays bigouden Sud a retenu ce lieu pour une exposition particulièrement insolite, dont Bernard Le Floc'h va vous entretenir. Situé sur les communes de Tréguennec, Saint Jean Trolimon, Plomeur et Penmarc'h, nous espérons ainsi apporter un supplément d'activités économiques tout en contribuant à la découverte et à la connaissance de l'histoire locale. » a souligné Jean Paul Stanzel, président de la Communauté de communes du Pays bigouden Sud.

Pratique : Du 1er au 20 août, 13 h30-18 h. Entrée gratuite.

La Maison de la Baie d'Audierne

Située près de la réserve naturelle de l'étang de Saint-Vio, la Maison de la Baie d'Audierne propose des expositions thématiques, une salle vidéo, un espace lecture, et des visites guidées de l'espace protégé majoritairement humide ou dunaire, propice à l'observation des oiseaux.

Biographie de l'artiste

Corentin Le Pape est né en 1914 à Kerdual, à Loctudy, pas très loin de Pont-l'Abbé. Jeune, il a porté le jiletenn neud (plastron brodé de motifs traditionnels en jaune ou en orangé) qui lui a inspiré une suite de variations exceptionnelles. Il a vécu son enfance parmi les femmes en coiffe et les motifs de fleurettes sont récurrents dans ses plats. Ils sont le fil rouge de son musée imaginaire. «J'étais fasciné par ces vagues de coiffes, mais je trouvais toutes ces femmes vieilles. Alors je me suis fais une jeune bigoudène, elle n'est pas encore émaillée mais elle est jeune ! », dit Corentin au regard vif et malicieux ! Par leurs mères, Corentin Le Pape a connu Bastian Le Pemp, de 17 ans plus jeune, qui l'initiera après la guerre de 1939-1945 aux techniques de la faïence émaillée, puisqu'il travaillait chez Kéraluc, avant d'ouvrir son propre atelier, à Quimper, en 1955. Il travaillera aussi avec Jos Le Corre, affichiste et céramiste, qui, passé aussi par Kéraluc, ouvre l'Atelier du Steïr en 1959.

Pourtant, avant d'arriver là, Corentin Le Pape a étudié, avant la guerre, aux Arts et métiers de Lille, puis à l'Ecole supérieure des travaux aéronautiques (ESTAé) et a passé le brevet de pilote en 1936. Pendant ses années d'étude, il s'engage pour aider à la survie de sa langue maternelle, en participant à Ar brezhoneg er skol (Le breton dans l'école), dirigée par Yann Fouéré, qui a lancé une grande campagne pour que le breton soit enseigné dans les écoles de Bretagne. Pendant la guerre, l'ingénieur devient pilote militaire et effectue diverses missions périlleuses. Il sera fait chevalier, puis officier de la Légion d'honneur à titre militaire et atteindra le grade de lieutenant-colonel.

Une fois parti en retraite, c'est, à ce moment qu'il fait ses classes d'artiste auprès des céramistes quimpérois et, durant trente années, collabore avec les Faïenceries Henriot. Cela lui permet bâtir un ½uvre abondante et originale, en marge des milieux artistiques, au c½ur de son Pays bigouden natal.

Christian Rogel

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