Le CD posthume de Jacques PELLEN et OFFSHORE - "Standing on the Shore"

-- Musique --

Chronique de Culture et Celtie
Porte-parole: Gérard Simon

Publié le 8/03/21 12:52 -- mis à jour le 08/03/21 12:52
Standing on the Shore - (Extrait de 00:58). CD J.PELLEN OFFSHORE
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Jaquette du CD Jacques PELLEN et OFFSHORE - "Standing on the Shore"

Une picturale, onirique et contemporaine jaquette, photographiée et « infographiée » par Gaël LOISON du studio finistérien de Plougastel Daoulas, « Ultra Rapide Canari » (Voir site) , semblable à une toile peinte traversée d’un ruban bleu d’Iroise, à peine taché de quelques cotonneuses et ponctuelles vagues lointaines, horizon d’Armor souligné, à largeur égale, d’une bande d'une écumeuse blancheur sur laquelle se distingue la silhouette d’un baigneur regagnant l’estran d’un premier plan à la coloration saturée, illustre et introduit, avec acuité, l’ambiance contextuelle d’un contenu musical aux saveurs salées.

Le titre de l’album, « Standing on the shore (Debout sur le rivage) », précise, s’il le fallait encore, l’inspiration maritime qui nourrit les… « plages » de ce nouveau programme, proposé par Jacques PELLEN et OFFSHORE.

Comme vous le savez, OFFSHORE, est, originellement, la réunion, l’union, la fusion de quatre talents d’excellents instrumentistes, dont celui du fort regretté Jacques PELLEN, disparu, le 21 avril 2020, dans l’agressive tempête de la, encore bien présente, pandémie.

Sur-titré Jacques PELLEN et OFFSHORE, « Standing on the shore » est, suite à ce bien triste fait, un album posthume, publié à un peu moins de dix mois après la disparition de ce guitariste d’exception, qui reste plus qu’une figure du jazz, en Bretagne.

Enregistré en 2016 au studio » Streat ar Skoll de Saint Cadou (29) (Voir site) et en 2020, à Ploumoguer (29), au studio de l’Association Ar re Viazak, « Muzik an Oll » où il s’est poursuivi avant le décès du légendaire guitariste breton, est, en quelque sorte, la suite du CD « Shorewards », paru chez PAKER Prod. en 2017, opus que nous vous avions présenté sur nos pages sonorisées en ligne (Notre chronique) .

C’est ainsi que des prises de son de ce présent disque ont été réalisées, simultanément, avec celles de ce précédent « Shorewards », susnommé.

Nous retrouvons, donc, dans ce présent enregistrement, Jacques PELLEN aux guitares, Sylvain BAROU aux flûtes, bansuri, duduk, uilleann-pipes, Etienne CALLAC, à la basse, Karim ZIAD, à la batterie et aux percussions, auxquels vient s’adjoindre Patrick PERON, aux orgues et synthétiseurs, tout en assurant, excellemment, les phases techniques de prise de son et de mixage, optimisées, in fine, par le mastering de Bruno GRUEL du Studio Elektra Mastering (Voir site) .

Grand ami et prime inspirateur de Jacques PELLEN, le guitariste quimpérois, Dan AR BRAZ, avec lequel, en 1994, il participe à l’aventure de « L’Héritage des Celtes » et, ces dernières années, il joue régulièrement, est invité pour poser ses notes électriques, sur l’avant-dernière pièce de cette picturale exposition musicale.

Naviguant, vaillamment et aisément, sur les sept titres qui composent ce séduisant, captif, extraordinaire et passionnant voyage « World jazz », aux rythmes et styles variés, allant du contemplatif, au chaloupé, du bluesy, au swing, de l’écrit à l’improvisation expérimentale, OFFSHORE nous emmène de l’hivernal et finistérien ressac des vagues, aux dunes autant brûlantes que mélancoliques de l’Orient, comme entre tourbières, lacs, rivières et mer d’Irlande, tissant un lien, toujours réussi, entre les musiques traditionnelles bretonnes, celtiques revisitées et les traditions d’écriture et d’expression instantanée et inattendue, propres au jazz.

Durant les sept longs, mais jamais trop longs, morceaux de l’album, la mer, notamment et particulièrement, chère à Jacques PELLEN, est, toujours, présente, « fusionnellement » présente. Cette sonorité, cette musique maritime armoricaine où vents, vagues et averses nourrissent, indiscutablement, le poétique jazz d’OFFSHORE, au point de se confondre, vient s’unir avec le son, déjà bien spécifique, de la formation.

