La plus grande épopée celtique mise en BD par un dessinateur breton
L’ÉPIPHANIE DU DIEU LUG DANS LA PLAINE DE MAG TUREDBD ‘Cúchulainn. T1 : Trois corneilles© Ronan Seure-Le Bihan, 2018
La plus grande épopée celtique mise en BD par un dessinateur breton
Couverture BD ‘Cúchulainn. T1 : Trois corneilles © Ronan Seure-Le Bihan, 2018

PRÉSENTATION

Le dessinateur breton Ronan Seure-Le Bihan a entrepris le défi colossal de mettre en BD le cycle intégral des aventures du plus grand héros celtique de tous les temps : Cúchulainn principal protagoniste de l’épopée irlandaise du Razzia des Vaches de Cooley, qui rentra dans la légende en triomphant à lui seul des armées de la reine Medb.

Ronan livre avec ce premier volume inaugural des Trois Corneilles, l’histoire de l’initiation guerrière de Cúchulainn, fils du dieu Lug, sur l’île sacrée d’Alba par les trois redoutables magiciennes des sídhe, Aïfe, Scathach et Uathach. C’est au cours de cette aventure que le jeune héros obtient son arme emblématique, le javelot-foudre et fait la rencontre avec le colossal Ferdiad à l’armure de pierre, son meilleur compagnon et futur plus terrible adversaire.

En véritable barde du 9e art, Ronan délivre une adaptation modernisée de la saga du roi des guerriers de la verte Erin pour la rendre accessible au grand public. Il adopte une narration au rythme électrique, bourrée d’humour et d’hémoglobine, de combats, de magie païenne et d’émotions intenses, ce toujours avec un grand respect des sources originelles. Une Geste 1.0 sublimée par un graphisme à la ligne claire et des couleurs oniriques, par sa connaissance de la religion celtique lui permettant de restituer des portraits bien campés des anciens dieux et déesses intervenant à chaque pas de l’histoire pour forger le destin de Cúchulainn. Ronan met également au service de l’histoire son expertise dans les reconstitutions historiques lui permettant de restituer avec réalisme l’univers héroïque et sa connaissance des techniques des arts guerriers traditionnels lui permettant aussi de rendre la vérité et la vivacité des affrontements guerriers.

NOTRE AVIS AUTORISÉ

« J’ai reçu début juin mon exemplaire de la BD intitulée TROIS CORNEILLES, premier tome de la saga du héros irlandais Cúchulainn, que l’on doit au talentueux dessinateur breton RONAN SEURE LE BIHAN. J’avais ici même soutenu le crowfunding. J’avais un peu d’appréhension, car les BD me tombent vite des mains quand je m’ennuie, et que le Cúchulainn, c’est mon chouchou et je supporte pas qu’on le maltraite, il est si fragile et sans défense, et puis Ronan c’est un copaing. Donc, j’avais peur d’être pris d’une contorsion et de jeter au loin l’album en l’accompagnant d’un cri de raptor du genre « mais c’est quoi, cette merde ? » et de devoir souquer ferme quand le Ronan me demanderait : « alors tu en as pensé, quoi ? ».

Je l’ai lu d’une traite les 76 pages, presque le double d’une BD ordinaire. Et j’ai même trouvé ça trop court tellement c’est de la régalade. L’expression le « double d’une BD ordinaire » lui va comme un gant. Il y a du contenu et du contenant. C’est une adaptation de la Courtise d’Emer, une saga irlandaise au cours de laquelle Cúchulainn complète sa formation guerrière. L’histoire est plaisante à suivre même pour le lecteur non initié à la geste épique de Chien de Culann. L'amateur éclairé y trouvera lui-même satisfaction tant l’œuvre fourmille au second plan de références littéraires et matérielles. Le pseudo-spécialiste que je suis ne cautionne évidemment pas toutes les interprétations proposées sur lesquelles nous nous taquinons souvent avec l’auteur (l’assimilation de Cúchulainn à Mog Ruith, la relation du dieu Ogma à la danse macabre et aux canidés) mais ces interprétations témoignent d’une réflexion extrêmement poussée sur les personnages héroïques et divins qui interviennent dans l’histoire et sur la recherche du sens de cette dernière. Et cela n’entame en rien le plaisir de lire cette mise en images et cette adaptation originale et réussie d’une ancienne épopée irlandaise, avec mention spéciale pour le duo hilarant de Dolb et Indolb, êtres des sídhe protecteurs de Cúchulainn, et pour la séquence onirique où le jeune héros drogué, est métamorphosé en chien et en proie à des visions mystiques.

Visuellement éblouissant comme une apparition de Lug dans la plaine de Tara, ébouriffant comme une bourrasque de vent soulevée par le passage du char de Cúchulainn, divertissant comme une blague paillarde d’un Dagda goguenard à la fin d’un gueuleton bien arrosé de bière rouge, effrayant et envoûtant comme les magiciennes guerrières primordiales des îles britanniques. Vous pouvez y aller les yeux fermés (mais ça serait dommage), Nuada lui même y mettrait sa seconde main à couper que ça vous plaira.

