Le fils de Youenn Drezen est venu à Quimper défendre son père

-- Histoire de Bretagne --

Chronique
Par Philippe Argouarch

Publié le 16/02/20 16:07 -- mis à jour le 22/02/20 13:22
Yves Le Drezen défend la mémoire de son père Youenn Drezen
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Le fils de Youenn Drezen, Yves le Drezen, âgé de 84 ans, est venu ce vendredi 13 février à Quimper pour défendre son père, l'écrivain en langue bretonne Youenn Drezen (1899-1972). En effet, la rue Youenn Drezen de Pont-L'abbé, où est né l'écrivain breton a récemment été débaptisée par décision du maire.

ABP a filmé ce témoignage, car en-lui même il constitue un document historique ; mais il présente aussi le point de vue d'une personne décédée qui ne peut plus se défendre sinon via ses descendants.

Yves le Drezen a affirmé avec force que son père n'était pas anti-sémite. D'ailleurs, comme rappelé par Bernez Rouz, président du Conseil culturel de Bretagne et ancien journaliste, il n'y a aucune trace d'anti-sémitisme dans l'oeuvre littéraire de Youenn Drezen.

Moi je l'ai connu mon père, je suis né en 1936, c'est-à-dire que j'ai 84 ans. J'ai bien connu Youenn Drezen, on a vécu ensemble. Je n'ai jamais vu un homme raciste, anti-sémite, pro-allemand... rien du tout__Yves Le Drezen

Il est important de comprendre que pendant la guerre, les liens d'amitié entre militants nationalistes ont souvent prévalu sur les choix politiques, voire idéologiques. Ce fut le cas aussi d'un autre journaliste devenu plus tard le rédacteur en chef du Canard Enchaîné et auteur d'un livre clé sur la Bretagne : Morvan Lebesque. Avoir été ami avec Roparz Hémon et avoir écrit des articles dans Gwalarn, Arvor ou l'Heure Bretonne, dans lesquels, oui, le mot 'juif' a été écrit plusieurs fois dans ses chroniques politiques, ne fait pas forcément de vous un collabo ou pire un dénonciateur de résistants, comme l'a malencontreusement affirmé le maire de Pont-L'Abbé, Stéphane Le Doaré.

Youenn Drezen n'a jamais dénoncé les frères résistants Pierre et Jean-Marie Dupouy. Son fils a amené une lettre de Dupouy père, adressée à Youenn Drezen, datée de 1947, qui prouve tout le contraire. Yves Le Drezen a présenté le livre qui fait autorité sur cette période Le Finistère dans la guerre 1939-1945 de Georges Michel Thomas et Alain Le Grand. Page 304; ll est indiqué que les frères Dupouy sont arrêtés par Joseph Le Ruyet, de la Milice Perrot, agent de la Gestapo. L'historien Kristian Hamon a aussi indiqué clairement que c’était Ruyet, fusillé à la libération, qui avait dénoncé, fait arrêter, puis torturé lui-même, les deux résistants morts en déportation. Voir le blog de Kristian Hamon dans sa chronique du 14 février 2020. Pour mémoire, les frères Dupouy, héros de la résistance, étaient membres du réseau Turma-Vengeance, l'un des plus importants mouvements de résistance en France, très bien implanté en Bretagne.

Le 6 janvier dernier, j'ai écrit à M. Stéphane Le Doaré, Maire de Pont-l'Abbé, lequel n'a toujours pas eu la courtoisie de me répondre, pour lui demander des précisions à propos de ses déclarations sur Youenn Drezen, présenté comme un délateur. Accusations d'autant plus graves que des personnes mal informées ne manqueront pas de faire un lien avec l'arrestation, suivie d'une déportation, des deux fils d'Auguste Dupouy, dont la rue jouxte celle de Drezen, qui n'a rien à voir avec ces dénonciations.__Kristian Hamon

Drezen a été interné trois mois à la Libération, comme d'ailleurs tous les lecteurs de la revue Breizh Atao dont la police avait saisi le fichier des abonnés, donc tous les noms, et toutes les adresses de militants bretons ou de simples sympathisants à la cause bretonne. Rien n’a été retenu contre lui, comme pour beaucoup d'autres d'ailleurs, abusivement internés près de Rennes dans un camp. Il n'y a pas eu de procès. Pour le protéger de l’épuration sommaire pour certains ou pour le punir pour d'autres ou pour l'écarter encore pour d'autres, il a eu une interdiction provisoire de résider dans les 4 départements bretons de la région administrative car entre le 24 octobre 1945 et le 24 mars 1946 le gouvernement provisoire avait repris les régions administratives de Vichy (voir notre article). Il s’est donc installé à Nantes et a ensuite repris ses activités de journaliste à Lorient quelque années plus tard.

En aura-t-on jamais fini avec ces vieilles histoires ?

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Philippe Argouarch est un reporter multi-média ABP pour la Cornouaille. Il a lancé ABP en octobre 2003. Auparavant, il a été le webmaster de l'International Herald Tribune à Paris et avant ça, un des trois webmasters de la Wells Fargo Bank à San Francisco. Il a aussi travaillé dans des start-up et dans un laboratoire de recherche de l'université de Stanford.