Pour affirmer cette inspiratrice proximité avec le milieu naturel et c’est, aussi, une particularité des enregistrements d’OFFSHORE, tout comme dans « Shorewards », des séquences d’ambiances sonores viennent jouer au sein du quatuor originel accédant, avec Patrick PERON, au quintet, leur partition.

Ce n’est pas qu’ornemental, « décoratif », c’est l’écrin d’un essentiel fondateur.

L’opus s’ouvre, d’ailleurs, sur un tel mixage, puisque les tous premiers frémissements sonores laissent percevoir, sous le clapotis d’une, déjà dense averse, les grondements d’un orage naissant à l’horizon, dont l’inévitable menace est soulignée du très beau trait de flûte de Sylvain BAROU, immédiatement rejoint par la cristalline guitare de Jacques qui égrène ses notes au rythme des transversales rayures pluvieuses.

Sur cet éponyme premier titre « Standing on the Shore », le duo flûte, bansouri et guitares de Sylvain et Jacques, épicé des claquantes percussions de Karim ZIAD est, d’entrée, un délice. Quelle belle et judicieuse introduction à ce côtier périple… alors qu’au terme du morceau, l’ambiance sonore, à nouveau, découverte de musique, traduit l’éloignement de ce bien mélodieux, mais fracassant orage.

Suit, « Nagarif », une composition de Jacques PELLEN, aux atmosphères très variées, durant laquelle, jusqu’au suspens final, les rythmes chaloupés, voire effrénés, succèdent à des instants plus lents, au cours desquels, selon les instants, sur tapis de claviers et percussions, la guitare « vocifère ou vocalise », faisant ressortir toute la vélocité et le jeu arachnéen du, ô combien, virtuose et inspiré compositeur.

Piste 3, sur une profonde ligne de basse d’Etienne CALLAC, plus oriental, « Ella » (Fitzgerald ?), composition du batteur et percussionniste Karim ZIAD, semble faire rimer désert et abers.

L’auteur-compositeur-interprète et poète breton, Manu LANN HUEL, n’écrit-il pas, au sein de son poème reproduit sur le 3ème pan du triptyque composant la jaquette de « Standing on the Shore » ? :

…/…

« Avec Elle Avec Ella

Élance tes bras d’arbres

Déroule tes abers

Au delà du désert

Ouvre les portes de la Mer ».

…/…

En plage 4, introduite sur nappes de sonorités quasi-expérimentales, colorées du duduck de Sylvain, « Seamen’s lament - Complainte des hommes de la mer », création conjointe de Jacques et de sa compagne compositrice et harpiste celtique, Kristen NOGUES, disparue, en 2007, à l’âge de 55 ans, apparaît, comme la conjonction d’un jeu de harpe et de guitare qui parcourent des rythmes devenus plus jazzy assortis d’effets de « voix instrumentales ».

S’il s’agit du plus long morceau du programme, puisqu’atteignant plus de 10 minutes, il se révèle, aussi, comme l’un des plus émotionnels.

Enregistré en 1981, au légendaire studio du Château d’Hérouville, Dan AR BRAZ publie, en décembre 1982, son 4ème album studio « Acoustic », sur lequel, en plage 6, figure « La danse des macareux », inspirée par ces oiseaux marins migrateurs qui, chaque année, transitent par l’archipel des Sept Îles de Bretagne.

Jacques PELLEN qui, avec son ami Dan, jouait, sur scène, ce morceau, propose à OFFSHORE de le reprendre, peut-être, ici, dans une interprétation plus celtique, plus World-jazz que la, très épurée, version originale. C’est une pièce très rapide, au cours de laquelle, sur les rythmes trépidants de Karim, vous apprécierez, particulièrement, la vélocité du jeu de flûte de Sylvain et des claviers de Patrick PERON, et plus largement de tous les membres de la formation.

Nous citerons, à nouveau, le nom de Dan AR BRAZ, puisqu’en piste 6 de « Standing on the Shore », à la guitare électrique, pour cette escale irlandaise illustrée par le traditionnel « Lark goes to the Borders », le célèbre guitariste finistérien est l’invité d’OFFSHORE.