La lecture de l’album m’a confirmé ce que j’avais pensé en prenant connaissance de certains dessins dans la phase préparatoire du livre. Ce que j’apprécie chez le Ronan, c’est que chaque dessin est le fruit d’une riche réflexion nourrie d’un grand nombre de références textuelles, visuelles, émotionnelles. Après je n’ai pas forcément la même culture, ni les mêmes traumatismes d’enfance, donc pas en grade de les apprécier toutes. Pour donner un bon exemple, je prendrai entre mille autres vignettes la double planche qui met en scène l’ÉPIPHANIE DU DIEU LUG DANS LA PLAINE DE MAG TURED. Elle occupe les pages 50-51 de la BD (voir l'image ci-jointe). Pour cette double page, je note pour la case en bas à droite qui montre l’œil de Cúchulainn s’élargir, une sorte de ‘réveil’, d’élévation à un état de conscience supérieur, consécutive à une vision mystique qu’il s’est tapée suite à l’absorption de champignons mexicains dans un squat de punks écossais (cf. Courtise d’Emer), une référence évidente au Docteur Banner dans la série Hulk des années 70 en pleine mutation physique consécutive à un grand choc émotionnel. Pour la vignette de gauche, référence évidente à la danse de Mowgli avec Baloo dans le Livre de La Jungle, dans l’adaptation Disney du roman de Kipling.

Le dessin central, est inspiré d’un épisode de la seconde version longue de la Bataille de Mag Tured (seconde du nom) que l’on doit à David Duigenan (1651-1652), version transmise tardivement mais dont l’archaïsme du contenu ne fait pas l’ombre d’un doute. Aux §§ 25-26, Duigenan rapporte comment Lug est apparu dans la plaine de Mag Tured pour empêcher le début des hostilités entre démons Fomoire et dieux TDD car les dieux n’avaient pas consulté les augures pour lancer les hostilités au moment favorable, les couillons. Enivré puis attaché par ses propres copains à des piliers, soit pour le préserver, soit pour pas qu’il tire toute la couverture à lui, Lug se réveille à temps et, ne parvenant pas à se ‘déchaîner’ - c’est du solide les liens des dieux, même les plus fins, Fenrir en sait quelque chose chez les cousins germains -, traîne derrière lui les piliers auxquels il est attaché et se montre dans toute sa fureur guerrière. Parce que Lug, comme son rejeton et avatar Cúchulainn, c’est de la « Ferg » incarnée. Et lorsque Cúchulainn est pris de ses contorsions avant d’aller se fighter, avec son nuage noir au-dessus de sa tête et crachant des étincelles qui laissent présager de son feu guerrier intérieur, on est dans une transposition épique d’une même thème mythologique lughien.

Bref, nous sommes là dans une épiphanie majeure du dieu, son apparition au combat : le dieu se montre dans un nuage de poussières, entouré de pierres qui volent dans tous les sens arrachées par les piliers qui labourent le sol, des étincelles rouges grosses comme la toison d’un bélier, le tout dans un fracas assourdissant. Vision apocalyptique du ciel qui gronde et qui s’apprête à s’abattre sous un déluge de pierres... Cette épiphanie est comparable dans d’autres textes à celle du dieu lors de sa première arrivée à Tara, ou à la colline d’Uisnech, ou à la Magh Mor an Aobaigh : le dieu se montre toujours irradiant d’une lumière semblable à celle d’un coucher ou lever de soleil. Il est crépusculaire et wagnérien le Lug. Cette lumière est émise par le dieu lui-même, elle est son essence propre, mais aussi par ses attributs qui se doivent d’être en cohérence avec la nature du dieu et la prolonger. Il y a son armure bien sûr (casque et cuirasse d’or et de gemmes), mais aussi sa fameuse lance. Celle-ci est une lance au fer fourchu, brûlante et empoisonnée, donneuse de victoire militaire et de souveraineté au camp des dieux. Y voir autre chose qu’un foudre me semble relever de l’exploit scientifique. Le fait que Cúchulainn soit doté de la même arme, déclinée sous la forme du « javelot-foudre » ou de la lance royale « Victoire des Victoires », pourrait ne pas être purement fortuit : Cúchulainn s’affirme comme l’avatar épique du dieu Lug.

Le Ronan, me paraît avoir bien compris et restitué tout cela, par les couleurs choisies, mais aussi par les éclairs associés à la lance, et par ce visage et cette chevelure de feu et d’étincelles crépitantes. L’idée d’associer un bouclier ‘cosmique’ à ce dieu souverain me paraît géniale. Les artistes sont capables de ces fulgurances et de révéler en deux coups de crayons, voire trois, ce qui restera caché à nous autres, tâcherons de l’histoire des religions. Nous avons là une des plus belles représentations iconographiques faite du Lugus gaélique depuis toujours !! Ces images sont si rares, ne boudons pas notre plaisir ».

V. R.

Cúchulainn. Tome 1 : Trois Corneilles

80 pages - Format A4 - Couleur - 19 €

Editions du Nemeton (KELTIA Magazine)

ISBN : 978-2-9512430-2-6

Dépôt légal : 1er juin 2018

DLE20180516-32212

La BD est disponible ou à commander chez votre libraire préféré, ou chez l’éditeur.

Contact distribution ou pour l’organisation d’une séance de dédicaces avec l’auteur : seurelebihanronana [at] gmail.com

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Valéry Raydon, chercheur indépendant, historien, mythologue, auteur

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