l'affiche de la tournée de projection du film sur Anatole Le Braz. Première série de 18 projections-débats
l'affiche de la tournée de projection du film sur Anatole Le Braz. Première série de 18 projections-débats © Domaine public
Pas plus que les noms de rues, les bustes et les statues d'Anatole Le Braz ne manquent pas en Bretagne, notamment à Quimper
Pas plus que les noms de rues, les bustes et les statues d'Anatole Le Braz ne manquent pas en Bretagne, notamment à Quimper

La 13e projection-débat du film "Anatole Le Braz, des Bretagnes au monde", marquant le centenaire du décès de l'écrivain Breton de grande renommée, va avoir lieu à la médiathèque Alain Gérard de Quimper ce samedi 7 novembre à 15 heures. Ce moment de ciné-débat fait suite à celui de Tréguier le mercredi 4 à 18 heures - une seconde diffusion en raison du public qui n'a pas trouvé place début juin et précède la projection de Lanvellec (Trégor) le dimanche 15 novembre à 16 heures. Pour cette tournée d'automne, la projection...

C'est au lycée La Tour d'Auvergne qu'a été tournée une partie du film parce qu'un moment capital de sa carrière s'y est produit : en 1886, après ses études supérieures à Paris et une période d'exil à Étampes, aux confins de la Beauce, Anatole Le Braz, qui a 27 ans, parvient enfin à regagner la Bretagne, un nouveau lycée s'ouvrant à Quimper. Il va y rester 15 années, sans doute les plus heureuses de sa vie et les plus créatrices de son œuvre. Dans le film, deux spécialistes cornouaillais, l'historien Serge Duigou et le professeur de littérature Alain-Gabriel Monot, nous accueillent, sur place, dans ce qui est devenu le lycée La Tour d'Auvergne, dont l'aspect a très peu changé depuis les années « Le Braz ». Une plaque et un buste rappellent, dans le bâtiment administratif, le passage du célèbre écrivain, enseignant très apprécié de ses élèves et de ses collègues, qui va passer là des années créatrices et heureuses au plan collectif comme au plan personnel.

Parmi les nombreuses éditions contemporaines, l'oeuvre la plus célèbre d'Anatole Le Braz existe aussi en BD.
Parmi les nombreuses éditions contemporaines, l'oeuvre la plus célèbre d'Anatole Le Braz existe aussi en BD.

Dans ces terres bretonnantes de Cornouaille, Le Braz pratique le français au lycée en ces temps (non révolus) de jacobinisme effréné, et très souvent le breton quand il retourne en ville ou à son domicile de Kerfeunteun. Il y rencontre une mère de trois enfants, veuve, un peu dépassée par l'ampleur de l'aide et de la surveillance qu'exige sa progéniture. Anatole au grand cœur va l'aider et... l'épouser, ce qui l'intègre encore plus dans le monde quimpérois où il se sent parfaitement à l'aise.

Il invite, reçoit des collègues et des amis, collecte un maximum d'histoires, de proverbes, de chansons dans l'ensemble de la Cornouaille. Ses collectes - en bonne partie à pied, entre Cornouaille et Vannetais - sont scrupuleusement notées sur des carnets très denses et variés où le breton occupe une place abondante - en partie en ligne sur le site du CRBC - alors que son œuvre est essentiellement en français. Il en rapporte une partie à l'archiviste départemental qui n'est autre que François-Marie Luzel, au grand savoir, et à son adjoint, lui aussi bretonnant et collecteur. Il y trouve aussi la matière à des articles dans tous les types de journaux et de revues, et à la publication de livres dont tout le monde connaît encore les titres, 130 ans après.

À côté de cette vie suractive de travail et de relations humaines, la publication de la célèbre « Légende de la mort », plusieurs fois rééditée et traduite dans d'autres langues, de « La chanson de la Bretagne », d'« Au pays des pardons » et bien d'autres.

Bien sûr, le film et le débat évoqueront la suite, parfois terrible, de sa vie. Mais ce sera aussi l'occasion de réfléchir sur l'oubli local relatif de cette période très féconde d'Anatole à Quimper, alors que les traces sont nombreuses, à compter par le fonds Le Braz de la médiathèque.

Fin de saison d'automne

Le film, demandé partout, va passer quelques mois au second plan de l'équipe de réalisation qui doit entamer un autre chantier cinématographique consacré aux Monts d'Arrée. Dommage parce que les écrits de Le Braz, contrairement à l'image qu'ils véhiculent à tort, sont d'une actualité vibrante, 100 ans après la mort d'un écrivain étonnamment moderne, qui doit autant à Quimper et à la Cornouaille que Pierre-Jakez Hélias et Max Jacob, trois personnalités et trois oeuvres exceptionnelles dont aucune ne devrait éclipser les autres.

Une reprise de la tournée aura lieu ailleurs cet hiver en Bretagne - Dinan, Vannes) parce que Le Braz la concerne tout entière. Mais l'équipe de réalisation ne pouvant visiter 1400 communes, il faut savoir saisir sa chance!

Les intervenants du film présents à la projection dialogueront bien sûr avec le public après les 62 minutes de la projection.

Jean-Jacques Monnier

Jean-Jacques Monnier est historien et écrivain.