Vos commentaires :

Mab Jean
Lundi 17 février 2020

La bible selon ste Françoise est d'assimiler tous les défenseurs de la langue bretonne de cette époque à des "collabos" nazis.Cela permet,chez ces gens-là,fort nombreux au sein de la "ripiblik",de discréditer les débats d'aujourd'hui sur la langue bretonne,le retour de la loire-atlantique au bercail et défendre surtout l'omnipotence du pouvoir parisien.

Que dirait-elle si on assimilait son père communiste,à cette époque,aux crimes de cette idéologie,au refus de voir la vérité en face et à l'engouement quasi religieux au petit père des peuples?

NHU Bretagne
Lundi 17 février 2020

Si Stéphane LE DOARE, actuel maire de Pont L'Abbé, souhaite débaptiser la Rue Youenn Drezen pour suspicion de délation durant la guerre 39-45, demandons-lui alors de débaptiser la Place Gambetta. En effet ce militaire français a envoyé à la boucherie plus de six mille Bretons vers le Camp de Conlie lors d'une autre guerre. De fait cet individu n'a pas à avoir ne serait-ce qu'une venelle en Pays Bigouden, d'où étaient certainement nombre de soldats de l'Armée de Bretagne.

En savoir plus : (voir le site)

Naon-e-dad
Lundi 17 février 2020

"Tradutore, traditore" disent les Italiens. "Traduction, trahison".

Si l'article d'ABP, qui s’exprime au conditionnel, est exact, alors Françoise Morvan nous offrirait une illustration (dont on se serait bien passé) de l'adage italien.

En breton "Yuzevien" ou "Juzevien" (pluriels de "Yuzev" ou "Juzev") signifie "Juifs". Tout simplement. Il n'y a pas à broder là-dessus.

Da skouer / exemple:

"E pelec'h ema ar roue a zo ganet d'ar Juzevien?" Aviel hervez Sant Vaze (2,2), (troidigezh Kenvreuriez ar brezoneg, 1982)

Laer-noz
Mercredi 19 février 2020

75 ans plus tard le canard était toujours vivant!

Dès que j’ai appris qu’an aotrou maer An Doaré, outré à la manière (gant an doaré) des années de la Libération, débaptisait à toute berzingue « sa rue « profanée », il ma remis en mémoire une phrase de l’œuvre de Youenn Drezenn, Skol-louarn Veig Trebern, moulet eus 1972 da 1974 e tri lodenn, proférée par le garnement buissonnier:

« Oi ! Malivurus ! Ar Park Bramm !...Kas ! paotred… Ar Park Bramm !... » (À vos dictionnaire breton-français) .

Park-Bramm étant une traduction libre des garnements de plus bigoudens, du français garde « champêtre ». La traduction littéraire et très respectueuse (si utile) étant : Gward-parkeier

J’espère Monsieur Le Doaré qu’avec la manière, bien entendu, vous ne serez pas réélu par les Bigoudens !

Mon soutien absolu à Yves Le Drezenn !

Jacques
Dimanche 23 février 2020

Oui, cette vidéo est un témoignage précieux.

Mais comme Yves Drezen le dit, derrière le sujet il s'agit bien de l'accusation de la langue et culture bretonne.

Une langue et culture parmi les plus anciennes d'Europe que certains n'ont pas hésité clairement à associer aux caractéristiques d'une idéologie totalitaire du 20ème siècle.

Si cela ne s'apparente pas à du racisme, alors qu'est-ce que le racisme?

En fait, ces libres penseurs accusateurs sont avant tout les défenseurs d'une pensée cadrée/bornée, des ''anti-racistes'' / ''anti-totalitaire'' dont la démarche intellectuelle correspond très largement à la définition justement du racisme et du totalitarisme... un espace intellectuel où la ''liberté'', et encore plus ''de penser'', n'a pas sa place...!

Je ne suis pas favorable à ce colloque, car il s'agit de faire un débat brito-breton anachronique et hors contexte de l'époque, comme si à l'époque nous étions seuls au monde alors même que le monde entier s'envoyait la vaisselle à la figure et que des millions de personnes mourraient dans un contexte d'hyper violence!

Si on devait appliquer à la littérature mondiale les critères de "virginité'' que communistes et Libres penseurs imposent aux auteurs bretons, que nous resterait-il à lire??? Serait-il encore possible d'avoir des rues portant le nom d'une personne humaine?

Débattre avec ces libres penseurs, me semble avant tout lié à un besoin de nous justifier / de nous blanchir...

Nous n'avons pas à nous justifier, et surtout pas avec des gens qui se voient comme des ''gardiens'' de la pensée!

Le Maire de Pont-L'Abbé a manqué de convictions et de valeurs, il ne sera pas le dernier... Mais cette manière d'agir va se faire de plus en plus rare au fur et à mesure que les Bretons redresserons la tête...

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