Le fabuleux destin des Vénètes

-- Histoire de Bretagne --

Chronique de marc Patay Lejean

Publié le 26/11/16 18:51 -- mis à jour le 00/00/00 00:00

D'après l'encyclopédie Universalis (1), il ne fait pas de doute que les Enetes d’Hérodote, dont parle Homère dans l’Iliade, ces Vénètes d'Adriatique, ont essaimé jusqu'en Bretagne Armorique. D’après Polybe, les Vénètes diffèrent peu des Celtes. Pour Jean Danzé, auteur de la Bretagne pré-celtique (2), les Vénètes furent un peuple très mobile que l'histoire rencontra tour à tour près de la Baltique, au voisinage de la Vistule (Wendes), au sud du Danube (Vindelicie), en Italie du nord, en Gaule de l'ouest et même au pays de Galles où ce sont les Venedoti du Gwynedd.

Aujourd'hui encore, le préfixe toponymique « Windish » rappelle ce peuple vénète en Allemagne, Suisse et Autriche … le lac de Constance fut le Lacus venetus et Vienne en Isère rappelle les pérégrinations vers l'ouest de ce peuple celte .

À l'origine, les Vénètes, voisins ou cousins des Aesti et des Rhètes, comme nos Vénètes bretons, côtoyaient les Ostimii (Osismii) et les Riedones !, se rencontraient au nord et à l'est de l’Europe, près des rivages de la Baltique, où ils firent le commerce de l'ambre qui se perpétua en Adriatique.

Entre Venise et Vannes, il y a 1.500 km et les Alpes … Par les terres, sur la fameuse route de l'étain, il fallait autrefois trente jours pour joindre Corbilo (3) (embouchure de la Loire) à Narbonne. Mais nous savons que Germains et Celtes, Vandales, Volques ou Boïens, Cimbres et Teutons, à cheval, en chariot ou à pied, franchirent des distances considérables dans leurs phases d'expansion et assourdirent de leurs jactance batailleuse, la Gaule et les confins de l’Europe antique. On les rencontra en Égypte, en Anatolie, à Delphes, à Rome, en Afrique du nord, migrant en masse à la recherche d'une vie meilleure.

Des traces de la culture italique existent en Bretagne. Des fibules, ces grosses épingles qui fermait le vêtement, des situles (seau en bronze) destinées à servir le vin mais qui, en Bretagne eurent un usage funéraire, des thèmes décoratifs étrangers à notre péninsule comme les cercles pointés sur les haches à douille du Tréhou (en 29) ou de Brandivy, des vases en céramique décorés aussi d'oiseaux aquatiques (thème italique), le gobelet d'or de Paimpont (-750 ans) ou la fibule de Kérity, des modes vestimentaires identifiées à Saint-Jean Trolimon, de rares stèles dédicacées invoquant un nom étranger, un certain Durnéo d’Illyrie (Plumergat), trouvent leur origine en Italie du nord, soit importées comme l'étaient les amphores nombreuses trouvées en Armorique ou les céramiques étrusques, soit portées par des émigrés ou des marchands conservant chez nous leurs moeurs transalpines au milieu des peuples indigènes qu'il côtoyèrent dans leur vie, dans la mort aussi, ensevelis à part mais dans les mêmes enclos funéraires.

Jean Danzé considère « la nécropole de Roz an Tremen (4) comme la sépulture collective d'un groupe de population vénétique italique ». Les cercles pointés sont des symboles solaires et les oiseaux aquatiques, thème rare en Bretagne, ressemblent à ceux figurés sur des chaudrons cultuels nordiques du Danemark et de Hongrie, régions que fréquentèrent les Vénètes à l'âge du bronze. N’est-ce pas avec une tasse en or comme le gobelet (5) de Paimpont, que l’on répandait l’eau sur le perron de la fontaine de Barenton pour déclencher les orages ?, et ce « Bel Nemeton », dieu Belenos du bois sacré, comme le Baal sémite, était le maître de la foudre, ce dieu Bel, favori des tribus norique, vénète et illyrienne… le port de Corbilo (7), n'est-il pas un Caer-Bel ou fort de Bel ?

Ces motifs animaliers se retrouvent aussi dans les céramiques et les bronzes d’Este, Padoue et Bologne du VIe siècle avant J.-C. « Fritz Moosleitner, qui a travaillé sur le site de Dünberg, proche de Hallstatt, est encore plus précis, et attribue la décoration des fibules en têtes de canards aux Vénètes du sud des Alpes ».

Peuples de marchands, puissance navale, les Vénètes, furent maîtres de l'étain en Armorique et de l'ambre baltique en Adriatique. Il y a 2.300 ans, Pythéas visita le pays de l'étain, monopole des Vénètes bretons et le pays de l'ambre, apanage des Vénètes orientaux.

Étonnamment, les marais salants de Guérande (6), créés par les Gallo-romains, conservent dans leur lexique paludier, outre des mots celtiques comme « aderne » qui renvoie à la technique ancienne des fours et augettes, un substrat d’origine latine. Les mots « capitellos et scanne » sont communs aux paludiers guérandais et aux sauniers de la lagune de Venise et sont un héritage de l’Antiquité. Ce vocabulaire vient-il des descendants des Vénètes italiens émigrés dans notre région, des siècles auparavant ?

Notes :

1. Les Vénètes : (voir le site) ;

2. Jean Danzé, la Bretagne pré-celtique, coop-breizh ;

3. Toponyme semblable (Kerbilo) près de Sizun, voir aussi Corbeil ;

4. A Plomeur, Théodore Monod y fit des fouilles en 1920 ;

5. La tasse de Paimpont : (voir le site) ;

6. Guérande : (voir le site) ;

Livres :

- Protohistoire de la Bretagne, Giot, Briard, Pape, ouest france

- Henri Hubert, les Celtes et l'expansion celtique, les Celtes et la civilisation celtique, Albin Michel

- Les anciens peuples de l'Europe, par Georges Dottin (Gallica)


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Informaticien, marié, aime l'écriture (prose poétique, essais, traduction), la langue bretonne, l'histoire, de la Bretagne en particulier, etc
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