Ce très mélodique titre nous permet de déguster le souple chant de l’ulleann pipes de Sylvain BAROU qui précède les enjôleuses lignes électrifiées bien reconnaissables du velouté jeu de « celui qui a hérité des celtes ».

Introduite par le bruissement de vagues mourantes sur la grève épousant une mer encore apaisée, « La saison des Tempêtes », composition de Jacques PELLEN et de Sylvain BAROU, met un terme à ce merveilleux voyage de plus de 47 minutes.

Guitare, au premier plan, cette dernière pièce s’articule, quasiment, en trois parties.

La limpide, mais entêtante, obsédante guitare acoustique de Jacques tente, dans un second temps, de calmer sa frénésie pour laisser place à la ligne musicale plus celtique, plus atmosphérique, plus prospective, du flûtiste, avant que les deux instrumentistes unissent leurs jeux improvisés, jusqu’au suspens final où se solde la tension.

Bien que posthume, ce second et excellent CD d’OFFSHORE est, vraiment, l’acte II d’une création authentique, en part majeure, initiée par le guitariste disparu.

Producteur de PAKER Prod, Yann PELLIET ne précise-t-il pas dans un article du Télégramme, paru le 3 février 2021 ?

« Le disque aurait dû sortir en septembre. Cela a pris plus de temps parce qu’il nous a d’abord fallu accepter son départ, puis se réunir avec ses musiciens, sa compagne et son neveu Ronan (PELLEN) pour évaluer ce qu’il restait à faire : le mixage, les prises de Dan (AR BRAZ), le graphisme.

Jacques était très exigeant, très précis. Il fallait que ce disque soit fait dans le plus strict respect de son travail, de sa manière de faire ».

Bien évidemment, nous vous conseillons, plus que très vivement, de vous procurer, au plus vite, ce fondamental opus.

Sans intempestif et opportuniste artifice électronique, sans aucune récurrence rythmique qui tue, régulièrement, la mélodie, sans abusif brassage incontrôlé des couleurs musicales du monde dont, sans bonne et respectueuse maîtrise, on détruit, trop fréquemment, les si belles et substantielles richesses originelles, tout cela pour être de son époque, OFFSHORE nous offre, ici, la vision d’une Bretagne maritime, d’une Celtie, d’un ailleurs, bien plus actuelle et, subtilement, bien plus perméable au monde que pour nombre de formations qui croient incarner ces orientations artistiques et culturelles.

Plus apaisé, plus « lounge » que le premier « tome », « Standing on the Shore » apparaît comme très contemporain, parfaitement inscrit dans notre époque, voire prospectif, progressif, mais, à chaque instant, ô combien mélodique !

…/…

« Avec les flûtes de Sylvain

Des guitares d’orgue sur le cœur

Avec la forge des cornemuses

Souffle le feu où l’ouragan se noue

Ouvre encor les portes de la Mer ».

Manu Lann HUEL.

Merci, éternel, immortel MONSIEUR PELLEN pour ce jazz poétique qui, par votre créative dextérité, votre sens aigu de l’improvisation qui transforme voire déstructure, avec quelle maestria, la musique traditionnelle, en pérennise l’âme.

Bravo à OFFSHORE qui, avec sa très large et colorée palette instrumentale raconte, si bien, la mer, la Bretagne et l’ailleurs…

Gérard SIMON

Illustration sonore de la page : Jacques PELLEN et OFFSHORE - "Standing on the Shore" - (Extrait de 00:58).

D'autres extraits sonores sur Culture et celtie, l'e-MAGazine (Voir site)

Les titres du CD "Standing on the Shore "

01 - Standing on the Shore (Johnny Moynihan et& Terry Woods) - 07:42.

02 - Nagarif (Jacques Pellen) - 05’40.

03 - Ella (Karim Ziad) - 04:22.

04 - Seamen’s Lament (Jacques Pellen et Kristen Noguès) - 10:30.

05 - La danse des Macareux (Dan ar Braz) - 06:20.

06 - Lark goes to the Borders (Traditionnel) - 05:24.

07 - La saison des Tempêtes (Jacques Pellen et Sylvain Barou) - 07:49.

Durée totale : 47:47.

CD "Standing on the Shore" - Jacques PELENN et OFFSHORE

Parution : Février 201 - Réf : 4016428

Edité chez PAKER Prod - (Voir site)

Distribué par Coop Breizh - (Voir site)

La page d'OFFSHORE sur PAKER Prod. : (Voir page)

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