
Paul Molac Député du Morbihan Conseiller régional de Bretagne Ploërmel, le 6 mars 2026
La question du Ñ sur les prénoms a de nouveau refait surface cette semaine à la faveur d'une instruction transmise par le Ministère de la Justice aux procureurs, d’abandonner toute poursuite judiciaire sur le sujet à l’avenir.
Cette question est loin d’être anodine. Car L’État français a toujours eu un problème intrinsèque avec la diversité et la reconnaissance des langues et des nations qui composent la République. Sous prétexte de vouloir unifier le pays, l’État a mis en place depuis le XIXe siècle une politique d’éradication des langues de France, à l’exception du français.
Mais de quoi l’État a-t-il peur ? Que des Bretons, des Basques ou des Picards fassent sécession ? Fantasme.
Aujourd’hui, l’époque a changé. Depuis (seulement) cinquante ans, il n’est plus interdit de donner des prénoms bretons à nos enfants. Mais cette avancée est fragile, en témoignent les attaques de l’État contre celles et ceux qui portent un accent dans leur prénom.
Le Conseil constitutionnel s’est lui-même auto-saisi du sujet en 2021 en déclarant inconstitutionnel l’usage de signes diacritiques autres que ceux de la langue française. De ce fait, il interdit l'usage des accents présents dans les autres langues de France.
Le motif ? Cela serait contraire à l’article 2 de la Constitution selon lequel « la langue de la République est le français ».
Cette décision est d’autant plus surprenante que le constituant (députés et sénateurs réunis), au cours des débats parlementaires de la révision constitutionnelle de 1992, a bien précisé que cette disposition ne visait qu’à lutter contre l’emprise de la langue anglaise dans notre société et ne serait jamais utilisée contre les langues régionales.
Or, en l’espèce, le Conseil constitutionnel a manifestement outrepassé son pouvoir en énonçant une interprétation constitutionnelle totalement contraire de l’esprit du constituant. Il est malheureusement coutumier du fait en matière de langues régionales.
Le ministre de la Justice ne fait donc que remettre l’église au milieu du village en donnant une instruction conforme à l’esprit du législateur et du constituant, et en donnant satisfaction aux parents pour le Ñ. Cela évitera par ailleurs de dépenser l’argent de la justice pour satisfaire une politique anti-langues régionales.
Je me réjouis aujourd’hui de cette instruction de ne plus engager de poursuites contre les parents qui ne font que donner un prénom basque ou breton à leur enfant. Mais je reste vigilant, car ce qu’un Ministre peut faire un jour, un autre Ministre peut le défaire à l’avenir.
Une réelle garantie pour l’usage de nos langues et la liberté de choix de nos prénoms ne pourra avoir lieu sans une révision constitutionnelle.
Commentaires (6)
Le pouvoir jacobin pourrait cesser ses nuisances mais encore faudrait-il que l'État change ses lois et décrets !
A
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D'où la traduction, en général en tout petits caractères, qu'il faut aller chercher quelque part dans un coin d'une grande affiche 4mx3m, quand le message ou slogan principal, en anglais donc, est lisible instantanément et de très loin.
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Il est exact que M. Toubon, qui portait cette loi, avait tenu à rassurer les députés bretons (mais pas seulement eux), que cette loi ne visait nullement les langues régionales, en conséquence de quoi il n’y avait pas lieu de s'inquiéter. Celle-ci ne serait jamais utilisée contre les langues régionales. Paul Molac, député, à raison de le rappeler fermement.
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Comment et pourquoi les députés bretons (et autres) n’ont-ils pas exigé que cette déclaration et assurance verbale de M. Toubon soit inscrite en substance dans le texte de la loi ? Voilà ce que je n’ai jamais compris, puisque nous sommes dans un pays et système ou l’écrit en règle générale l’emporte sur le reste.
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Sur le fond, il est bien évident que ce genre d’abus du Conseil d’Etat abime la démocratie, nous rappelle que le diktat n’est jamais très loin. Ce type d’abus dégrade aussi la confiance dans les institutions. Tout cela pour satisfaire une idéologie centralisatrice malsaine, et qui n’a plus lieu d’être.
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Fañch et la République peuvent cohabiter.
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A-walc’h eo nac’hañ ar yezhoù rannvroel, hag a zo deuet da vezañ dister-kenañ. Poent eo leuskel anezhe o vevañ en egor publik hag er boblañs. N’emaint ket a-enep ar galleg. Fellout a ra dezhe bevañ skoaz-ouzh-skoaz, a gav din, kentoc’h.
Mais votre remarque symbolise beaucoup les bretons : un énorme besoin de reconnaissance et d'être français, même quand rien ne nous y pousse justement. C'est assez dramatique, et relève vraiment du syndrome de Stockholm.